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Plus fort que YUKA

«C’est qui le patron?!», cauchemar de l’alimentaire



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Face aux nouvelles exigences des consommateurs, la grande distribution a été obligée de commencer à revoir ses processus. La faute aux applications critiques de l’alimentation. (Photo: Shutterstock)

Pour la grande distribution, c’est un cauchemar: après l’application Yuka qui note les produits alimentaires, les fondateurs de C’est qui le patron?! ont décidé de lancer leur propre application. Qui va beaucoup plus loin!

Intermarché n’a pas laissé le choix à ses fournisseurs: leurs produits devront au minimum atteindre la note de 50 sur 100 sur l’application Yuka. Numéro 1 des applications «alimentation» les plus téléchargées, celle-ci est utilisée par 12 millions d’Européens, dont 10,5 millions de Français.

Et comme 92% des utilisateurs reposent un produit mal noté, selon sa fondatrice Julie Chapon, les rois de la grande distribution ont entamé un virage industriel. Fin 2018 et de manière spectaculaire, Intermarché a diffusé le premier auprès de ses fournisseurs une liste de 140 additifs qui seront interdits de séjour à partir de 2020 dans ses magasins. 

«C’est un chantier incroyable, colossal, et je pense qu’on va réussir à tenir cette échéance», a commenté le président du cinquième groupe alimentaire français, Thierry Cotillard, sur BFM TV.

900 recettes doivent changer d’ici 2020

Tous les fabricants de produits ont commencé à lever le pied sur le sel, à pasteuriser certains processus pour éviter les additifs et même à modifier certains ingrédients. 900 recettes ont encore trois mois pour changer.

Si l’application a ringardisé les ONG qui se battaient déjà contre cette forme de malbouffe, comme Foodwatch, elle risque bien elle-même d’être prise de vitesse par une nouvelle application, annoncée pour fin octobre.

Sans le crier sur tous les toits, C’est qui le patron?!  a collecté des données sur les mêmes produits alimentaires depuis huit ans. Plus de 25.000 références sont déjà enregistrées dans cette application, qui ne se fie pas aux consommateurs mais étudie chaque recette de manière scientifique.

Mais le principal n’est peut-être pas là. L’application va aussi prendre en compte le prix, l’origine ou l’impact environnemental des produits. Pour chaque choix du client, en fonction de ses propres préférences sur ces thèmes, il se verra proposer des alternatives qui correspondent mieux à son profil.

Soucieux de ne plus réussir à communiquer directement avec leurs clients, 45 fabricants, dont des PME et de grands groupes comme Nestlé, ont accepté de jouer le jeu et de laisser l’équipe de C’est qui le patron?! auditer leurs produits. «Nous, on a le temps et les ressources pour les auditer. À la fin, les consommateurs voteront. Soit le produit sera rejeté, soit il devra être amélioré, soit il deviendra un produit C’est qui le patron?!, même si ce n’est pas le but», avance Nicolas Chabanne, le fondateur de cette start-up.

Cinq autres apps sur le credo

Et derrière ces deux leaders, se cachent encore un certain nombre d’autres projets:

BuyOrNot , qui, en scannant le produit, permet de savoir si la société qui le met en vente est éthique ou non selon des critères environnementaux. L’association lyonnaise qui a créé cette application est même passée à une optique de boycott.

- EthicAdvisor , qui permet de sélectionner un produit en fonction de ses propres préférences: santé, impact social ou écologie.

- MyLabel , qui ne s’intéresse pas à la santé mais à l’éthique: commerce équitable, préservation des conditions sociales, rémunération juste des agriculteurs

- ScanUp , financé par les entreprises, en fonction, là encore, d’un certain nombre de critères.

- CForGood , qui permet de trouver les producteurs alimentaires responsables près de chez soi et d’être récompensé, dans un mode interactif avec le commerçant ou le producteur.