POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Alexandra Oxacelay (Stëmm vun der strooss)

«Ceux que nous accueillions sont dans la rue désormais»



400 repas sont distribués par jour à Esch et à Hollerich le midi, de 11h30 à 15h30, par les travailleurs sociaux de Stëmm vun der Strooss. (Photo: Stëmm vun der stroos)

400 repas sont distribués par jour à Esch et à Hollerich le midi, de 11h30 à 15h30, par les travailleurs sociaux de Stëmm vun der Strooss. (Photo: Stëmm vun der stroos)

Pour s’adapter à l’épidémie de coronavirus et aux mesures d’endiguement, Stëmm vun der Strooss a dû réduire ses activités pour se concentrer sur la distribution de repas. Sa directrice, Alexandra Oxacelay, rappelle que les plus vulnérables sont ceux qui souffrent le plus de la crise.

Comment la crise a-t-elle impacté votre travail?

Alexandra Oxacelay. – «Nous avons réduit notre activité de façon à pouvoir maintenir celle qui est la plus importante: la distribution de repas. Nous distribuons ainsi 400 repas par jour à Esch et à Hollerich le midi, de 11h30 à 15h30. La collecte et le dispatching de denrées alimentaires vers les services sont toujours assurés par le Stëmm Caddy. L’encadrement est aussi garanti pour les personnes bénéficiant d’un logement Immo Stëmm.

Mais les services de douches, la distribution de produits d’hygiène et de vêtements, le lavage gratuit des vêtements, les services de jardinage, de boucherie ou de transformation des aliments, tous sont suspendus.

Comment vous êtes-vous organisés pour faire face à cette situation?

«Les 150 personnes qui profitaient des mesures de réinsertion professionnelle en travaillant au lavage du linge, à la distribution des vêtements et des aliments ou autres, ont été renvoyées chez elles.

Les seules qui sont encore opérationnelles sont les salariés: les travailleurs sociaux, les cuisiniers, les comptables, les assistants sociaux. L’administration continue donc. Ce sont nos 50 travailleurs sociaux qui préparent chaque jour les repas et récupèrent les denrées alimentaires chez Auchan.

Pour maintenir les équipes en place et éviter une mise en quarantaine générale, celles-ci travaillent un jour sur deux.

Mais les plus impactés, ce ne sont pas les services, mais les gens dans la rue. Ceux que nous accueillions auparavant sont dans la rue désormais.

Comment réagissent ces personnes vulnérables face à cette situation?

«Les services n’arrivent plus à répondre à tous leurs besoins. Et même si c’est le chaos partout, ce sont les gens les plus vulnérables qui trinquent le plus. On ne le dit pas assez. Les gens déstructurés habituellement le sont encore davantage maintenant. Ils ne savent plus où sont les services pour les aider. Ils nous demandent tous les jours quand aura lieu la reprise des services pour laver les vêtements, pour voir des médecins, pour payer leurs factures…

Mais ils sont encore reconnaissants, ils nous remercient et restent calmes. Ils s’adaptent. Et le climat n’est pas trop dur en ce moment. Mais notre plus grande crainte est que cette situation se prolonge. Les gens nous demandent comment ils vont faire une fois que le centre d’accueil au Findel sera fermé. Heureusement qu’il est prolongé pour le moment.

Comment ces personnes se protègent-elles du coronavirus?

«Certains ne comprennent pas les mesures d’hygiène actuelles. Et pour la plupart, qui ont de graves problèmes de santé, de logement, de dettes, le coronavirus n’est pas leur priorité. Ils essaient de survivre au jour le jour.

Comment vous apporter de l’aide?

«Nous bénéficions actuellement d’un grand élan de solidarité: beaucoup de gens veulent nous aider et proposent de faire du bénévolat. Et même si nous n’avons pas recours à eux pour le moment, vu que nous travaillons avec nos travailleurs sociaux, les bénévoles peuvent s’inscrire pour constituer une réserve, en cas de malades dans nos équipes. Tout comme l’État se constitue une réserve de retraités et d’étudiants pour les hôpitaux par le biais du volontariat.

Il est aussi possible de nous aider en nous fournissant des denrées alimentaires. Mais il faut qu’elles soient prêtes à être distribuées directement, pas comme des légumes qui nécessitent de la découpe, mais davantage des yaourts, des sandwichs. Et il faut que ces produits soient étiquetés et non périmés.

Manquez-vous de matériel?

«Nous avions demandé des masques dès le début de la crise pour que le personnel puisse continuer à travailler, donc ils ont été reçus rapidement.

Sinon, un appel aux dons a été lancé. Nous avons ainsi pu acheter un mixer professionnel. Mais nous récoltons toujours des fonds: nous avons besoin de 60.000 euros pour acheter un lave-vaisselle professionnel ainsi qu’une camionnette frigorifique. Pour cette dernière, Food4All a lancé une campagne sur internet et a reçu plus de 4.000 euros sur les 30.000 demandés.»