POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Jean Bottu (président de Médecins du Monde Luxembourg)

«La crise ne fait pas disparaître les autres pathologies»



«Nous avons bénéficié d’un mouvement de solidarité spontanée, de la part d’entreprises ou de particuliers, qui nous ont fourni du matériel, des masques, du désinfectant. Beaucoup de gens essaient de nous aider, c’est réjouissant et je voudrais les remercier tous», déclare le président de Médecins du Monde Luxembourg, Jean Bottu. (Photo: Agence VOUS)

«Nous avons bénéficié d’un mouvement de solidarité spontanée, de la part d’entreprises ou de particuliers, qui nous ont fourni du matériel, des masques, du désinfectant. Beaucoup de gens essaient de nous aider, c’est réjouissant et je voudrais les remercier tous», déclare le président de Médecins du Monde Luxembourg, Jean Bottu. (Photo: Agence VOUS)

La crise sanitaire actuelle ne fait pas disparaître les pathologies et les problèmes habituels, rappelle le président de Médecins du Monde Luxembourg, le docteur Jean Bottu. Et les mesures exceptionnelles adoptées ne doivent surtout pas faire oublier l’aide aux personnes les plus fragiles.

Quelles ont été les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur votre travail?

Jean Bottu. – «Notre organisation a dû être modifiée afin de coller aux recommandations sanitaires tout en maintenant l’aide aux personnes qui vivent dans une situation précaire.

Tout d’abord, nous avons pris des mesures de protection pour nos bénévoles. La plupart sont à la retraite. Comme ils sont vulnérables, nous leur avons demandé de ne plus venir au contact des patients, ce qui a diminué de 80% nos effectifs.

Des permanences ont donc été supprimées, notamment celles effectuées au foyer Esperanza, qui est proche de notre centre d’accueil de Bonnevoie. Pour les autres, un contact par téléphone a été mis en place afin de faire le tri, pour nous permettre de ne recevoir que les gens qui ont besoin de soins et qui ne sont pas atteints du Covid-19. La difficulté était d’entrer en contact avec des personnes en situation précaire, parfois SDF. Mais ça se passe plutôt bien. En outre, dans notre centre d’accueil à Bonnevoie, un sas et une paroi en plexiglas, comme dans les pharmacies, sont en cours d’installation.

Le gouvernement est actif face à la crise, pour l’ensemble de la population. Mais nous craignons que les mesures adoptées oublient les personnes les plus vulnérables.
Jean Bottu

Jean Bottu,  président de Médecins du Monde Luxembourg

Les gens continuent à vous demander de l’aide?

«Lors de la première semaine de confinement, le nombre de demandes a diminué de moitié. Cette semaine, le temps que les gens s’adaptent à cette situation, ce nombre est revenu à des niveaux intermédiaires, avec environ 30% en moins par rapport à d’habitude.

Quelle est votre plus grande crainte?

«Le gouvernement est actif face à la crise pour l’ensemble de la population. Mais nous craignons que les mesures adoptées oublient les personnes les plus vulnérables. La crise sanitaire exceptionnelle que nous vivons ne fait pas disparaître les autres pathologies. Donc ce dont nous avons le plus besoin, c’est de pouvoir continuer à travailler au quotidien auprès des gens dans la rue. Ces derniers sont encore plus fragiles que les autres face à la crise et il ne faut surtout pas les mettre de côté. La situation actuelle ne doit pas remettre en cause notre travail. Mais je crois que notre message est en train de passer.

Comment vous soutenir en cette période de crise?

«L’État nous soutient déjà avec l’aide financière présente depuis un an ou deux. Et nous avons aussi bénéficié d’un mouvement de solidarité spontanée, de la part d’entreprises ou de particuliers, qui nous ont fourni du matériel, des masques, du désinfectant. Beaucoup de gens essaient de nous aider et je voudrais les remercier tous.»