ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

APRÈS SANEM, L’EUROHUB

La route solaire pas rentable, mais prometteuse



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Comme ici, à Grasse, la nouvelle route solaire au Luxembourg, sur l’Eurohub à Bettembourg, sera en partie sur un espace de circulation de piétons et de deux-roues. (Photo: Wattway/Colas)

Une deuxième route solaire sera raccordée au réseau, la semaine prochaine, sur le terrain de l’Eurohub. Par Wattway, la même société qui a installé celle de Sanem l’an dernier... et qui a été très critiquée, fin juillet, en Normandie.

Fissures inattendues en raison du passage d’engins agricoles trop lourds, production d’énergie à peine à 50% des promesses, feuilles d’arbres collées aux cellules: la route solaire de Tourouvre, en Normandie, a essuyé une tempête médiatique fin juillet.

Le tronçon d’un kilomètre à 5 millions d’euros, inauguré en décembre 2016 par Ségolène Royal, a valu un «bad buzz» à Wattway, la start-up qui le commercialise.

«Tourouvre a toujours été conçue et présentée comme un ‘laboratoire à ciel ouvert’ de nos technologies», répond le service Communication de la start-up, sollicitée par Paperjam. «Il n’y a pas de fiasco à faire progresser nos technologies dans ce laboratoire. Même le fait que la production ne soit pas à la hauteur des attentes s’explique: comme vous, si vous changez une ampoule chez vous, vous débranchez votre installation. Nous, quand on bricole, on débranche, et donc ça ne produit pas d’électricité...»

Plus d’un mois avant les articles de fin juillet,  le directeur général de Wattway, Etienne Gaudin, avait lui-même publié un retour d’expérience sur ces laboratoires .

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Décembre 2016, Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, inaugure la première route solaire, en Normandie. (Photo: Colas/Yves Soulabaille)

La filiale de Colas est aussi celle qui a été retenue pour les 30 mètres carrés de route à Sanem pour 76.000 euros. Un an après, et malgré les critiques en France, le responsable du projet à la Commune, Joseph Mathieu, reste positif.

«À Sanem, nous ne disons pas de bobards: la route n’est pas rentable... mais elle est prometteuse!», explique-t-il par téléphone, mercredi matin. «Question production, nous sommes à peu près dans les prévisions. Mais ce qui m’intéresse, c’est qu’on comprenne que Wattway est une société en perpétuel mouvement. Colas a un centre de recherche, ce qui permet de faire progresser la technologie. Nous allons prochainement commencer à installer une nouvelle technologie de led aux passages pour piétons, qui va les rendre plus sûrs. C’est important de continuer à essayer ces choses-là! Même quand, d’un point de vue financier, elles ne sont pas strictement rentables.»

Des joints à refaire à Sanem

Sanem est assez caractéristique «de notre développement», explique, de son côté, le directeur du développement international de Wattway, Pierre Trotobas, en charge des deux expériences au Luxembourg. «Ce sont souvent des sites qui cherchent à gagner en autonomie électrique. Nous savons que l’électricité produite sera plus chère que celle du réseau pendant un moment.»

La semaine prochaine, les experts de Wattway seront à Sanem. La route a un autre problème que ceux connus en France: les joints entre les cellules photovoltaïques ne résistent pas, et avant qu’une infiltration d’eau ne dégrade le système, les Français viendront les changer.

«Nous avons posé les dalles en cinq jours au lieu des trois jours prévus, à cause de la météo», explique M. Trotobas. «Ça ne nuit pas à son fonctionnement et c’est sous garantie, mais nous avons appris de cette expérience.»

L’Eurohub, connecté à partir de la semaine prochaine

Installée cet été dans la zone d’activité économique du Krakelshaff, à l’Eurohub, la nouvelle route solaire appartient au ministère de l’Économie, qui a consacré un peu moins de 500.000 euros à ce projet. Les 200 mètres carrés comprennent un bout de route et une partie trottoir et circulation de vélos ou autres deux-roues. Le deal prévoit aussi une installation sur le toit de l’Eurohub.

«Comme sur toutes nos installations, il faudra analyser la production d’électricité sur un an pour avoir une idée de son potentiel. C’est à partir de là que le ministère devrait nous dire comment il compte aller plus loin pour rendre le site autonome, c’est l’objectif. Avoir une zone neutre au Krakelshaff», explique encore le directeur du développement international.

«Sur nos 45 installations dans le monde, qui restent toutes des laboratoires, une grande partie est sur des espaces privés. Cela montre que les gens s’intéressent plus à la technologie qu’aux paillettes...», se moque gentiment le service Communication de Wattway.

Jamais Wattway n’a promis d’équiper 1.000 kilomètres d’autoroute dans les deux ans, rappelle M. Trotobas. «C’est le dernier endroit où l’on ait envie de s’installer!»