POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

OGBL et LCGB

CovidCheck en entreprise: les syndicats sceptiques



Nora Back n’a pas apprécié le manque de dialogue autour du CovidCheck en entreprise. (Photo: Matic Zorman/Archives Maison Moderne)

Nora Back n’a pas apprécié le manque de dialogue autour du CovidCheck en entreprise. (Photo: Matic Zorman/Archives Maison Moderne)

Après les dernières annonces de Xavier Bettel permettant de rendre obligatoire le CovidCheck en entreprise, l’OGBL et le LCGB éprouvent un sentiment mitigé.

Le syndicat OGBL n’a pas apprécié l’unilatéralité des décisions du gouvernement, qui a choisi de permettre aux employeurs du pays d’imposer le CovidCheck aux employés. «Nous avons été surpris par les annonces dans la mesure où nous n’avons pas du tout été impliqués dans des discussions autour de ce sujet, mis à part lors d’une réunion tripartite, il y a plusieurs semaines. Le gouvernement vient de nous mettre devant le fait accompli alors que derrière cette décision, de nombreuses questions restent en suspens. Cela rajoute de l’incertitude et de nombreux détails restent à clarifier. Pour le moment, il est difficile d’imaginer la mise en application de ce qu’a annoncé le Premier ministre», a souligné Nora Back , présidente du syndicat OGBL.

Qui ne met pas pour autant la vaccination en cause. «Il ne faut pas se méprendre, nous sommes pour le retour à la normalité et, depuis le début, nous encourageons au maximum la vaccination. Mais nous devons veiller à le faire sans augmenter les divisions qui existent déjà au sein de la société. Une telle décision risque d’accentuer la scission entre les vaccinés et les non-vaccinés, ou encore de braquer les gens les plus sceptiques», craint-elle.

Du côté du LCGB, le scepticisme reste également de mise quant à la méthode employée. «Il est toujours dommage d’utiliser des moyens de pression au lieu d’utiliser des arguments», a souligné Christian Knebeler, secrétaire général adjoint du LCGB. Ce dernier n’est pas surpris par l’annonce du gouvernement, mais se dit tout de même circonspect. 

Cogestion et flexibilité

«Nous avons toujours plaidé contre une obligation d’un CovidCheck en entreprise et pour une cogestion. Malheureusement, lors de l’intervention du Premier ministre et de la ministre de la Santé, je n’ai pas entendu la notion de cogestion», déplore encore Christian Knebeler.

Le syndicaliste attend tout de même de voir le texte de loi qui devrait être présenté aux députés le 18 octobre prochain. «Pour le moment, on peut uniquement avoir une réaction à chaud sur le sujet et il faudra analyser le texte de loi à venir», a indiqué Christian Knebeler. Ce dernier a tout de même tenté de rester positif en retenant que le gouvernement ne ferme pas à la porte à «une certaine flexibilité dans certains cas». Tout comme la date du 1er novembre qui «laisse encore le temps aux non-vaccinés de prendre certaines dispositions».

Pour Nora Back, la notion de cogestion reste cruciale. «Le Premier ministre indique lui-même qu’il s’agit d’un sujet de santé-sécurité au travail, et il a bien raison. La loi et le Code du travail prévoient que toutes ces décisions doivent être discutées dans le cadre du dialogue social, en cogestion entre les entreprises et les syndicats», rappelle la syndicaliste.

Que va-t-il se passer si un salarié n’est pas en ordre de CovidCheck? Il reste à la maison? Il sera toujours rémunéré, ou bien il se fera licencier?
 Nora Back

 Nora Back,  présidente,  OGBL

«On est bien d’accord sur le fait qu’il est impossible d’appliquer la même méthode dans toutes les entreprises. Mais il nous faut les grandes lignes, et donc une loi. Dans les entreprises, l’idéal est de mettre en pratique une situation en concertation avec les délégations du personnel. Mais nous ne sommes pas certains que la loi va l’indiquer puisque l’on n’a pas encore les textes de loi sur le sujet», a souligné Nora Back, même si Michel Reckinger, le patron des patrons, a récemment indiqué être pour une concertation entre l’employeur et la délégation du personnel. «À ce stade, beaucoup de choses restent à clarifier. Est-ce que le contrôle du CovidCheck va se faire sur le temps de travail du salarié? À quel moment de la journée et à quel endroit de l’entreprise?», s’interroge Nora Back.

Enfin, la présidente de l’OGBL s’inquiète du coût des tests pour les salariés non vaccinés. «La facture pour le salarié, surtout pour les bas salaires, risque d’être extrêmement lourde. Faisons un calcul rapide avec des tests en pharmacie, entre 20 et 50 euros selon le type de test. C’est donc entre 100 et 250 euros par semaine. Que va-t-il se passer si un salarié n’est pas en ordre de CovidCheck? Il reste à la maison? Il sera toujours rémunéré ou bien il se fera licencier? Quid des personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner pour raison médicale? Qui va prendre en charge le coût des tests? Pour le moment, nous n’avons pas de réponses», regrette Nora Back.