POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

HAUSSE DES ACCISES DU DIESEL

Une facture qui ne passe pas dans le transport



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La hausse des accises vient rogner les marges des transporteurs, où tout se calcule en centimes d’euros. Les professionnels réclament une rétrocession comme elle se pratique en Belgique. (Photo: Shutterstock)

La hausse de deux centimes des accises est programmée pour le 1er mai au Luxembourg. Quand on met 12 millions de litres de diesel par an dans ses camions, comme chez Arthur Welter, ça compte. Le directeur financier, Ben Frin, est d’autant plus amer qu’il n’y a pas d’alternative.

«Le particulier qui va faire son plein, lui, il ne s’en apercevra même pas!» Le directeur financier d’Arthur Welter Transports, Ben Frin, a fait ses comptes.

«À partir de notre propre station, nous mettons 12 millions de litres par an dans nos camions, qui ne prennent quasiment jamais du carburant ailleurs. Déjà que nous devons assumer les fluctuations des prix à la pompe, ça ajoute encore des coûts supplémentaires.»

Le carburant engloutit environ 10% du chiffre d’affaires!

Ben Frin,  directeur financier,  Arthur Welter

240.000 euros, selon nos calculs, pour ce qui est du deuxième poste des charges d’un transport après les salaires. «Le carburant engloutit environ 10% du chiffre d’affaires!», précise M. Frin.

«Le pire, c’est qu’il n’y a pas d’alternative», s’emporte-t-il poliment. «Nous voulons bien suivre le mouvement du développement durable, de la réduction des émissions de CO2 et tout ça, d’ailleurs nous avons le label luxembourgeois qui montre notre engagement à réduire nos émissions. Notre flotte (400 camions) est à 100% Euro 6, la norme la plus élevée en Europe, et nous renouvelons notre parc complètement tous les quatre ans! Pour bien montrer notre bonne volonté, avec Losch Électrique, nous avons même mis en route une camionnette 100% électrique pour les courtes distances. Ce n’est pas notre core business, pourtant!»

Un coup d’arrêt à la diversification

La petite camionnette coûte aussi cher qu’un tracteur pour remorque de longue distance, les technologies de gaz ne sont pas très développées, mais très chères, plus de 50.000 euros de plus par tracteur.

«Et la première station pour faire le plein est à Nancy! Vous imaginez bien que nous n’allons pas aller faire le plein à Nancy!»

Et ce n’est pas tout. «Quand vous avez un problème avec votre tracteur, il n’y a pas de mécanicien pour le réparer!»

«Quant à l’hydrogène, les technologies en sont encore au stade de prototypes!»

Dépendant du diesel, le transporteur a du mal pour une autre raison. «La logistique est une des pistes de la diversification de l’économie choisie par le gouvernement», explique encore le directeur financier.

«Ça fait un moment que nous demandons au gouvernement de nous rembourser au moins ces deux centimes, sur le mode que ce que font nos voisins. Pas de nouvelles. C’est trop facile de dire ‘Vous allez être punis’ si la technologie n’est pas là!»

Pour la première fois, comme le soulignait le Groupement des pétroliers à l’occasion de son bilan annuel, le diesel professionnel sera plus cher au Luxembourg qu’en Belgique.

Face à l’idée retenue par le gouvernement pour réduire le volume des ventes au Luxembourg et atteindre les objectifs climatiques des accords de Paris, le Groupement des transports avait d’ailleurs demandé au gouvernement d’imaginer un dispositif voisin à celui qui existe en Belgique, un remboursement des accises.

Pas sûr que le gouvernement l’entende. Pourquoi? Parce que les politiques belges s’interrogent eux aussi sur la pertinence de la mesure. En début d’année,  le WWF Belgique a publié une étude de Climact,  qui estime à 1,3 milliard d’euros le coût de la mesure chez nos voisins. À quelques jours des élections législatives du 26 mai, l’avenir de la rétrocession des accises aux professionnels dépendra de la future coalition.

La  Commission européenne avait publié en fin d’année  une étude d’impact, selon laquelle imposer une baisse de 30% des émissions au secteur du transport de marchandises leur permettrait d’économiser 25.000 euros de carburant sur cinq ans, contre un investissement initial supplémentaire de 1.800 euros.