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Épidémie

Une clôture contre la peste porcine



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Les animaux qui pénétreront entre les deux clôtures seront abattus. (Photo: Shutterstock)

Le Luxembourg a décidé de réagir très concrètement via plusieurs mesures face à l’épidémie de peste porcine africaine qui sévit en Belgique. Juste au moment où les Belges annoncent, pour leur part, un relâchement des leurs.

L’épidémie de peste porcine africaine, qui sévit en Belgique depuis plusieurs  mois, se rapproche du Luxembourg . L’information n’est pas nouvelle.  Un sanglier infecté a d’ailleurs été retrouvé à Differt , à un jet de pierre de Clemency et de la frontière. Jusqu’à présent, les mesures côté luxembourgeois se sont pourtant simplement limitées à la mise sur pied d’une task force, à analyser des dépouilles de sangliers, afin de savoir si elles étaient viropositives, et à sensibiliser les éleveurs de porcs.

Trois mesures concrètes

Face à ce qui constitue un risque important pour le secteur de l’élevage de porcs et le tourisme, le gouvernement a décidé de se montrer maintenant plus proactif. Trois mesures majeures ont ainsi été prises, ont expliqué le ministre de l’Agriculture,  Romain Schneider  (LSAP), et la secrétaire d’État,  Carole Dieschbourg  (Déi Gréng).

Premièrement, une clôture va être installée sur environ 8km depuis Grass (Steinfort) et longera la frontière avec la Belgique, vers Clemency. «Cette clôture sera parallèle à celle qui a été installée côté belge», explique Romain Schneider. «De l’autre côté, on a l’autoroute A6 qui sert de barrière artificielle. Les mesures belges ont démontré que la clôture, certes peut-être pas à 100%, était efficace.» Elle va être installée dès le début de la semaine prochaine par l’armée et les services des Ponts et Chaussées. 

Deuxièmement, une fois cela fait, un règlement sanitaire sera pris, «afin d’abattre les sangliers qui se trouveront entre les deux clôtures. On va constituer une zone blanche, que l’on appelle aussi zone tampon.»

Troisièmement, une information spécifique va être donnée dans les prochains jours aux éleveurs de porcs. On compte au Luxembourg 90.000 porcs. 28 grandes exploitations concentrent 85% de l’élevage.

Pas de danger pur l’Homme

«Nos services restent évidemment en contact avec les autorités belges et françaises en permanence. Les analyses de sangliers se poursuivent et des mesures complémentaires seront prises selon l’évolution de la situation, en concertation avec les experts européens. La task force, qui regroupe nos spécialistes, les chasseurs, les éleveurs, se réunira à nouveau dès que nécessaire.» La mise en place d’une zone de surveillance et de restrictions éventuelles en ce qui concerne la circulation en forêt sera étudiée en fonction des circonstances.

Comme aux premières heures de la crise en Belgique, le ministre Schneider tient à rappeler «que ce virus ne se transmet que du sanglier vers le sanglier ou le porc. Mais vers aucun autre animal. De même, l’Homme ne peut pas être contaminé, même s’il ingère de la viande infectée.»

Les enjeux sont importants. En Belgique, les exploitants forestiers de Gaume, la région majoritairement touchée, et les éleveurs de porcs vivent une situation économique compliquée. Malgré les aides de l’État, la faillite menace certains. Les communes aussi sont impactées. Certaines estiment que leurs rentrées financières seront amputées de 400.000 à 600.000 euros (pertes en droit de chasse, vente de bois sur pied...). Un gouffre quand les budgets annuels ne sont que de 6 ou 7 millions dans les plus petites d’entre elles.

Nous n’étions pas informés que la Belgique voulait rétablir la circulation en forêt.

Romain Schneider,  ministre de l'Agriculture

Paradoxalement, le tour de vis donné par les autorités luxembourgeoises coïncide avec la décision annoncée par le ministre régional belge, René Collin (CDH), de rétablir la circulation en forêt à partir du 6 avril. Une déclaration faite lors d’une émission de nos confrères de TV Lux, qui suscite la polémique. Certains la jugent en effet bien trop précoce. Le ministre affirme se baser sur les rapports de l’Université de Liège, du département Nature et forêt, de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire...

Curieusement, cette information n’était pas connue du côté luxembourgeois. «En effet, nous l’apprenons à l’instant, alors que vous nous interpellez à ce sujet», confie le ministre Schneider. «Je suppose que le ministre Collin, que j’ai vu voici peu, a en effet reçu des avis de spécialistes, notamment des experts européens. Nous allons évidemment nous y intéresser.»

Ce mardi, le ministre Collin a aussi annoncé que côté belge, la zone «tampon» était étendue à une partie des forêts de Chiny et de Rulles. Elle couvre désormais 59.797 hectares. On ne peut ni y chasser ni y circuler. De plus, la zone dite de surveillance s’élargit à la forêt d’Herbeumont et touche aussi Neufchâteau.