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besoin d’une licence bancaire?

Le discret retour de Facebook au Luxembourg



Facebook a immatriculé «Novi Financial Luxembourg», du nom de son portefeuille digital, dans lequel pourront s’échanger ses diems. (Photo: Shutterstock)

Facebook a immatriculé «Novi Financial Luxembourg», du nom de son portefeuille digital, dans lequel pourront s’échanger ses diems. (Photo: Shutterstock)

Quatre ans après son fracassant départ, faute d’avoir convaincu le gouvernement de Xavier Bettel et d’Étienne Schneider de l’intérêt de son data center, Facebook a immatriculé «Novi Financial Luxembourg», lundi, au registre du commerce.

L’histoire ne dit pas si Mark Zuckerberg était vraiment parti fâché. Juillet 2017, Facebook Lux, créée avec l’appui de Guy Hornick, alors dirigeant de BDO, est radiée. Direction l’Irlande, d’où elle était venue fin 2009 avec ses 1,8 milliard d’euros d’avoirs.

Là où le géant veut 40 hectares, le gouvernement lui en propose 20 et n’est pas très chaud: le groupe fait l’objet de nombreuses critiques, notamment de la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, à propos de sa «structuration» fiscale. Il n’aurait pas fallu que le nation branding en souffrît. Un data center n’est pas jugé assez rentable d’un point de vue de création d’emplois.

2018, Facebook branche son centre de données à Clonee, en Irlande, où elle a investi 200 millions d’euros et créé 150 emplois directs. Dans le secteur des data centers, la création d’emplois s’exprime beaucoup avec les emplois indirects, soit pour les travaux préparatoires eux-mêmes, soit en aval de la chaîne de production de valeur.

Fin de l’épisode 1. Cette semaine, révèle le Land, qui a épluché les nouvelles immatriculations du Registre du commerce, Novi Holdings, la holding sœur de Facebook, a immatriculé une société, Novi Financial Luxembourg. Probablement en cas de besoin de licence pour… Novi, le portefeuille digital qui doit permettre d’échanger des diems.

Diem, la future monnaie de Facebook

Il faut rembobiner une minute. Depuis toujours, le réseau social Facebook cherche à faire en sorte que ses 2,8  milliards d’utilisateurs mensuels – 1,7 milliard au quotidien – le quittent le moins souvent et le moins longtemps possible. Il manque encore une brique: celle du paiement. 

En juin 2019, Facebook lance une fondation en Suisse autour de la création d’une cryptomonnaie stable et adossée à de la blockchain. «Zuck» n’a pas eu besoin de beaucoup d’efforts pour convaincre une quarantaine de géants de sauter dans le projet, comme Visa ou Mastercard. Seulement, ils sont tout aussi rapides à quitter l’aventure , pas convaincus que le charismatique entrepreneur ait vraiment envie de jouer collectif.

Facebook n’abandonne pas son projet pour autant, mais le rebaptise. La monnaie s’appellera «diem» , elle sera toujours appuyée sur la blockchain et elle sera stockée dans un portefeuille virtuel, le Novi, qui pourra être utilisé dans les deux applications de messagerie du groupe, Messenger et WhatsApp, ou dans une application dédiée.

Le diem sera un «stable coin», c'est-à-dire une cryptomonnaie stable, explique le Journal du Net. Par exemple, si le prix du bitcoin est à 10.000 dollars et que vous échangez 1 bitcoin contre du diem, vous aurez donc 10.000 unités de diem. Si le cours du bitcoin descend à 5.000 dollars, vous aurez toujours 10.000 dollars en diem. En plus d’être stable, la crypto de Facebook sera échangée de façon instantanée puisqu’elle n’aura pas besoin de passer par le réseau bancaire. En plus d’un diem adossé à un panier de devises, il y aura plusieurs diems: un diemUSD, un diemEUR, un diemGBP et un diemSGD. «Nous espérons travailler avec les régulateurs, les banques centrales et les institutions financières du monde pour étendre le nombre de stable coins sur le réseau libra», est-il précisé dans le livre blanc actualisé.

116 personnes chez Novi, dont 42 en Irlande

Selon une communication du groupe, Novi ne vise pas seulement les utilisateurs des applications détenues par Facebook, mais «environ 1,7 milliard d’adultes dans le monde qui ne sont toujours pas bancarisés. Le coût de cette exclusion est considérable – 25 milliards de dollars sont perdus par les migrants chaque année à cause des frais d’envoi de fonds.»

Dans le document que la holding américaine a remis à la SEC, en janvier, Facebook-Novi a déposé une demande de licence au régulateur suisse. Et il y a fort à parier qu’elle en ait fait autant pour l’Union européenne, en Irlande, où est établi son quartier européen. À bien y regarder, Novi est toujours basée chez Facebook et emploie 116 personnes au total. 74 aux États-Unis et 42… en Irlande, où la courbe des recrutements est aussi raide qu’un col de troisième catégorie dans le Tour de France.

Pourquoi venir au Luxembourg comme Alipay, Paypal ou Amazon avant elle et avec le même objectif qu’en Irlande? Encore un mystère.