POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Électrification des voitures de société

Le secteur automobile réplique à Claude Turmes



Le moteur thermique reste ultra-dominant sur le marché luxembourgeois. (Photo: Mike Zenari /Maison Moderne ) 

Le moteur thermique reste ultra-dominant sur le marché luxembourgeois. (Photo: Mike Zenari /Maison Moderne ) 

Rendre le parc des véhicules de société 100% électrique ne ravit pas le secteur automobile au Luxembourg. Pour son porte-parole Ernest Pirsch, une telle idée relève même du «fanatisme personnel de la part du ministre».

Ernest Pirsch n’y va pas par quatre chemins: «On a été abasourdis par cette annonce», confie à Paperjam le porte-parole de la House of Automobile, qui regroupe la Febiac, Mobiz et la Fedamo. Mardi après-midi, leurs représentants se sont réunis par téléconférence pour débattre de l’annonce, vendredi dernier, du ministre de l’Énergie Claude Turmes  (Déi Gréng) sur les voitures de société : «Le régime va être retravaillé. À l’avenir, il ne devrait plus y avoir que quasi exclusivement des voitures électriques», a déclaré l’écologiste à l’entame du week-end de Pentecôte.

«De tels propos sont hors de la réalité et intolérables. J’oserais dire que c’est du fanatisme personnel de la part du ministre», embraie Ernest Pirsch, qui rappelle que le secteur de l’automobile emploie 5.000 personnes au Luxembourg et se trouve pour l’heure embourbé dans les conséquences de la crise sanitaire du coronavirus. Les immatriculations ont en effet fondu de 65% en mars et avril selon le Statec, tandis que la fermeture des garages pendant les deux mois de confinement a poussé tout le secteur au chômage temporaire et fait gonfler les stocks sur les parkings.

C’est du fanatisme personnel de la part du ministre.

Ernest Pirsch,  porte-parole,  House of Automobile

«On soutient l’électrique, mais ce n’est qu’à moyen ou à long terme que de tels propos pourraient être réalité», ajoute le porte-parole. La House of Automobile estime que les nouveaux moteurs thermiques de norme Euro 6d sont une réponse aux défis environnementaux et rappelle que les véhicules électriques n’ont pas une empreinte carbone neutre, surtout en ce qui concerne les batteries et la question de leur recyclage. En outre, les voitures électriques voient actuellement leurs délais de livraison s’allonger suite aux perturbations de la chaîne logistique dans la foulée de la pandémie de Covid-19. «Ce n’est certainement pas du jour au lendemain qu’on va changer un parc», abonde Ernest Pirsch.

Les pétroliers sont dubitatifs

Du côté du Groupement pétrolier luxembourgeois , «un parc de voitures de société 100% électrique semble irréaliste à court et moyen terme», répond Jean-Marc Zahlen, conseiller en énergie et environnement au sein de la Fedil.

L’organisation pointe également les défis de la production et du recyclage des batteries, de même que l’autonomie, les infrastructures de recherche et la disponibilité d’électricité verte à un prix abordable. «Le GPL regrette la focalisation sur la seule technologie de l’électromobilité et recommande au gouvernement de s’inscrire dans une logique européenne en ce qui concerne les réductions de CO2 dans le domaine de la mobilité», ajoute le groupement.

En 2019, les voitures diesel représentaient 59% du parc automobile luxembourgeois, celles à essence 39% et les moteurs électriques et hybrides à peine 2%, selon  une étude du cabinet KPMG .

Quant à la fiscalité, elle reste pour l’heure limitée aux avantages en nature dans lesquels s’inscrivent les voitures de leasing. «L’augmentation de la charge fiscale au désavantage des voitures avec moteur à combustion, ou l’augmentation de l’écart fiscal (avantage en nature) entre voitures électriques et voitures avec moteur à combustion rendra l’avantage en nature moins favorable», estime le GPL.

Enfin, le cabinet du ministre de l’Énergie précise qu’aucune échéance n’est à ce jour fixée. «On envisage d’introduire un avantage fiscal ‘budget mobilité’ équivalent à celui des véhicules de fonction. Cela permettra aux employés d’accéder plus facilement aux services de mobilité des transports publics, à la mobilité active ou aux services de covoiturage (carsharing)», précise un conseiller du ministre écologiste.