LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Mobilité

Stationnement

Dans certaines communes, la gratuité inquiète



À Kleinbettigen, les places sont assez peu nombreuses autour de la gare et très vite occupées. «Pour le moment, les CFL y mènent toujours des travaux», informe le bourgmestre Guy Pettinger. «Mais une fois ceux-ci terminés, il n’y aura qu’une dizaine de places en plus par rapport au quota déjà disponible. Ce n’est évidemment pas assez.» (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

À Kleinbettigen, les places sont assez peu nombreuses autour de la gare et très vite occupées. «Pour le moment, les CFL y mènent toujours des travaux», informe le bourgmestre Guy Pettinger. «Mais une fois ceux-ci terminés, il n’y aura qu’une dizaine de places en plus par rapport au quota déjà disponible. Ce n’est évidemment pas assez.» (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

La gratuité des transports publics au Luxembourg pourrait aussi générer son lot de problèmes. Dans les communes frontalières, on craint par exemple de voir les parkings totalement saturés par les voitures.

Les transports publics gratuits, ce sera aussi une bonne affaire financière pour des centaines de travailleurs frontaliers. Ainsi, en ce qui concerne le train, il ne s’agira plus que de payer le voyage effectué en Belgique, en France ou en Allemagne, mais plus au Luxembourg. Les différentes sociétés ferroviaires ont donc revu leur tarification.

Par exemple, un abonnement mensuel entre Arlon et Luxembourg ne coûtera plus que 53 euros contre 82 auparavant. Un frontalier français paiera son abonnement Presto 45,50 euros depuis Thionville au lieu de 88 et 100,5 euros depuis Metz au lieu de 143 euros. Côté allemand, ce sera 49 euros pour un abonnement Trèves-Luxembourg au lieu de 85 actuellement.

Kleinbettingen a écrit au ministre Bausch

Une économie sympathique qui le sera encore plus si ces mêmes frontaliers décident de partir d’une gare luxembourgeoise. Christophe, frontalier qui habite Arlon et travaille depuis une vingtaine d’années à Luxembourg, y songe. «Plutôt que de prendre le train à Arlon, je pense en effet embarquer à Kleinbettingen. Il n’y a que 10 kilomètres en plus en voiture, mais cela me fera une économie de 534 euros par an puisque ce sera le prix d’un abonnement d’un an à la SNCB pour un trajet Arlon vers toute gare luxembourgeoise. Cela en vaut la peine», dit-il.

À Kleinbettigen justement, on a bien conscience du problème potentiel. D’autant que les places sont assez peu nombreuses autour de la gare et très vite occupées. «Pour le moment, les CFL y mènent toujours des travaux», souligne le bourgmestre Guy Pettinger. «Mais une fois ceux-ci terminés, il n’y aura qu’une dizaine de places en plus par rapport au quota déjà disponible. Ce n’est évidemment pas assez.» Un courrier a été envoyé en ce sens au ministre de la Mobilité François Bausch (Déi Gréng), «mais nous n’avons pas eu de réponse».

Une évaluation en mars 2021

Au ministère, tout comme sur le site mobilitegratuite.lu , on souligne que «la situation sera évaluée en mars 2021». Et on invite les communes à prendre des mesures, notamment en faveur des résidents. «Ce qui est déjà souvent le cas, car les tarifs qui étaient déjà très bas pour le train au Luxembourg ont toujours incité les frontaliers à passer la frontière», poursuit le ministère.

«Mais on va se retrouver face à un stationnement sauvage, c’est évident. Or, il faut tout de même préserver la tranquillité des résidents et veiller à la sécurité. Des contrôles seront donc menés», confirme Guy Pettinger. Qui estime que d’autres chantiers devront aussi être pris à bras-le-corps par le ministère. «Le train attire de plus en plus de monde, et c’est très bien. On évoque Kleinbettingen, mais à Steinfort, nous avons aussi la ligne 222. Il y a un P+R, mais à 7h30 il est complet.»

Une aide bienvenue viendra peut-être de la Belgique, car le député Benoît Piedboeuf (MR) a obtenu un accord pour qu’un parking à Sterpenich bénéficie d’une liaison en bus vers la gare de Kleinbettingen. Reste à savoir où ce parking pourra être installé. Deux sites sont envisagés. Tout d’abord l’ancien poste de douane le long de l’E441 Luxembourg-Bruxelles où 260 places sont disponibles. Il faudra cependant prévoir des places pour les camions, une obligation en contrepartie de la taxe kilométrique Viapass. Ensuite, l’aire de Hondelange est aussi une alternative. Là, 750 places sont potentiellement disponibles, mais il faudra aussi des emplacements pour les camions et l’endroit est plus éloigné de Steinfort-Kleinbettingen.

Et hors des frontières du Luxembourg, il y a aussi des craintes. Notamment à Aubange, où de longue date le bourgmestre Jean-Paul Dondelinger craint de voir la petite gare d’Athus prise d’assaut et ses environs encombrés de voitures. Elle bénéficie en effet du statut CFL. Et offrira donc la gratuité de circulation même si elle est située sur le sol belge. «Cette gare a toujours été co-exploitée par la SCNB et les CFL», expliquent les Chemins de fer luxembourgeois. La raison est historique «et remonte à la grande époque de la sidérurgie». L’usine sidérurgique d’Athus a toujours entretenu de forts liens avec ses consœurs luxembourgeoises, jusqu’à s’allier en 1973 avec la Métallurgique et Minière de Rodange.

Un bus Volmerange-Kirchberg: réponse en mai

Deux autres gares sont dans ce cas, en France cette fois: Volmerange et Audun. «Pour ma part, je n’ai pas trop de craintes», confie Maurice Lorentz, le maire de Volmerange. «Car il est très compliqué d’arriver à Volmerange le matin. De nombreux habitants vont d’ailleurs à Bettembourg prendre leur train.» Cela notamment depuis que la ligne directe vers Luxembourg n’existe plus. En partant de Volmerange, un changement de train est obligatoire à Bettembourg. «Dès lors, cela constitue un frein et beaucoup préfèrent aller directement en voiture à Bettembourg. C’est plus efficace, surtout s’ils doivent ensuite prendre des bus à Luxembourg. De plus, le prix entre Volmerange et la frontière luxembourgeoise était très bas. L’économie à réaliser ne pèsera pas lourd face aux embarras du parcours.» Néanmoins, «si on constate des problèmes, on réagira vite».

Paradoxe: le parking de délestage de Volmerange est donc moins occupé qu’il y a quelques années. «Mais il pourrait de nouveau être occupé si on obtient le fait que le bus qui relie Dudelange au Kirchberg parte de Volmerange. Ce serait un vrai plus. La demande est faite et la réponse attendue pour le mois de mai», conclut Maurice Lorentz.