PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Vue des marchés

L’Europe comme modèle de l’investissement durable



La demande de fonds ESG a atteint 366 milliards de dollars en 2020. (Photo: Shutterstock)

La demande de fonds ESG a atteint 366 milliards de dollars en 2020. (Photo: Shutterstock)

Selon le rapport «How the world is warming to sustainable investing» de Schroders, le développement durable promu et porté par l’Europe est en train de devenir la norme mondiale d’investissement.

Pour Schroders, le marché mondial des fonds semble désormais orienté vers la durabilité. Le rapport constate l’explosion de la demande de fonds où la prise en compte des problématiques ESG est une caractéristique importante. De 2016 à 2020, les actifs gérés sous la bannière ESG ont quasiment doublé pour dépasser les 2.000 milliards de dollars. «Cette augmentation spectaculaire a eu lieu dans toutes les classes d’actifs et semble avoir vraiment décollé en 2019, au moment où de nombreux gouvernements annonçaient ou publiaient des plans d’action pour la finance durable», lit-on dans le rapport. Pour autant, malgré cette progression, la partie ESG du marché des fonds d’investissement reste encore marginale avec autour de 4% des actifs totaux considérés. «Cela ne fait que montrer l’énorme potentiel de croissance qui existe encore.»

L’Europe pèse 75% du marché

L’Europe, pionnière non seulement en matière de changement de réglementation, mais aussi en ce qui concerne le taux d’adoption de l’ESG sur le marché des fonds, est le plus grand marché de fonds ESG, tant en termes absolus que relatifs. Elle représente environ 75% du marché mondial des fonds ESG. Vient en deuxième position le marché nord-américain, qui représente environ 15% des actifs ESG mondiaux.

Cette prééminence pourrait être remise en question, estime Schroders, «l’adoption des critères ESG s’accélère dans d’autres régions. Au cours des deux dernières années en particulier, la part du marché des fonds ESG dans chaque région du monde a augmenté.» Une hausse qui peut être spectaculaire, par exemple en Amérique du Sud, mais dont la dynamique repose principalement sur un effet de rattrapage.

Trois raisons expliquent cette croissance des fonds ESG sur le marché mondial: le changement de stratégies de fonds existants, une demande plus élevée pour ces fonds et une offre qui suit.

Demande en hausse

Globalement, la demande de fonds ESG et non ESG est en hausse. «La différence est que la demande de fonds ESG a suivi une trajectoire nettement ascendante. Les ventes nettes en 2020 ont été plus de deux fois supérieures à celles de 2019, qui étaient plus de deux fois supérieures à celles de 2018. Néanmoins, la demande de fonds ESG reste à des niveaux bien inférieurs à ceux des fonds non ESG: 366 milliards de dollars contre 1.487 milliards de dollars en 2020.» Les dynamiques d’achat diffèrent de région à région. Ainsi, Schroders note que la demande pour tous les types de fonds ESG est en nette augmentation en Amérique du Nord, tandis qu’en Amérique latine, la demande porte sur les produits ESG passifs. L’augmentation de la demande de fonds ESG en Asie-Pacifique a été plutôt non linéaire; elle a surtout repris en 2020.

L’Europe hors Royaume-Uni se distingue par le fait que la demande (ventes nettes) de fonds ESG a dépassé celle des fonds non ESG. C’est la seule région où cela s’est produit. La situation est similaire au Royaume-Uni, mais là, la demande ESG a stimulé les fonds actifs.

Une autre différence régionale est la répartition par classe d’actifs. Globalement, la plupart des fonds ESG sont des fonds actions. Ils représentent approximativement les 2/3 du volume. Il existe une certaine exposition aux titres à revenu fixe et aux stratégies multi-actifs, mais cette «diversification» est une caractéristique des marchés européens.

«Jusqu’à présent, les actions ont été la classe d’actifs de choix pour les investissements ESG. Mais les actions ont tendance à être la classe d’actifs la plus importante sur le marché des fonds en général, de sorte qu’il n’y a rien de particulièrement distinctif dans sa domination au sein du sous-ensemble ESG. Au cours des cinq dernières années, les fonds multi-actifs ont connu la plus forte croissance au niveau mondial, principalement grâce à la croissance du marché de l’Europe hors Royaume-Uni. Il ne représente encore qu’une très faible proportion du marché ESG (près de 10%) et sa part pourrait donc augmenter, en particulier sur le continent américain. Les titres à revenu fixe ont connu une croissance plus rapide sur les marchés des fonds ESG d’Asie-Pacifique et du Royaume-Uni. Ils restent très limités en Amérique du Nord et en Europe hors Royaume-Uni», analyse Schroders, pour qui, «étant donné que les produits à revenu fixe et multi-actifs sont relativement récents, c’est peut-être de là que viendra l’innovation dans les produits si la demande continue à croître».

Les investisseurs nord-américains frileux

Pour l’instant, la demande est là. Venant principalement des investisseurs particuliers. L’appétence des investisseurs institutionnels est plus dure à mesurer. L’étude relève cependant que 49% des propriétaires d’actifs dans le monde ont augmenté leur allocation aux investissements durables au cours des cinq dernières années – contre 1% qui l’a diminuée – et près de 70% s’attendent à ce que le rôle de l’investissement durable augmente dans les années à venir. Alors que les investisseurs institutionnels européens et asiatiques sont à la pointe en ce qui concerne l’adoption de l’investissement durable, les investisseurs nord-américains sont ceux qui affichent le plus haut degré de scepticisme à l’égard de l’investissement durable. Ils sont quand même plus d’un tiers à avoir augmenté leur allocation au cours des cinq dernières années.

Dans toutes les régions, les principales raisons d’adoption sont similaires: l’alignement sur les valeurs propres des propriétaires d’actifs et la pression exercée par la réglementation et le secteur. La firme plaide d’ailleurs pour une régulation qui stimulerait la croissance organique du marché.

Tous se retrouvent sur une demande: plus de transparence via des normes de reporting unifiées et une meilleure compréhension des possibilités d’investissement durable. «Ils ont besoin de clarté sur les objectifs et les stratégies poursuivis par les gestionnaires de fonds et sur leur manière de préserver leurs performances. Nombreux sont ceux qui veulent également connaître l’impact de leurs investissements.»