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Vue des marchés

L’émergence de l’économie du vivant



Pour Christophe Donay, la croissance ne peut être garantie si aucune attention n’est portée aux questions liées à la qualité de vie. (Photo: Pictet Group/Aline Kundig)

Pour Christophe Donay, la croissance ne peut être garantie si aucune attention n’est portée aux questions liées à la qualité de vie. (Photo: Pictet Group/Aline Kundig)

La crise du Covid conjuguée à quatre tendances démographiques et sociales nous fait entrer dans une nouvelle ère: celle de l’économie du vivant. Un changement de paradigme qui va peser sur les allocations d’actifs.

«Appuyée par les politiques économiques, l’économie du vivant se structure autour de trois axes principaux: protection de l’environnement, justice sociale, et protection du cadre institutionnel démocratique, là où il en existe», observe Christophe Donay, responsable de la stratégie et de l’allocation d’actifs chez Pictet Wealth Management. Pour qui cette nouvelle ère est la résultante de tendances démographiques lourdes soulignées et accélérées par la crise du Covid-19.

La première tendance est l’augmentation constante de l’espérance de vie. Inférieure à 40 ans au début du 19e siècle, elle est aujourd’hui de 77 ans et atteindra 90 ans en 2100. Avec, comme corollaire, la hausse du ratio de dépendance dans les économies occidentales et dans certains pays émergents. Il avoisinera 40% au Japon d’ici le milieu du siècle, se stabilisera à 35% en Europe et grimpera à 25% en Chine.

Vient ensuite l’urbanisation. D’ici 2050, 70% des habitants de la planète vivront dans des zones urbaines, contre 55% aujourd’hui. Cette urbanisation croissante a des conséquences: une augmentation des besoins énergétiques et une croissance des besoins en santé.

Tout cela conjugué introduit le plus important facteur lié à la démographie et à la qualité de vie que les prévisionnistes doivent prendre en compte: le besoin croissant d’éducation et de services de qualité pour aider une population toujours plus urbanisée à s’adapter à un monde complexe et en évolution constante, estime Christophe Donay. «En effet, la concentration de la population mondiale dans les villes renforce la demande de biens et de services liés à la qualité de vie. Et en même temps, le vieillissement de la population entraîne une consommation toujours plus grande de services de santé et d’aide à la personne.»

Des États fournisseurs de bien-être

La crise du Covid-19 est, de ce point de vue, un accélérateur. «La pandémie nous rappelle ainsi, si besoin en était, que la préservation de la santé est au cœur de la vie. Non préparés, les gouvernements de la plupart des pays développés et des pays émergents ont été obligés de prendre des décisions dans l’urgence pour enrayer la crise, ce qui a directement déclenché une profonde récession. Pour la première fois, les responsables politiques ont dû agir rapidement pour privilégier l’aspect humain à la croissance économique», observe Christophe Donay. Pour qui «se préparer à la prochaine pandémie, c’est aussi mettre la santé et la vie au cœur des politiques publiques et du fonctionnement des économies».

En bref: «La pérennité de la croissance ne peut être garantie si aucune attention n’est portée aux questions liées à la qualité de vie». Comme les entreprises aujourd’hui, les gouvernements seront jugés demain, moins à l’aune de leur contribution à la croissance qu’au regard de la qualité de vie qu’ils procureront aux citoyens.

Les valeurs de demain

Ceci va faire des gagnants et des perdants dans les portefeuilles d’actifs. «Les perdants seront manifestement l’énergie fossile et carbonée, l’automobile, l’industrie aéronautique, le transport de masse et le tourisme de masse», estime Christophe Donay. Des secteurs qui devront s’adapter s’ils veulent progresser au même rythme que par le passé. Du côté des gagnants, on trouve les énergies alternatives, l’éducation, l’agriculture, l’alimentation, la santé et le tourisme écoresponsable.

«En somme, investir dans des secteurs et des thèmes respectueux de la qualité de vie est un choix qui a de plus en plus de sens et devient un levier de choix pour les investisseurs qui veulent apporter des changements positifs pour garantir un avenir meilleur.»