ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Le bitcoin à 50.000 dollars

Comment expliquer l’envolée des cryptomonnaies



Ici, aux côtés de Cyril Paglino (Starchain), Fabrice Croiseaux (InTech) détaille les fondamentaux du bitcoin au moment où la monnaie atteint 50.000 dollars l’unité. (Photo: Archives Maison Moderne)

Ici, aux côtés de Cyril Paglino (Starchain), Fabrice Croiseaux (InTech) détaille les fondamentaux du bitcoin au moment où la monnaie atteint 50.000 dollars l’unité. (Photo: Archives Maison Moderne)

Cela n’a échappé à personne, les cours des cryptomonnaies ont explosé en 2020 et continuent de grimper: +470% pour le bitcoin sur une année glissante. Y a-t-il des raisons de fond ou est-ce de la pure spéculation? Analyse rapide des fondamentaux économiques sous-jacents par Fabrice Croiseaux.

Passionné de culture numérique et d’innovation, et convaincu du potentiel de la technologie blockchain, comme il se définit lui-même, le CEO d’InTech, filiale de Post, Fabrice Croiseaux , accompagne les entreprises et les administrations dans l’utilisation de technologies émergentes pour créer des innovations de rupture. Carte blanche pour expliquer les fondamentaux économiques sous-jacents du bitcoin, qui a dépassé pour la première fois les 50.000 dollars le 16 février , et des cryptomonnaies stars.

La spéculation existe et va encore durer

La volatilité des cours à du court terme le prouve, une bonne part des transactions est liée à de la spéculation à court terme. Les faibles capitalisations en regard des marchés financiers accentuent les possibilités de spéculation, sans parler des aspects décentralisés qui rendent le contrôle des manipulations plus complexe que sur des instruments classiques. Aussi, à moins d’être un professionnel du trading et de bien connaître les mécanismes de market making, il n’est pas raisonnable d’investir en cryptomonnaies pour réaliser des profits à court terme.

La bulle bitcoin

Depuis la création du bitcoin, de nombreux investisseurs avisés ont affirmé qu’il s’agissait d’une bulle. Ils ont plus raison qu’ils ne le croient.

Si nous définissons un actif de bulle comme un actif surévalué par rapport à sa valeur intrinsèque, alors nous pouvons considérer tous les actifs monétaires comme des actifs de bulle. En effet, comme l’affirme Robert Shiller, prix Nobel d’économie en 2013, «l’or est une bulle, mais il a toujours été une bulle. Ce n’est pas un argument contre l’or en tant qu’actif monétaire précieux, mais une observation de la nature réflexive de l’argent.» Par définition, une réserve de valeur est un actif intermédiaire que les gens exigent, non pas pour son utilité directe, mais pour sa capacité à être valable à l’avenir, donc sans rapport avec sa valeur intrinsèque. D’un point de vue économique, les cryptomonnaies, dont le bitcoin, ne peuvent être que des bulles. La question est donc: quelles bulles vont éclater?

Bitcoin, le nouvel or

L’or est considéré comme une réserve de valeur depuis des millénaires. Il possède toutes les caractéristiques souhaitables pour une réserve de valeur:

- Les réserves d’or sur Terre sont rares et il ne peut pas encore être synthétisé de manière rentable (malgré les efforts des alchimistes tout au long de l’Histoire).

- Il est facilement reconnaissable, notamment, car il ne ternit pas.

- Il est facile à diviser, facile à mesurer (par pesée) et facile à vérifier (par fusion).

- Il est durable, car il ne se détériore pas avec le temps.

- Il est généralement accepté partout.

Le bitcoin possède des caractéristiques quasiment identiques:

- Rareté: le nombre de bitcoins en circulation est contrôlé par un algorithme et ne dépassera jamais les 21 millions d’unités (chiffre qui sera atteint aux alentours de 2140). Alors que les données numériques sont très facilement copiables, la rareté sous forme numérique (qui s’appuie sur des algorithmes cryptographiques) a été la grande innovation du bitcoin.

- Fongibilité: deux bitcoins sont pratiquement interchangeables, même si chacun d’entre eux a une histoire distincte sur le registre public.

- Divisibilité: chaque bitcoin peut être divisé en 100 millions d’unités plus petites (appelées «satoshis»).

- Durabilité: les bitcoins sont durables et ne se dégradent pas avec le temps.

- Portabilité: le bitcoin est extrêmement portable, surtout par rapport à l’or. Des quantités arbitraires de valeur peuvent être conservées sur une clé USB ou transportées numériquement à travers le monde en quelques minutes.

La principale faiblesse du bitcoin est son acceptabilité générale: il est beaucoup moins largement accepté que l’or ou le dollar américain.

Mais les cryptomonnaies possèdent d’autres avantages spécifiques par rapport aux réserves de valeur physiques:

- Elles sont numériques, plus faciles et moins chères à stocker et à transporter.

- Elles sont programmables et leur utilisation peut être conditionnée au travers de scripts numériques.

- Elles sont universellement détenables. Pas besoin de compte en banque ou de compte-titres.

- Elles sont décentralisées et résistantes à la censure. Leur utilisation ne peut pas être contrôlée par un ou quelques acteurs centraux.

Il est évident qu’à la lumière des caractéristiques décrites ci-dessus et dans une société où le numérique est de plus en plus présent, le bitcoin est excellemment bien positionné pour devenir une réserve de valeur importante. Le fait que les acteurs institutionnels se soient récemment engagés fortement sur les marchés crypto en est une autre illustration.

D’après les analystes de JP Morgan, il faudrait que le prix du bitcoin atteigne 146.000 dollars pour que sa capitalisation soit comparable à celle des investissements en or du secteur privé, ce qui laisse encore un potentiel de croissance non négligeable par rapport aux 50.000 dollars actuels.

Même si son acceptabilité a fait des progrès impressionnants depuis sa création, l’accessibilité du bitcoin reste difficile pour les néophytes, notamment à cause du manque de fournisseurs de services. Les plateformes d’échange, comme Binance, Coinbase, Kraken ou Bitstamp, au Luxembourg sont de plus en plus connues, mais les acteurs traditionnels de la finance, comme les banques, sont encore réticents à fournir des services financiers sur les cryptomonnaies à leurs clients. Jusqu’à quand pourront-ils se le permettre? C’est la question, alors que les acteurs du monde de la crypto commencent à fournir des services classiques, comme les cartes de paiement.