POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Crainte d’une nouvelle bulle de la dette

La BCE va hausser le ton envers certaines banques



Selon quelques observateurs, la BCE a peu apprécié que ses recommandations ne soient pas prises en compte et que certaines banques s’exposent de manière dangereuse. (Photo: Shutterstock)

Selon quelques observateurs, la BCE a peu apprécié que ses recommandations ne soient pas prises en compte et que certaines banques s’exposent de manière dangereuse. (Photo: Shutterstock)

La BCE va annoncer, ce mardi, de nouvelles contraintes en capital envers les banques trop chargées en financement risqué à effet de levier. Une erreur pour certains acteurs bancaires.

Utiliser l’endettement pour augmenter la capacité d’investissement, par exemple d’une entreprise, et l’impact de cette utilisation sur la rentabilité des capitaux propres investis: voilà ce qu’on appelle en économie un «effet de levier» (LBO). Une méthode dont on a beaucoup reparlé ces derniers jours depuis que le fonds de private equity américain KKR a annoncé vouloir signer le plus gros LBO européen sur l’opérateur Telecom Italia.

Du coup, l’opérateur risque de ne plus pouvoir rembourser sa dette et basculer dans la catégorie B des entreprises dans ce cas, selon Fitch. Qui rappelle que la dette de l’opérateur danois TDC avait gonflé de 3,6 à 7,6 fois son Ebitda.

Et si la BCE a fixé la ligne rouge à hauteur d’un endettement de six fois l’Ebitda, cela n’a guère eu d’effet, puisque la moitié des prêts LBO en Europe ont dépassé ce seuil. 

Les Échos expliquent que la tentation est grande pour les banques; ces prêts étant bien margés, ils «ont généré, selon Refinitiv, 12% des revenus des banques d’investissement dans le monde sur les 11 premiers mois de l’année».

Mais la BCE va siffler la fin de la récréation. Dans le cadre de la présentation de ses priorités 2022-2024, «elle doit annoncer des surcharges en capital ciblées selon les banques, après un passage en revue des portefeuilles par les superviseurs nationaux», explique encore le site du média économique. La prise de risques des banques ferait courir un risque à tout le système.

Le risque de favoriser les concurrents non régulés

Mais plusieurs banquiers contestent la vision de la BCE, qui, dans ses calculs, inclut «les prêts non tirés et fait abstraction de la trésorerie des entreprises». De plus, soulignent encore les banques, «80% de ces prêts sont syndiqués, c’est-à-dire redistribués à des investisseurs tiers». «Donc, rajouter du capital», dit un banquier, «c’est juste vouloir tuer ce business, essentiel en phase de taux bas. Et tuer le business, c’est rendre les banques moins profitables!»

Elles craignent que la BCE favorise leurs concurrents non régulés. «Les acteurs sur ce marché, des fonds de dette aux banques étrangères, sont multiples. Vouloir réguler par les banques locales peut conduire à manquer l’objectif de contrôle des risques», disent Edward Eyerman et Edouard Porcher de Fitch.

Reste à savoir si la BCE ira jusqu’à imposer de nouvelles charges en capital aux filiales de banques étrangères. «Depuis le Brexit, les plus grosses banques étrangères ont des entités sur le sol européen et sont soumises à la supervision européenne et ne peuvent pas ignorer le message», estime la BCE. «Qu’allez-vous faire vis-à-vis des Goldman Sachs et autres J.P. Morgan? Ils iront voir leur régulateur pour leur demander s’il est normal de se voir forcer la main par la BCE», répondent les analystes de Fitch.