POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

La rentrée de l’Uni (4/5)

Le SnT, accélérateur de technologie depuis 10 ans



Björn Ottersten préside depuis 10 ans la destinée du SnT. Il vient de signer pour un mandat supplémentaire de cinq ans. (Photo: SnT)

Björn Ottersten préside depuis 10 ans la destinée du SnT. Il vient de signer pour un mandat supplémentaire de cinq ans. (Photo: SnT)

Paperjam vous propose cette semaine une série d’articles consacrés à l’Université du Luxembourg à l’occasion de la rentrée académique. L’occasion d’évoquer le SnT, l’un des trois centres interdisciplinaires de l’Uni, qui célèbre ses 10 ans cette année.

Héritier d’une vision audacieuse et de la politique de diversification économique menée dans les années 2000, le SnT est né en 2009 sous des auspices pourtant peu encourageants. «Il faut se rappeler qu’on était en pleine crise, le pessimisme frappait la majorité des pays européens et se répercutait fatalement sur les universités», se souvient Björn Ottersten , directeur du SnT. «J’ai été impressionné par la stratégie du gouvernement qui consistait au contraire à investir dans la recherche et l’enseignement supérieur.»

Une stratégie d’autant plus visionnaire que les objectifs initiaux du SnT «sont encore plus importants de nos jours: sécurité, fiabilité, confiance… Notre société est devenue tellement dépendante de l’IT qu’une simple faille a des conséquences économiques ou humaines démesurées.»

L’ingénieur suédois, se voyant offrir une carte blanche pour créer le SnT «en partant de zéro», «a essayé de façonner le centre avec un double objectif: attirer des talents du monde entier au Luxembourg et alimenter la diversification de l’économie». Une suite logique aux lourds investissements du pays dans ses infrastructures (fibre, data center). «Le Luxembourg a l’une des meilleures infrastructures au monde en termes de connectivité», souligne M. Ottersten, raison pour laquelle le pays avait d’ailleurs été choisi par Paypal, eBay, ou encore Amazon.

Notre rôle est d’attirer les talents au Luxembourg, mais pas forcément de les retenir au SnT.
Björn Ottersten

Björn Ottersten,  directeur,  SnT

Le centre compte 350 collaborateurs, auxquels s’ajoutent une cinquantaine de visiteurs (étudiants, stagiaires, chercheurs d’autres instituts) présents pour trois à douze mois. Et 50 nationalités différentes. «Notre rôle est d’attirer les talents au Luxembourg, mais pas forcément de les retenir au SnT», glisse M. Ottersten. «Ils partent après trois à cinq ans de doctorat ou de post-doctorat, et 40% restent au Luxembourg pour leur premier emploi, ce dont je suis très fier.»

Deux critères orientent les choix stratégiques du SnT: «la pertinence scientifique et un intérêt élevé pour la société», affirme M. Ottersten, qui privilégie dès lors des programmes sur quatre ans avec des sociétés, mais aussi des institutions publiques. «Nous voulons atteindre l’excellence académique avec des effets locaux dans notre activité, et pas quelque part ailleurs dans 30 ans.»

Le SnT a ainsi noué plus de 40 partenariats en 10 ans , rapportant 5 millions d’euros par an. Soit 20% de son activité. «Nous avons commencé avec SES, Post, Telindus, et plus récemment les high-tech.» Huawei, Delphi et IEE figurent également parmi ses partenaires. «La croissance s’accélère pour le secteur bancaire et financier, avec lequel nous ne travaillions pas du tout il y a encore quatre ans. L’industrie a pris conscience de la digitalisation. La robotisation risque de frapper le back-office assuré au Luxembourg et d’avoir des effets négatifs sur le pays. Notre rôle est d’orienter les processus d’innovation, de développer de l’expertise pour que le secteur reste compétitif.»

Il existe un pont entre nous et la Silicon Valley.
Björn Ottersten

Björn Ottersten,  directeur,  SnT

La finance apporte ainsi aujourd’hui 14 partenaires au SnT, dont la Spuerkeess et BGL BNP Paribas. «BGL représente notre plus grande activité avec six projets en cours», souligne M. Ottersten. Sur son tableau de chasse également, Paypal ou Ripple. «Il existe un pont entre nous et la Silicon Valley», acquiesce M. Ottersten. «Nous avons signé des contrats de 1 million de dollars avec deux entreprises qui ne sont pas présentes au Luxembourg. Deux projets de recherche sont déjà en cours. Mon espoir étant que Paypal finisse par installer un service R&D au Luxembourg.»

Que l’on ne s’y trompe pas: «le SnT n’est pas un fournisseur de services», insiste M. Ottersten. «Notre intervention est plus stratégique. Nous développons de nouveaux concepts pour résoudre une problématique, et nous les validons dans un environnement de données réelles. Nos recherches bénéficient de ce retour des professionnels. C’est un modèle de recherche qui n’est pas commun.» En Europe, la recherche est effectivement souvent cloisonnée entre les universités qui prennent en charge la recherche fondamentale, les instituts de recherche qui travaillent sur la recherche appliquée, et les agences d’innovation qui la convertissent dans la pratique.

De fait, les partenariats du SnT lui permettent d’alimenter et de financer ses projets de recherche à long terme, qui représentent tout de même 80% de son activité. «Nous ne faisons aucun compromis sur l’excellence scientifique», souligne M. Ottersten. Gratifié de trois ERC Advanced Grants, une des bourses les plus prestigieuses de la Commission européenne, le SnT est le seul institut pouvant se vanter de participer à trois des quatre réseaux européens de cybersécurité.

Une cinquième spin-off récemment lancée

Le SnT a engendré cinq spin-off, comme DataThings , qui utilise les données communiquées entre les satellites pour éditer des prévisions météo, ou encore Motion-S, la plus expérimentée, qui concentre ses recherches sur les données collectées à partir de la mobilité . L’objectif étant d’inciter les conducteurs à changer leur comportement au volant pour éviter de surcharger le trafic, par exemple. Sa technologie est notamment utilisée par les assureurs comme moyen d’identifier les risques propres à chaque conducteur.

Dans les années à venir, c’est le domaine du droit qui présente un «extraordinaire potentiel avec le développement d’outils légaux et l’aide de l’automatisation», estime M. Ottersten. Le SnT collabore depuis peu avec le Service central de législation afin de formaliser la législation fiscale. «Cela permet de vérifier la cohérence de la législation qui était gérée manuellement.» Linklaters a aussi contracté un partenariat avec le SnT .

Cet usage de l’intelligence artificielle intéresse fortement le secteur financier dans un cadre réglementaire extrêmement complexe, au niveau national comme international. «Les fonds doivent surveiller la réglementation de chaque pays, repérer ce qui change et générer des reportings. C’est fait manuellement. Nous pouvons codifier le tout et détecter le moindre changement, ainsi que les points potentiellement impactés.»

Le SnT travaille également sur la blockchain, ou encore l’utilisation des satellites, comme relais de la 5G, afin de préparer notre quotidien de demain – tout comme il planchait sur la mise en place du RGPD déjà sept ans avant son entrée en vigueur.