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Transport ferroviaire

Thionville, terminus



L’arrêt de certains TER en gare de Thionville pourrait avoir un impact négatif sur les 12.000 usagers quotidiens de la ligne Nancy-Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

L’arrêt de certains TER en gare de Thionville pourrait avoir un impact négatif sur les 12.000 usagers quotidiens de la ligne Nancy-Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Les TER de la ligne Nancy-Luxembourg non équipés du système ERTMS devront s’arrêter à Thionville à partir du 31 décembre 2019. Avec des conséquences non négligeables pour les frontaliers.

«Nos TER seront tous équipés du système ERTMS dès mi-2020», certifie le directeur régional adjoint TER Grand Est de la SNCF, Jacques Weill. Cependant, seules les rames du TGV et 12 rames sur les 25 des TER qui desservent le trajet Nancy-Luxembourg seront pourvues du système européen de gestion du trafic ferroviaire (ERTMS) au 31 décembre 2019.

«Pour les autres, au 1er janvier prochain, elles devront s’arrêter en gare de Thionville», confirmait le vendredi 24 mai dernier le ministre de la Mobilité, François Bausch , en marge d’une réunion avec le Sillon Lorrain.

«L’impact sera considérable, expliquait, le 4 juin dernier, à Paperjam le président de l’association des voyageurs du TER Metz-Luxembourg (AVTERML), Henry Delescaut. Le matin, un quai à quai est prévu à Thionville pour les voyageurs venant de Nancy. Il faudra prévoir 10 à 15 minutes en plus, ce qui reste acceptable. Mais le soir, les retards seront beaucoup plus importants. Et le moindre incident aura des conséquences amplifiées.»

12.000 usagers pourraient être impactés

De quoi inquiéter les 12.000 usagers quotidiens de la ligne Nancy-Luxembourg, qui vivraient ainsi six mois très difficiles dans des trains déjà bondés et sujets à de nombreux retards. François Bausch tentait de rassurer en se déclarant prêt à acheminer des trains des CFL à Thionville pour relier le Luxembourg. «Mais lesquels? Ils sont à flux tendu, s’interrogeait Henry Delescaut. Beaucoup de gens vont se rabattre sur la route. Or, l’A31 est saturée.»

La France devait à l’origine équiper ses trains du système de sécurité européen ERTMS dès juin 2017. Du fait des retards accumulés, elle avait obtenu un report de la date butoir au 30 juin 2021. Après la collision mortelle entre un train CFL et un train de marchandises, le 14 février 2017, le gouvernement luxembourgeois a demandé à la France d’accélérer l’équipement de ses trains car leur système – Memor II+ – était mis en cause dans l’accident. Avec, pour conséquence, l’avancement du délai au 31 décembre 2019.

«Nous demandons une dérogation de trois mois, afin de limiter les conséquences pour les usagers lors des mois d’hiver», explique Jacques Weill. Mais ce compromis n’a fait l’objet d’aucune réponse officielle de la part du ministère de François Bausch.

Pas de prorogation pour la France

Le directeur de l’Administration des chemins de fer (ACF), Marc Oestreicher, déclarait cependant le 25 mai dernier au Républicain Lorrain qu’aucune prorogation du délai ne serait accordée à la France, du fait d’un risque réel d’accident.

«On sait donc désormais qu’on roule avec un risque élevé, ce qui était jusqu’à maintenant nié, estime Henry Delescaut. Ainsi, sur un plan juridique, l’ACF ne peut plus accorder de prorogation, sinon elle engagerait sa responsabilité en cas d’accident.»

Contacté par Paperjam, Marc Ostreicher déclare que l’avis de l’ACF a été transmis au ministre. «Je ne peux pas me prononcer avant lui, ajoute-t-il. Mais il a déclaré qu’il suivrait notre décision. Et notre critère est la sécurité, pas les désagréments occasionnés aux uns et aux autres.»