ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

carte blanche

«La transformation digitale s’applique aussi à l’État»


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Lors de la présentation du programme gouvernemental par le Premier ministre, Xavier Bettel, le 11 décembre 2018, la création d’un ministère de la Digitalisation a été annoncée.

Parmi les principales attributions de ce nouveau ministère figure la transformation digitale de l’administration publique, qui doit permettre, notamment, de faciliter l’accès aux services offerts par l’État. «Il y a un vrai défi de change management à relever de la part de ce nouveau ministère», explique Brice Lecoustey, Partner, Digital Leader au sein d’EY Luxembourg. «Il faudra tout d’abord qu’il veille à mettre en œuvre des réformes administratives qui permettent de simplifier et de standardiser les procédures. À cette première étape doit s’ajouter une mutation en données informatiques, avant de pouvoir y ajouter de la connectivité, de l’automatisation.» La tâche qui attend le tout frais ministère de la Digitalisation est donc immense, même si elle a d’ores et déjà été entamée. «Nous n’en sommes plus du tout à une phase de réflexion par rapport à ce besoin de transformation digitale. L’administration a déjà basculé en faveur d’un e-gouvernement, elle est aujourd’hui en train d’exécuter les différentes étapes nécessaires à la concrétisation de ce projet.»

Les agents de l’État devront participer

À l’image d’un processus de transformation digitale qui a lieu au sein d’une structure privée, la digitalisation de l’administration se heurtera à différents obstacles. Comme souvent, le facteur humain est celui qui est le plus délicat à accorder au projet. «Pour s’assurer du succès de la démarche, les agents de l’État ont pour mission de participer activement à ce changement, de partager leurs connaissances et d’en acquérir de nouvelles», poursuit Brice Lecoustey.

«Il n’est pas question de recruter une armée de ‘digital agents’ qui pourront faire le travail. L’initiative doit venir de l’intérieur, d’autant qu’un effort de coordination entre différents ministères sera nécessaire, notamment pour aligner les procédures entre elles. Il y a un vrai travail éducatif à mener à ce niveau. On peut même imaginer soutenir des démarches d’intrapreneuriat ou de création, au sein des différents services de l’administration, des sortes de start-up qui permettront de parvenir plus efficacement à mettre en place cet e-gouvernement.»

Les agents de l’État sont demandeurs de cette transformation digitale.
Brice Lecoustey

Brice Lecoustey,  Partner,  EY Luxembourg

De toute évidence, les agents de l’État sont demandeurs de cette transformation digitale. «Ces travailleurs sont comme tout le monde: si on leur offre des outils plus performants pour améliorer leur quotidien, ils seront évidemment preneurs. Je constate, de ma propre expérience, que les personnes en place dans les différents services de l’administration aspirent à plus de digitalisation. Le fait que tous les regards soient aujourd’hui braqués sur eux renforce d’autant plus cette envie de changement», ajoute Brice Lecoustey.

Un mini-Plan Marshall

Les agents de l’État ne sont évidemment pas les seuls à appeler de leurs vœux une véritable transformation digitale de l’administration. En effet, le secteur privé, qui est lui-même en pleine période de mutation digitale, a également des attentes très élevées à ce sujet. «Il est important que le gouvernement soit au diapason du privé en matière de digitalisation. Pour cela, il doit être un véritable pionnier en Europe », détaille Brice Lecoustey. Pour le Partner d’EY Luxembourg, l’avènement d’une administration hautement digitalisée au Luxembourg pourrait ainsi avoir un effet d’entraînement important pour le secteur privé, à la manière d’un Plan Marshall à échelle réduite. «Les services et compétences développés au travers de la digitalisation de l’administration bénéficieront finalement aux entreprises et aux autres acteurs privés au Luxembourg. Comme l’a fait le Plan Marshall en son temps, les investissements publics ruisselleront donc sur le privé.»

Créer un one-stop shop numérique dans lequel on puisse effectuer les différentes démarches administratives et avoir accès aux services de l’État.
Brice Lecoustey

Brice Lecoustey,  Partner,  EY Luxembourg

Évidemment, le citoyen, lui aussi, bénéficiera de la mise en place d’un e-gouvernement réellement efficace. «À terme, il devra pouvoir accéder, au départ de son smartphone, à l’ensemble des services offerts par l’État.

L’objectif concret qui doit guider le travail des responsables du ministère de la Digitalisation est donc le suivant: créer un one-stop shop numérique dans lequel on puisse effectuer les différentes démarches administratives et avoir accès aux services de l’État», conclut Brice Lecoustey.