PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

Conférence de printemps de l’ALFI

Le secteur des fonds méfiant face à la réforme de l’AIFMD



Pour Corinne Lamesch, l’industrie se trouve à la croisée des chemins, alors qu’elle émerge des ravages de la pandémie dans une ère post-Brexit. (Photo: Anthony Dehez/Archives Maison Moderne)

Pour Corinne Lamesch, l’industrie se trouve à la croisée des chemins, alors qu’elle émerge des ravages de la pandémie dans une ère post-Brexit. (Photo: Anthony Dehez/Archives Maison Moderne)

Le monde réglementaire de demain était dans tous les esprits lors de la traditionnelle – et cette fois-ci virtuelle – conférence de printemps de l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement.

Alors que l’industrie des fonds luxembourgeois s’est plutôt bien comportée durant la crise – la barre des 5.000 milliards d’euros d’actifs ayant été franchie pour la première fois –, l’Alfi dit rester vigilante, lors de sa conférence de printemps, face aux défis à venir. Des défis réglementaires majoritairement, que Corinne Lamesch , la présidente de l’Alfi, voit comme de probables perturbateurs des bonnes perspectives à long terme, principalement portées par la demande en matière d’investissement durable.

Le dossier qui fâche, c’est celui de la réforme de la directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers Directive). Une directive qui, lorsqu’elle a fait son apparition en 2013, il y a huit ans déjà, avait rencontré le scepticisme des professionnels des fonds alternatifs. Depuis, les professionnels reconnaissent qu’elle a permis à ce secteur de se développer plus fortement qu’il ne l’aurait pu en l’absence de toute réglementation.

Et le Luxembourg en a profité. On estime en effet que sur les 5.050 milliards d’actifs actuellement sous gestion, entre 15% et 18% proviennent du secteur alternatif. Une part appelée à augmenter. Si fin 2020, l’encours total au niveau mondial en matière de private equity – la principale activité des fonds d’investissement alternatifs au Grand-Duché – atteignait 5.100 milliards de dollars, ce volume devrait atteindre les 9.000 milliards de dollars d’ici 2025. Les professionnels espèrent bien capter une forte partie de cette croissance.

Ne pas toucher à la poule aux œufs d’or semble être le leitmotiv.

Front commun pour le statu quo

Ainsi, pour Martin Bresson, directeur des affaires publiques d’Invest Europe – l’association qui représente les intérêts du secteur du private equity auprès des institutions européennes –, «la priorité n’est pas la réforme de la directive AIFM, mais de donner aux fonds alternatifs l’espace nécessaire pour aider à financer la reprise, le Green New Deal, l’innovation». Sur ce dossier, on n’en est encore qu’au stade de la consultation et tout reste encore ouvert. La grande interrogation est la question du cadre de la délégation de certaines activités. Une question d’autant plus sensible qu’avec le Brexit, le Royaume-Uni – un acteur incontournable dans le domaine des fonds alternatifs – est devenu un pays tiers et que c’est à Londres que se prennent la plupart des décisions de gestion. Plus que la réforme de l’AIFMD, ce sont les nouveaux cadres de travail à installer avec Londres qui préoccupent les professionnels.

Corinne Lamesch s’est également inquiétée de la pression mise sur le modèle de délégation d’activité qui a permis l’émergence des fonds transfrontaliers dans l’Union, pour lesquels le Luxembourg est le leader mondial. Et elle dénonce les tentatives de renationalisation des marchés financiers. Une tendance apparue au moment de la crise des subprimes.

«À mesure que notre secteur croît en taille et en importance, il continuera d’attirer l’attention des décideurs politiques, et l’on peut s’attendre à de nouvelles réglementations dans le domaine de la protection des investisseurs, du risque systémique et de la liquidité», prévient-elle.