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Carburant PROFESSIONNEL

Le Luxembourg bientôt plus cher que la Belgique



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Dans 15 jours, les professionnels du transport et de la logistique auront plus intérêt à aller faire le plein en Belgique qu'au Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Pour la première fois, dans 15 jours, le Luxembourg sera plus cher que la Belgique pour le diesel des professionnels. Le Groupement pétrolier salue la prudence du gouvernement dans la hausse de deux centimes des accises, mais s’inquiète pour son avenir.

Le Groupement pétrolier (GPL) aurait pu se satisfaire d’une nouvelle hausse (de 6,2%) des ventes de produits pétroliers l’an dernier, tirées par le diesel et l’essence (+7%) et celles de jet fuel (+7%), signe du décollage de l’aéroport de Luxembourg.

Le Groupement pétrolier aurait pu se réjouir de donner du travail à 2.600 personnes, dont 2.200 dans les 234 stations-service.

Le Groupement pétrolier aurait pu se frotter les mains d’apporter deux milliards d’euros de taxe aux recettes de l’État.

Mais mardi matin, à l’heure du bilan annuel, ses dirigeants avaient le succès modeste. La seule perspective de voir les accises augmenter de deux centimes au 1er mai suffit à gâcher leur plaisir.

Le niveau des accises sera pour la première fois plus élevé que celui de Belgique, où il existe un système de remboursement des accises pour les clients professionnels. Cela correspondra à 355 euros pour 1.000 litres au Luxembourg contre 352 euros en Belgique.

«Nous ne pouvons pas être satisfaits d’une telle mesure», commente le président du Groupement pétrolier luxembourgeois, Romain Hoffmann. «Mais nous respectons la volonté du gouvernement. Le secteur et les sociétés pétrolières sont enclins à apporter des solutions au dilemme de fournir plus d’énergie avec moins d’émissions. Au niveau luxembourgeois, les leviers du secteur sont assez limités», ajoute-t-il avec une forme d’impuissance.

Pour répondre à ses ambitions environnementales – les émissions seront enregistrées dans le pays d’achat des carburants –, le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’essayer de diminuer les ventes ou d’acheter des certificats.

Infrastructures, embouteillages et parkings insuffisants

Malgré une croissance économique soutenue, un effet «gilets jaunes» français et belge, des augmentations d’accises en France et en Belgique, le blocage de dépôts pétroliers wallons et le transfert sur la route des transports qui n’ont pas pu emprunter le Rhin exceptionnellement bas, les ventes de diesel ont plafonné à 2,14 milliards de litres, soit la moyenne sur dix ans.

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Le vice-président du Groupement pétrolier Paul Kaiser et son président Romain Hoffmann regardent l’entrée en vigueur de la hausse des accises avec prudence. (Photo: Paperjam)

«Petit à petit, le Luxembourg a perdu son attractivité», explique le président du GPL en citant les infrastructures qui n’ont pas tellement progressé, les embouteillages ou les parkings «massivement trop peu nombreux».

Seulement le diesel représente toujours deux tiers des ventes de produits pétroliers et offre peu de marge. Non seulement il est un produit au prix dirigé par l’État, mais il est coincé entre le prix de la matière première (40%) qui ne se décide pas au Luxembourg, les taxes (45% entre les accises et la TVA à 17%) et les charges incompressibles (transport, stockage, distribution et personnel).

Tâtonner pour voir les effets est une bonne approche.

Romain Hoffmann,  Président,  Groupement pétrolier luxembourgeois

Le groupement brandit donc le spectre des pertes de recettes pour l’État, les pertes d’emplois et d’investissement, mais aussi les risques de délocalisation de ventes sans diminution des émissions ni des nuisances effectives puisque les transporteurs continueront toujours à passer par le Luxembourg pour aller du nord au sud ou inversement.

La logistique demande une compensation

La mesure aura aussi un impact sur le secteur de la logistique, où chaque centime compte, et qui est pourtant un des secteurs-clés de la réorientation de l’économie luxembourgeoise. Le 18 mars,  dans un communiqué, un autre groupement, celui des transports , avait exigé des mesures compensatoires pour ses 200 membres affiliés (7.000 emplois). «Le secteur des transports s’efforce toujours de fonctionner conformément aux normes et lignes directrices les plus durables et les plus modernes:

- la plupart des camions sont conformes à la norme Euro6 qui est la plus respectueuse de l’environnement;

- les premières camionnettes de transport régional à propulsion électrique sont déjà en service;

- certaines entreprises de transport se sont engagées à réduire leurs émissions de CO2 et ont obtenu les certificats correspondants.

Cependant, il n’existe actuellement aucune alternative économique au diesel, en particulier dans le transport longue distance, de sorte que l’augmentation de deux centimes des accises sur le diesel frappe durement le secteur des transports routiers. Cette augmentation coûte plusieurs centaines de milliers d’euros dans les grandes entreprises.»

Enfin, dit encore le Groupement des pétroliers, à partir de 2020, il faudra ajouter des biocarburants pour atteindre l’objectif obligatoire de 10% d’énergies renouvelables dans le secteur du transport, ce qui aura aussi un impact à la pompe.

«Tâtonner pour voir les effets est une bonne approche», reconnaît le président du Groupement pétrolier. Même si pour l’heure, personne ne sait vraiment comment les professionnels vont s’adapter à ce nouveau contexte. Les particuliers, eux, sont à la fois dans une comparaison de l’offre à proximité de chez eux et dans une dimension globale où alcool et cigarettes jouent aussi un rôle.