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MOBILITÉ 

Vers une pénurie de vélos au Luxembourg?



Les délais d’attente pour recevoir certains vélos peuvent aller de plusieurs mois à plus d’un an. (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Les délais d’attente pour recevoir certains vélos peuvent aller de plusieurs mois à plus d’un an. (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Entre soucis d’approvisionnement et demande grandissante, les magasins de vélos au Luxembourg voient leurs stocks diminuer à vue d’œil. Problème, un flou subsiste souvent quant aux prochaines dates auxquelles ils pourront être livrés.

Plus d’attente pour un vélo que pour une Tesla. Victimes du succès de l’aide à l’achat du gouvernement et bloqués par des commandes qui tardent à arriver, les magasins spécialisés dans le vélo connaissent une fin d’année chaotique. «Pour certains modèles de vélos, nous avons des délais d’attente importants, parfois jusqu’à avril ou septembre de l’année prochaine», explique-t-on chez Velocenter Goedert, alors que certains détaillants indiquent même que certains modèles ne seront pas disponibles avant 2022. Et le problème semble toucher tous les acteurs du secteur.

L’offre…

Plusieurs raisons expliquent cette pénurie de vélos au Grand-Duché. À commencer par la crise sanitaire, qui a mis à l’arrêt forcé certains sites de production. «Le problème, c’est que les pièces n’arrivent plus de Chine ou du Japon. Ou au compte-gouttes. Nous avons commencé à connaître ce souci depuis le premier confinement. Les fabricants passent souvent par les mêmes sous-traitants pour les pièces. Sauf que s’il manque ne serait-ce qu’un élément, le vélo n’est pas monté», indique le gérant de Bike World, à Bereldange, qui ajoute que ces difficultés d’approvisionnement ne sont pas seulement l’apanage des marques haut de gamme.

De quoi décourager les clients potentiels? «On explique la situation à énormément de clients. La plupart comprennent la situation. On parvient souvent à les rediriger vers des modèles équivalents chez d’autres marques», explique le patron de Cycles Arnold Kontz. Mais pour rediriger les clients, encore faut-il avoir du stock et être livré. «On joue sur notre stock, on va recevoir des vélos. Cependant, c’est bien trop flou pour savoir quand, et ça ne devrait pas être avant l’année prochaine. C’est du jamais vu», résume-t-on chez Velocenter Goedert.

… et la demande

Outre ces soucis d’offre, l’explication de ces stocks de vélos fondant comme neige au soleil est également à chercher du côté de la demande. Celle-ci a explosé avec la mise en place de l’aide gouvernementale de 600 euros à l’achat d’un vélo. «Il n’y a pas que le Covid, même si celui-ci n’arrange rien. Mais c’est aussi à cause de la prime. Celle-ci a donné un grand coup de pouce, la demande a explosé partout. D’autant plus que les gens ont plus de temps pour le loisir, nous avons connu un bon été, l’hiver a été doux. Tout ceci a poussé les gens à se mettre au vélo», estime le gérant de Cycles Arnold Kontz.

Mise en place en 2019 pour favoriser la mobilité douce, l’administration a reçu, en un peu plus d’un an et demi, plus de 25.000 dossiers de demandes d’aide.

Les vélos en libre-service aussi concernés

Si les revendeurs et autres spécialistes de la petite reine connaissent une année compliquée à bien des égards, ils ne sont pas le seuls concernés. Les soucis d’approvisionnement touchent également les sociétés de gestion, comme JC Decaux au Luxembourg, de vélos en libre-service, notamment présents dans la capitale et dans plusieurs communes voisines. 

«Les délais d’approvisionnement se sont allongés de plusieurs mois suite à la crise Covid», confirme Jerôme Blanchevoye, directeur général adjoint Villes & Finance pour JCDecaux Belgium. «Nous essayons d’anticiper nos commandes, quand cela est possible, afin de mieux y remédier», précise-t-il.

2021, année fantôme

Reste désormais à voir comment se passera l’année 2021. «Les constructeurs produisent les vélos 2021 en 2020. Sauf que, comme ils ne peuvent plus produire, certaines marques, américaines notamment, nous ont déjà présenté les gammes 2022. Certaines marques sont juste en rupture et ne prévoient pas de produire à nouveau certains modèles pour l’année prochaine. Alors, ceux qui ont pris les devants en précommande peuvent s’en sortir, mais tout le monde ne peut pas stocker des milliers de vélos», souligne-t-on du côté de Cycles Arnold Kontz, dont le patron glisse, en guise de conclusion: «J’ai bien peur que nous ne soyons rentrés dans une spirale. Mais effectivement, malgré les difficultés, l’année 2020 a été une année forte pour les magasins.»