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«Le diesel n’est pas mort»



Jusqu’en 2015, le diesel représentait plus de 70% des nouvelles immatriculations de voitures neuves au Luxembourg. Aujourd’hui, 30,3% du total des nouvelles plaques jaunes roulent au diesel. (Photo: Shutterstock)

Jusqu’en 2015, le diesel représentait plus de 70% des nouvelles immatriculations de voitures neuves au Luxembourg. Aujourd’hui, 30,3% du total des nouvelles plaques jaunes roulent au diesel. (Photo: Shutterstock)

Sans faire la promotion du diesel, la Febiac explique que ce dernier n’est pas voué à disparaître, mais bien à faire partie d’un paysage diversifié avec plusieurs carburants et motorisations différents.

Sur le premier trimestre de cette année, le moteur essence est en première position des motorisations au sein des nouvelles immatriculations au Luxembourg, avec une part de 37,4%. Les voitures électrifiées, avec 32,4% de nouvelles immatriculations de voitures neuves, ont relégué le diesel en dernière position, avec 30,3% du total des nouvelles plaques jaunes. Une première au Luxembourg

Pourtant, le diesel est loin d’avoir dit son dernier mot et il serait même prématuré de l’enterrer. Tout d’abord, le diesel reste la motorisation la plus utilisée dans la catégorie des camions et des camionnettes. On en parle peu, mais sur les trois dernières années, 4.788 camions et camionnettes ont été nouvellement immatriculés au Luxembourg. L’année dernière, selon les chiffres consolidés de la Febiac et de la SNCA, ce marché n’a reculé que de 13,1%, quand le marché des voitures particulières perdait 17,85% en raison de la crise sanitaire. Le diesel reste la motorisation de référence pour les véhicules devant supporter des charges lourdes. «Actuellement, au niveau des camions poids lourds, le diesel représente une part de marché de 97,8%, l’essence 1,2%, et les véhicules électrifiés 1,0%. Il va y avoir des camions électriques, mais il y a surtout de grands projets autour de l’hydrogène. Avec le projet RH2INE, il y a la volonté de créer un corridor de recharge en hydrogène partant du nord de l’Europe jusqu’à la Méditerranée, le port de Rotterdam va créer toute une infrastructure tournée vers l’hydrogène pour faire partir des camions à hydrogène. Il y a un grand développement de l’hydrogène au niveau des poids lourds», explique Guido Savi, porte-parole de la Febiac Luxembourg.

Il y a une diversification des motorisations et je ne crois pas qu’il faille opposer une motorisation à une autre.

Guido Savi,  porte-parole,  Febiac

«Mais le diesel n’est pas mort. On se dirige vers un paysage diversifié des motorisations, et le consommateur s’orientera vers une motorisation correspondant à son profil de mobilité. Par ailleurs, on ne va pas tous rouler en électrique dans les années à venir. Il y a une diversification des motorisations et je ne crois pas qu’il faille opposer une motorisation à une autre. Il y a une très forte croissance des voitures électrifiées, et c’est une bonne chose dans la mesure où la stratégie des autorités rejoint la stratégie des constructeurs», souligne le porte-parole, avant d’insister: «Il n’y a pas de solution exclusive pour l’automobiliste, l’important se trouve encore une fois dans le profil d’utilisation. Là encore, il y a beaucoup de choses qui sont dites, comme le fait que la voiture électrique est idéale pour la ville. Pourtant, elle convient également à un agriculteur dans la campagne qui possède sa borne de recharge à domicile et qui utilise sa voiture pour aller faire ses courses dans la ville à proximité.»

Si le diesel est victime d’une mauvaise réputation, la motorisation a largement évolué depuis presque 30 ans. «En 1993, les émissions de NOx du diesel étaient de 873mg/km avec la norme Euro 1. Actuellement, avec la norme Euro 6d, les valeurs limites de NOx ont été réduites de plus de 10 fois par rapport à la norme Euro 1», souligne Guido Savi, qui encore une fois ne souhaite pas opposer une motorisation à une autre, même s’il précise que le moteur diesel émet 10% de CO2 en moins que le véhicule essence. Autre innovation à venir, les carburants synthétiques. «Les constructeurs sont en train d’investir énormément dans le développement des carburants synthétiques. Entre 2025 et 2030, ils vont significativement émerger», assure Guido Savi. 

Le déclin du diesel en chiffres

Retour en arrière avec quelques chiffres sur la baisse de popularité du diesel. Il y a encore 10 ans, 76,6% des voitures neuves immatriculées roulaient au diesel. En face, l’essence était le carburant de seulement 22,8% des nouvelles immatriculations au Luxembourg. L’hybride n’était encore qu’une simple originalité, avec 0,55% de nouvelles immatriculations, alors que l’électrique était quasiment inexistant. 

Jusqu’en 2015, le diesel représentait plus de 70% des nouvelles immatriculations de voitures neuves. Le déclin du diesel a commencé en même temps que le  scandale du dieselgate de Volkswagen et le durcissement des règles européennes en matière de normes antipollution. 

En 2018, l’essence chipe la première place, avec 48,9% de nouvelles immatriculations de voitures neuves, contre 46,9% pour le diesel. À ce moment-là, les nouvelles immatriculations de voitures électrifiées (hybrides et 100% électriques) représentaient déjà 4,2% du total annuel.

Si le diesel n’a plus la préférence des automobilistes en ce moment, il faut se rappeler que les tendances changent rapidement dans ce secteur. Pour rappel, au début des années 1900, le véhicule électrique était le leader du marché (bus et voiture individuelle) et bataillait en affrontant le lobbying du cheval, avant de s’effacer au profit du moteur à essence et de sa plus longue autonomie.

La crise a réduit les ventes de diesel

Au niveau de la vente des carburants au Luxembourg, le diesel a également accusé une baisse de 20,5% des ventes l’année dernière. Mais la raison est à trouver ailleurs que dans le déclin de la motorisation diesel. «Il est toujours très difficile de trouver les raisons exactes des motivations d’achat ou non d’un carburant plutôt qu’un autre. Mais la baisse des ventes du diesel est certainement à mettre en lien avec les mesures sanitaires et les restrictions de déplacement dans les pays voisins», assure Jean-Marc Zahlen, adviser Energy & Environment à la Fedil. 

Dans le détail, en 2017, les ventes de diesel au Luxembourg ont augmenté de 3,5%, puis de 6,58% en 2018, avant de connaître une croissance plus faible de 1,6% en 2019 . À noter tout de même que, depuis 2018, les ventes de diesel ont dépassé les 2 milliards de litres par an.