ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Emmanuel Vivier (Cofondateur du Hub Institute)

«Pour sauver l’Europe... il faut la faire!»



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L’Europe doit terminer la construction de son marché unique rapidement pour rêver de rivaliser avec Américains et Chinois, assure le cofondateur du HUB Institute, Emmanuel Vivier. (Photo: Emmanuel Vivier/HUB Institute)

Cofondateur du HUB Institute, Emmanuel Vivier n’a jamais vraiment coupé les ponts avec le Luxembourg. Jeudi prochain, à Neimënster, ce «dinosaure du web», comme il se décrit, donnera de la voix... dans le cadre de la conférence Voice et intelligence artificielle.

«Loose, loose, loose!» Contrairement à ce que laisse entendre cette répétition digne d’une chanson des Beatles pour parler d’Europe, Emmanuel Vivier, invité-vedette de la conférence Voice et intelligence artificielle du Paperjam Club, est un homme positif. Cofondateur de l’agence Vanksen, parti en 2011 lancer le Hub Institute, le quadragénaire se décrit lui-même comme «un dinosaure du web». À la différence de ces animaux depuis longtemps disparus, le Français a non seulement su s’adapter au changement, mais en a fait le cœur de son activité. Le think tank français conseille de grands groupes sur leur transformation digitale. Comme TF1, L’Oréal, Orange, Chanel, P&G, Vinci Energies, Nestlé, Renault, Bouygues, PwC, ou encore Air France...

Emmanuel, intelligence artificielle, intelligence artificielle, intelligence artificielle... on ne parle que de ça et partout en ce moment... Qu’est-ce que vous allez nous dire de plus, de mieux, jeudi soir?

Emmanuel Vivier. – «Il ne s’agit pas de dire ‘intelligence artificielle’ à chaque phrase, mais d’expliquer en quoi cela va changer nos business models, nos cœurs d’activité, nos technologies.

L’intelligence artificielle n’existe pas, il s’agit d’un ensemble de technologies qu’on peut choisir de combiner ou pas, et elles touchent toute une série de secteurs, de l’automobile aux RH, en passant par les transports, le commerce de détail, la customisation des produits, la logistique ou la livraison. Mais aussi la voix.

Que ce soit sur nos téléphones, dans nos voitures ou dans nos casques, la voix est amenée à être diffusée partout et à introduire de nouveaux usages.

Où est-ce que vous vous situez entre les «méchants» Chinois, le 1,4 milliard d’habitants et leurs 400 millions de caméras, les «méchants» Américains et leurs Gafa, et la Vieille Europe, qui cherche à exister demain?

«L’intelligence artificielle, c’est des données, des milliers de données qui doivent nourrir des algorithmes. Il faut les entraîner plus fort et plus vite. La donnée est capitale et ne s’achète pas sur une étagère de supermarché. On commence à voir arriver outils d'IA, pour exploiter les données, à un coût marginal quasi nul grâce au cloud.

L’Europe bosse pour l’intelligence artificielle des autres en s’accrochant à ses valeurs de liberté ou de démocratie. La relation aux Américains ou aux Chinois pose des questions de souveraineté.

Emmanuel Vivier,  cofondateur du HUB Institute

Bientôt, une petite start-up va pouvoir commencer à bosser sur une intelligence artificielle. L’Europe... l’Europe bosse pour l’intelligence artificielle des autres en s’accrochant à ses valeurs de liberté ou de démocratie. La relation aux Américains ou aux Chinois pose des questions de souveraineté.

Mais en Europe, on n’a pas de grands acteurs du niveau de Huawei ou de Cisco, on utilise Facebook et Amazon...

Du coup, on devrait imaginer quoi pour conserver un espoir?

«Le marché européen, ça n’existe pas. Si vous devez lancer une start-up pour cinq marchés, vous êtes obligé d’avoir des contrats de travail dans cinq États membres. Dans un vrai marché européen, vous attaqueriez vos marchés avec les mêmes contrats de travail, vous parleriez avec le même comptable de la même manière pour tous les marchés où vous êtes présent.

Nous, non seulement on n’a pas de marché unique, mais on est à la fois incapable de se défendre, les Gafa font ce qu’ils veulent, et nous nous faisons une concurrence entre nous, entre Européens. On s’est arrêté en plein milieu avec l’Europe. Pour sauver l’Europe, il faut la faire! Il faut passer au marché unique. Celui qui fera que les VC américains qui ne viennent pas parce qu’il n’y a que des petits marchés viendront!

De Vivatech, moi je retiens cette phrase de Jack Ma, le CEO d’Alibaba, qui dit qu’il est très inquiet que les Européens soient toujours inquiets. Quelle inertie!

Emmanuel Vivier,  cofondateur du HUB Institute

Parce que, pour le reste, l’Europe a assez de bons chercheurs, assez de bons développeurs, assez d’entrepreneurs, et même de bonnes infrastructures ou une bonne connectivité. Regardez comment Huawei dévisse depuis que Trump a commencé à s’en occuper. Imaginez que le président américain s’en prenne à un acteur européen...

Nous, nous en sommes à régler des questions à l’unanimité où il y a toujours un petit pays à qui ça ne convient pas... Sur le plan politique, vous avez des micro-présidents de micro-bouts de partis qui se regardent le nombril pour savoir s’ils sont toujours présidents...

De Vivatech, moi je retiens cette phrase de Jack Ma, le CEO d’Alibaba, qui dit qu’il est très inquiet que les Européens soient toujours inquiets. Quelle inertie! Il nous faut nous projeter plus rapidement dans l’avenir. On ne saura que dans cinq à dix ans si nous avons choisi les bonnes options.»

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