ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

La licorne luxembourgeoise suspend sa cotation

Solutions 30 dans le bourbier de Muddy Waters



De nombreuses données publiées par Solutions 30 sont contestées par Muddy Waters. Au point qu’en attendant la publication de son rapport annuel, la société luxembourgeoise a suspendu sa cotation. (Photo: Shutterstock)

De nombreuses données publiées par Solutions 30 sont contestées par Muddy Waters. Au point qu’en attendant la publication de son rapport annuel, la société luxembourgeoise a suspendu sa cotation. (Photo: Shutterstock)

Cinq mois après les accusations de liens avec la mafia, de blanchiment et d’irrégularités comptables par le fonds américain Muddy Waters, la luxembourgeoise Solutions 30 a suspendu sa cotation à Paris, ce lundi. En attendant qu’EY ait fini d’auditer ses comptes de 2020.

Dans un communiqué de deux lignes exactement, à l’ouverture des marchés, ce lundi, Solutions 30 annonce avoir demandé la suspension de sa cotation jusqu’à nouvel ordre.

Depuis cinq mois, rien n’y fait. La société luxembourgeoise, spécialisée dans la pose de compteurs électriques et de fibre, se débat contre deux rapports: un premier, anonyme, venu de Londres, et un second, du fonds activiste américain Muddy Waters, qui l’accuse de liens avec la mafia et d’irrégularités comptables. Ses actions ont perdu 48% de leur valeur depuis début décembre.

Après une première réponse très détaillée , qui conteste qu’elle ait eu des liens avec Angelo Zito, à la tête de Fiduciaire du Kiem et de Fiduciaire Beaumanoir, régulièrement présenté comme un des comptables de la mafia italienne, Solutions 30 a engagé un Big Four concurrent de celui à qui elle confie ses comptes. Deloitte, avec l’appui de Didier Kling Expertise & Conseil, audite les comptes. Après 3.000 heures de travail, Deloitte conclut: «Nous n’avons pas identifié d’élément permettant de corroborer les allégations de blanchiment d’argent en lien avec le crime organisé». Le Big Four relève «seulement» que tout semble bien compliqué et qu’un ménage de printemps s’impose.

«Les investigations menées infirment les allégations, en particulier celles relatives à l’utilisation de ‘coquilles vides’ ou de microstructures pour réaliser des actes de blanchiment d’argent, de fraude et de détournements de fonds», dit encore l’audit spécial, le 1er avril, au moment même où la société recrute Robert Ziegler, ex-DHL, pour mener la transformation du groupe.

Le fonds américain n’en démord pas: six mois d’e-mails du CEO, Gianbeppi Fortis, n’ont pas été retrouvés, 4,2 millions d’euros ont disparu dans le cadre du rachat de CPCP Telecom, et Balkans Shared Services a connu une étrange valse des actionnaires en 2018 et 2019, que rien n’explique. Trois constats du rapport de Deloitte.

Le 28 avril, la solution publie ses comptes: des revenus en hausse de 18% en 2020 par rapport à 2019, à 819,3 millions d’euros; un Ebitda à 106,5 millions d’euros (+19%), et; un résultat net consolidé en hausse de 0,3% – tout allait bien. Sauf que, dit aussi le communiqué, EY n’a pas encore fini les comptes.

Une société cotée a, en théorie, quatre mois pour publier ses comptes. Début mai, il faut se résigner à mettre fin à une boucherie boursière. Au moins provisoirement. La société qui emploie 11.000 ingénieurs dans 10 pays européens et qui gère 60.000 appels par jour a introduit des recours devant la justice française et le Parquet national financier, et a demandé à l’Autorité des marchés financiers et à la CSSF de jouer leur rôle de préservation des marchés.