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budget 2021

2021, l’année du rebond pour le budget



Pierre Gramegna défend un budget, certes en déficit, mais privilégiant les investissements et le soutien à l’économie, à l’«austérité idéologique». (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Pierre Gramegna défend un budget, certes en déficit, mais privilégiant les investissements et le soutien à l’économie, à l’«austérité idéologique». (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Le ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP), a présenté mercredi matin son projet de budget 2021 devant les députés. Un budget fortement marqué par les séquelles de la crise du Covid-19, mais comptant sur un rebond des finances publiques.

«2021 ne sera toujours pas une année normale», prévient tout de go le ministre des Finances, après avoir rangé son masque tricolore dans sa poche. Au-delà des diverses mesures prises dans les domaines du logement, de la solidarité ou des aides liées au Covid-19, il a présenté un budget qui ne sera pas à l’équilibre – et probablement loin de la réalité.

«À période incertaine, chiffres incertains», commente-t-il en introduisant les statistiques du budget de l’État pour 2021. Traditionnellement volatiles en raison de la grande ouverture de l’économie, celles-ci sont d’autant moins fiables que nul ne connaît l’évolution de l’épidémie de Covid-19 qui conditionne la reprise économique.

Le Statec, dont la prévision pessimiste d’une baisse de 12% du PIB en 2020 ne s’est heureusement pas concrétisée, estime que le «rebond mécanique du PIB» en 2021 s’établira à +7% après une récession de 6% en 2020. «C’est à première vue une bonne nouvelle, mais cela signifie concrètement que la croissance au Luxembourg aura été quasiment nulle pendant deux ans», souligne Pierre Gramegna .

2 milliards d’euros de dépenses supplémentaires en 2020

L’Administration centrale devrait avoir déboursé 22,9 milliards d’euros en 2020, soit 2 milliards de plus que prévu dans le budget voté fin 2019, alors que le coronavirus commençait à peine à faire parler de lui en Chine. Un surplus de 10%, qui explique que les dépenses de 2021 semblent diminuer de 4,9% pour atteindre 21,8 milliards d’euros. «Ceci reflète notre volonté de non pas entraver la relance avec des mesures d’économies, mais de continuer à la soutenir activement.»

-18% de recettes issus de l’impôt sur les sociétés en 2020

Les recettes de l’Administration centrale, elles, ont fondu de 2,5 milliards d’euros par rapport aux prévisions du budget 2020, pour atteindre 17,8 milliards d’euros (-12,1%). «Les plus grandes variations en 2020 par rapport au budget voté se trouvent au niveau des impôts sur les traitements et les salaires (RTS, -12%), l’impôt sur le revenu des collectivités (IRC, -18%) et la TVA (-10%).

Le ministre DP compte pour 2021 sur une hausse de 8% des recettes – tout en restant prudent puisqu’elles devraient rester inférieures de 10% aux projections du cadre financier pluriannuel estimé l’an dernier. «Nous ressentons très clairement l’impact de la crise», commente M. Gramegna.

Un déficit divisé par deux en 2021

Sans surprise, le solde de l’Administration centrale plonge en 2020 pour atteindre -5 milliards d’euros, mais devrait se réduire pour atteindre -2,5 milliards en 2021, passant de -8,6% à -3,9% du PIB.

L’Administration publique – incluant l’Administration centrale, la Sécurité sociale et les Communes – devrait connaître un déficit moins profond. Les administrations locales afficheront a priori un déficit de 213 millions d’euros en 2020 (-0,4% du PIB), après avoir connu un solde positif de 286 millions d’euros l’année précédente. En 2021, leurs finances se rétabliront au point d’enregistrer un léger surplus de 2 millions d’euros.

La Sécurité sociale, dont l’apport suffit généralement à combler les dépenses de l’État et des Communes, souffre également de la crise avec un surplus de 900 millions d’euros, soit 300 millions de moins qu’en 2019. La décrue se poursuivra en 2021 avec 755 millions d’euros de surplus, soit 1,2% du PIB.

En fin de compte, l’Administration publique affichera fin 2020 un déficit de 4,4 milliards d’euros (-7,4% du PIB). «Le gouvernement a opté pour une approche plus prudente que la Commission européenne, qui prévoit un déficit de -4,8% du PIB en 2020», souligne M. Gramegna. Ce déficit se réduira à -1,8 milliard en 2021 (-2,7% du PIB) selon les prévisions du Statec, alors que la Commission envisage un solde légèrement positif dès 2021 (0,1% du PIB).

Dans les clous de Maastricht

«En période de crise, le budget pluriannuel perd malheureusement une partie de son utilité», poursuit M. Gramegna, prenant en compte l’incertitude de la situation et la variété des scénarios possibles. Selon les projections du gouvernement, le déficit de l’Administration publique devrait atteindre -2,7% du PIB en 2021, puis -2,2% en 2022, -1,3% en 2023 et -0,9% en 2024, restant dans les clous des critères de Maastricht. «Mais au vu des incertitudes, je n’évoquerai pas davantage de chiffres du budget pluriannuel dans le cadre de ce discours», s’interrompt M. Gramegna.

Une dette frôlant les 30% du PIB

Le ministre DP rappelle le point de départ enviable du Luxembourg en 2019: officiellement, un endettement à hauteur de 22% du PIB, mais prenant en compte 1,7 milliard d’euros de préfinancement de l’emprunt de 2 milliards contracté en mai, ce qui amène la dette réelle à 19,4% du PIB, soit 12 milliards d’euros.

En 2020, la dette atteindra 16,2 milliards d’euros (27,4% du PIB), desquels il convient de retirer les 3 milliards d’emprunt autorisés par la Chambre des députés pour couvrir les dépenses liées au Covid-19, soit au final 13,2 milliards d’euros (22,3% du PIB).

«Pour ceux qui l’auraient oublié, la dette s’établissait à 23,7% du PIB en 2013 et aurait dû atteindre 27,5% en 2015 si nous n’avions pris aucune mesure», glisse M. Gramegna. «C’est donc parce que nous avons assaini les finances publiques ces dernières années que nous en sommes aujourd’hui, en pleine crise, tout juste au niveau prévu cinq ans plus tôt.»

En 2021, la dette devrait atteindre 18,9 milliards d’euros (29,4% du PIB) et ainsi frôler le seuil de 30% à ne pas dépasser que s’est fixé le gouvernement (elle ne doit pas excéder 60% du PIB selon les règles européennes). «Le gouvernement veut maintenir un haut niveau d’investissement précisément maintenant, pendant la crise», justifie M. Gramegna. «Nous voulons continuer à soutenir la relance et en aucun cas l’entraver. Et si cela signifie que le niveau de la dette va osciller autour du seuil de 30% durant quelques années, c’est une meilleure perspective que celle d’un programme d’austérité idéologique ou du renoncement à l’innovation et aux investissements.» De quoi faire râler l’opposition dans la salle.

«C’est un budget exceptionnel pour une époque exceptionnelle, un budget de solidarité et de relance durable», conclut M. Gramegna.