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Analyse

Le plein de carburant nous coûte-t-il vraiment plus cher?



Au Luxembourg, les carburants ne coûtent pas plus cher qu’en 2005. (Photo: Shutterstock )

Au Luxembourg, les carburants ne coûtent pas plus cher qu’en 2005. (Photo: Shutterstock )

Suite au mouvement des «gilets jaunes» organisé en France et en Belgique depuis plusieurs jours, la Fondation Idea a réalisé une étude, à la demande de Paperjam, sur la place qu’occupent les dépenses liées aux voitures dans la consommation globale des ménages luxembourgeois.

Circuler dans nos voitures nous coûte-t-il plus cher qu’il y a 20 ans en arrière? La question peut paraître osée alors qu’un large mouvement de contestation déferle actuellement sur la France et la Belgique, avec pour déclencheur apparent le renchérissement du prix des carburants. La réponse la plus objective, sans doute peu audible pour le moment, nécessite une analyse de plusieurs paramètres.

Muriel Bouchet, économiste de la Fondation Idea, a mené ce travail à la demande de Paperjam. Il a examiné l’évolution des prix à la pompe de l’essence et du diesel routier au Luxembourg – certes un cas particulier à de nombreux égards. À première vue, le renchérissement des prix en question ne souffre d’aucun doute. Ainsi, au Grand-Duché, le litre de gasoil routier coûtait à la pompe 1,162 euros à la mi-novembre 2018, contre à peine plus d’un euro un an plus tôt et environ 50 centimes en moyenne en 1995.

Trois facteurs additionnels

Une analyse plus fine montre cependant qu’il convient d’aller (bien) au-delà de ces premiers chiffres. Au moins trois facteurs additionnels doivent en effet être pris en compte.

En premier lieu, les prix à la pompe sont gonflés par le phénomène général de l’inflation. Lorsqu’ils sont corrigés de cette dernière («déflatés», en jargon économique), les carburants manifestent certes toujours une sensible tendance au renchérissement depuis 1995, mais elle paraît déjà nettement plus tempérée. De 1995 à 2018 (moyenne depuis le début de l’année) et de manière cumulée, les prix des carburants auraient en effet progressé de 36% au-delà de l’inflation générale. Ce serait +31% pour le super sans-plomb 95 octane, +34% pour le 98 octane et +44% pour le gasoil routier. Cependant, cette hausse est tout sauf récente. Les prix réels des carburants ont culminé en 2012 et depuis lors, ils ont en moyenne diminué de 17% – et même de 19% pour le diesel. Toujours en termes réels, au Luxembourg, les carburants ne sont pas plus onéreux actuellement qu’en 2005.

Deuxième élément à considérer: d’autres postes liés aux véhicules individuels ont connu une évolution nettement plus favorable. C’est le cas de la composante «automobile» de l’indice des prix à la consommation du Statec, avec un prix réel moyen en recul de 16% depuis 1995. L’évolution est plus marquante encore pour les pièces détachées, qui ont vu leur prix réel diminuer de quelque 45% de 1995 à 2018. Dans le même temps, les entretiens et réparations (de même que les autres services aux automobilistes) ont certes vu leurs prix augmenter. Compte tenu des poids respectifs dans le «panier de la ménagère», toutes ces évolutions se sont mutuellement neutralisées de 1995 à 2018 de sorte que globalement parlant, conduire ne coûterait pas plus cher aujourd’hui qu’il y a un peu plus de 20 ans.

Enfin et en troisième lieu, les véhicules tendent à consommer moins actuellement qu’il y a 20 ou 30 ans. Selon le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), la consommation moyenne des voitures à essence en France serait passée de 8,68 litres au 100 en 1990 à 7,31 en 2017 (-16%). Il se pourrait certes qu’en parallèle, les distances annuelles parcourues ou la puissance des véhicules tendent à progresser avec l’augmentation graduelle du pouvoir d’achat (les données du CCFA sont assez mitigées de ce point de vue. Elles indiquent par exemple pour la France une stabilité globale des distances parcourues depuis 1990. Au Luxembourg, les embouteillages croissants pourraient certes induire une augmentation «autonome» de la consommation…).

De 14,4% en 1995 à 13,7% en 2017

Ces évolutions en sens divers (prix des carburants, des autres postes liés aux automobiles, de la consommation moyenne et des kilomètres parcourus) peuvent être résumées par un simple indicateur, à savoir la part de la consommation finale des ménages affectée aux carburants et plus largement à la conduite automobile (achats et utilisation des véhicules personnels).

Cette donnée permet d’intégrer une variable additionnelle d’importance, à savoir l’évolution du revenu disponible des ménages (à travers leur consommation totale). Or, en 2017, cette part s’établissait, selon le Statec, à 13,7%. Contre 14,4% en 1995. Toujours ce constat d’une grande stabilité.