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Ressources humaines

Un emploi «clé sur porte»



Dominique Laurent: «Nous souhaitons développer sur un terrain jouxtant nos bureaux à la Cloche d’Or un ‘burothel’, c’est-à-dire un bâtiment qui abrite des logements de société. À la place de proposer une voiture, nous souhaitons offrir comme avantage l’accès à un espace de cohabitation pour un prix ciblé, entre 600 et 700 euros.» (Illustration: Maison Moderne)

Dominique Laurent: «Nous souhaitons développer sur un terrain jouxtant nos bureaux à la Cloche d’Or un ‘burothel’, c’est-à-dire un bâtiment qui abrite des logements de société. À la place de proposer une voiture, nous souhaitons offrir comme avantage l’accès à un espace de cohabitation pour un prix ciblé, entre 600 et 700 euros.» (Illustration: Maison Moderne)

Face à la pénurie de main-d’œuvre, les employeurs doivent recruter de plus en plus loin. Pour attirer les profils recherchés et leur permettre de se loger dans un marché hors de prix pour certains, des entreprises ajoutent le logement à leur politique de ressources humaines.

Les entreprises d’aujourd’hui doivent-elles de nouveau se préoccuper de loger leurs employés? La question se pose actuellement de manière très accrue face à la difficulté de trouver des logements abordables au Luxembourg. Dans le même temps, les employeurs se voient dans l’obligation de recruter de plus en plus loin pour trouver les profils recherchés.

Comment faire alors pour que ces nouveaux migrants parviennent à trouver un toit, et si possible pas trop loin de leur lieu de travail? Certaines entreprises ont pris en considération cette question et proposent quelques pistes ou solutions à leurs employés.

L’entraide

L’une d’entre elles est l’entraide. Ainsi, plusieurs entreprises disposent d’un intranet sur lequel sont déposées des petites annonces. «On y trouve aussi bien des annonces pour des objets en occasion que des annonces pour des appartements ou de la colocation», explique Sabine Parisse, chargée de communication à la BEI.

«C’est très difficile de trouver un logement au Luxembourg quand vous avez simplement un contrat de stage de six mois, déclare Florence Lindauer, responsable du recrutement chez Arendt. Aussi, nous avons mis en place un document intitulé ‘Your arrival in Luxembourg’, que nous distribuons aux stagiaires et aux juniors en amont de leur arrivée pour les accompagner dans leur recherche de logement. Ce document rassemble des liens utiles: les sites pour faire de la colocation, les sites d’annonces immobilières, les groupes Facebook dédiés, les logements proposés par la Ville de Luxembourg ou l’Université du Luxembourg, les auberges de jeunesse, les appart’hôtels… Dans ce guide sont aussi précisés tous les documents administratifs nécessaires pour faire ces démarches ou encore les moyens d’accès en transport en commun aux différents sites d’Arendt.»

Des aides financières

Il y a quelques années, la BEI a fait un appel d’offres aux banques luxembourgeoises pour que ses employés puissent bénéficier d’un taux bonifié sur leur emprunt hypothécaire dans le cadre de l’achat de leur logement principal. «Aujourd’hui, cela est moins intéressant, car le taux bonifié n’est pas plus avantageux que les taux qui sont généralement pratiqués dans les banques, avoue Sabine Parisse. Mais à l’époque, cela représentait un avantage.»

Autre société, autre proposition: dans le cadre d’une installation définitive, le service des ressources humaines de PwC Luxembourg offre les services d’un assistant à la relocation et propose ainsi une aide à la fois financière et logistique.

Des offres en nature

D’autres ont décidé de prendre le taureau par les cornes et d’acheter eux-mêmes des logements pour leurs employés. C’est le cas par exemple du Groupe Steffen, qui a investi dans des petits logements aménagés pour son personnel. Ils disposent ainsi d’une staff house avec cinq chambres à la frontière française, qui peut être occupée le temps d’un stage ou d’une période d’essai, d’un appartement à Esch-sur-Alzette et d’un appartement à Lux­embourg-Cents.

«L’idée de la staff house date d’il y a cinq ans, à cause de cette énorme difficulté à trouver un logement pour les candidats venant de pays européens (hors frontières de proximité) et qui, pendant la période d’essai ou leur stage, essuient des refus avec les propriétaires des logements, frileux à l’idée de voir la personne repartir presque immédiatement, explique Tom Steffen . Notre priorité est de dépanner nos employés avec une réponse transitoire et rassurante, le temps qu’ils trouvent leurs marques.»

Roland Kuhn , administrateur délégué de Kuhn, quant à lui, envisage de faire construire de nouveaux ensembles destinés à loger ses ouvriers de la construction, et a entamé des discussions avec le ministère du Logement en ce sens. Ce qui n’est pas sans rappeler le phénomène vécu au moment de la révolution industrielle du 19e siècle.

Nous nous sommes inspirés du modèle de coliving pratiqué à Londres.

Dominique Laurent,  managing director en charge de l’infrastructure,  PwC Luxembourg

Certaines entreprises, dans une vision paternaliste, avaient créé les cités ouvrières, des logements fournis à leurs employés à moindre coût, qu’ils pouvaient occuper avec leur famille. Ces cités, qui avaient aussi un rôle social, permettaient aux employés, venus de régions ou de pays éloignés, de loger à proximité de leur usine et dans des lieux salubres, répondant aussi aux préoccupations hygiénistes de l’époque tout comme au souci de rentabilité de l’employeur.

Ces systèmes ont perduré jusqu’au milieu du 20e siècle, répondant à la pénurie de logements sociaux, mais ont été critiqués puisqu’orientant totalement la vie des employés. Autre temps, autres raisons pour envisager cette solution de la cons­truction. C’est le cas aussi chez PwC Luxembourg pour les stagiaires ou les jeunes recrues.

«Nous nous sommes inspirés du modèle de coliving pratiqué à Londres, explique Dominique Laurent, managing director en charge de l’infrastructure chez PwC Luxembourg. Nous souhaitons développer sur un terrain jouxtant nos bureaux à la Cloche d’Or un ‘burothel’, c’est-à-dire un bâtiment qui abrite des logements de société. À la place de proposer une voiture, nous souhaitons offrir comme avantage l’accès à un espace de cohabitation pour un prix ciblé, entre 600 et 700 euros, pour une durée de 6 à 24 mois. Toutefois, notre proposition a rencontré plusieurs obstacles, que ce soit au niveau du règlement des bâtisses, qui ne permet pas la construction de ce type de logement, ou pour des raisons de fiscalité. Actuellement, nous avons dû mettre en suspens ce projet, faute d’engouement politique et de solutions concrètes apportées à nos questions.»