POLITIQUE & INSTITUTIONS — Monde

Robert Harmsen (Université du Luxembourg)

«Trump a montré un niveau d’incompétence extraordinaire»



«Aux États-Unis, il y a certains échecs, mais aussi de la réussite au niveau de certains États fédérés», estime Robert Harmsen. «Mais l’administration Trump n’a pas voulu jouer son rôle de coordinateur.» (Photo: Université du Luxembourg)

«Aux États-Unis, il y a certains échecs, mais aussi de la réussite au niveau de certains États fédérés», estime Robert Harmsen. «Mais l’administration Trump n’a pas voulu jouer son rôle de coordinateur.» (Photo: Université du Luxembourg)

Donald Trump fait preuve d’une incompétence extraordinaire pour gérer la crise, estime Robert Harmsen, professeur de sciences politiques à l’Université du Luxembourg. Mais les États fédérés, qui ont apporté des réponses diverses, ont pu avoir de la réussite. Une absence de cohérence, finalement similaire à celle observée en Europe.

La gestion de la crise aux États-Unis est-elle un échec?

Robert Harmsen. – «La première phase de la crise n’est pas finie. Il est donc encore très difficile de faire un jugement global. Le problème est le même pour tous les pays: il faut trouver l’équilibre entre risques sanitaires et coût économique. Et pour l’instant, il est difficile de savoir quelles solutions se trouveront à la fin être les plus efficaces.

Aux États-Unis, il y a certains échecs, mais aussi de la réussite au niveau de certains États fédérés. Sur le plan interne, le système fédéral a des avantages, notamment en décentralisant les pouvoirs au niveau des États fédérés et des gouverneurs, et c’est très efficace.

Mais l’administration Trump n’a pas voulu jouer son rôle de coordinateur. Ainsi, le manque de coordination et de cohérence au niveau de l’État fédéral, et entre les États fédérés et l’État fédéral est manifeste. Mais le constat est le même au niveau européen.

Avec plus de 26 millions de chômeurs, la situation n’est-elle pas particulièrement inquiétante?

«Le chômage est bien sûr un problème aux États-Unis. Mais la situation n’est pas plus inquiétante qu’en Europe, car le problème se pose d’une autre manière.

Le système social est certes relativement moins développé qu’en Europe, mais les mesures d’urgence qui ont été débloquées sont extraordinaires. 2.000 milliards est une somme astronomique. Donc le pays a des ressources. Le problème est davantage de bien les diriger.

La situation est similaire au niveau du système de santé. D’un certain point de vue, c’est le meilleur du monde au niveau des infrastructures et des hôpitaux de pointe. Mais il reste inadapté.

Les capacités sont donc là, mais la problématique est de bien les diriger. Or, l’administration fédérale manque ici, car c’est son rôle. On retrouve ici les forces et les faiblesses du système fédéral: il est efficace sur le terrain, car les États fédérés ont davantage conscience des besoins au niveau local. Mais il est plus difficile de coordonner l’ensemble.

Les lacunes des États-Unis sont-elles imputables à Donald Trump ou à l’organisation politique générale du pays?

«Les deux. Trump a montré un niveau d’incompétence extraordinaire. Il n’a pas pris ses responsabilités et a seulement recherché des boucs émissaires, notamment la Chine et l’OMS. Il a cherché à politiser la crise, en donnant des gages à sa base pour la renforcer, sans chercher à l’élargir, notamment avec ses mesures sur l’immigration.

Mais cela est dû à un problème de fond qui s’est renforcé avec la crise: l’hyperpolarisation de la politique américaine. On veut gagner en mobilisant son camp et sans chercher à mobiliser l’électeur moyen, celui qui est indécis. Ce phénomène est plus grand que Trump.

Si on peut constater en Europe un phénomène d’union nationale et de soutien des gouvernants, on ne le retrouve ainsi pas du tout aux États-Unis, où les sondages d’opinion montrent que la part de la population qui est favorable à Trump n’a pas bougé, tout comme celle qui lui est défavorable.

Quelles peuvent être les conséquences de cette crise au niveau international?

«C’est très difficile à dire, car tout dépend de la réélection ou non de Trump en novembre. Mais un phénomène est intéressant: sur le plan international, il n’y a que des absents. Trump n’a pas voulu jouer le rôle de leader, comme on le voit avec l’abandon de l’OMS . La Chine a essayé de reprendre ce rôle, mais a échoué. Les États-Unis et la Chine se sont donc discrédités sur le plan international. Et l’Union européenne est plutôt absente. Reste à savoir si elle va se rétablir en montrant davantage de cohérence. Donc, pour le moment, on ne voit aucun leadership, ni d’un côté, ni de l’autre.»