ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

SPAC

Rocket Internet immatricule trois SPAC à Luxembourg



Entrepreneur à succès depuis le milieu des années 1990, le CEO de Rocket Internet, Oliver Samwer, avait annoncé vouloir se passer de la bourse «classique». Les SPAC permettent d’y propulser des start-up ou sociétés qui montent encore plus vite. (Photo: Rocket Internet)

Entrepreneur à succès depuis le milieu des années 1990, le CEO de Rocket Internet, Oliver Samwer, avait annoncé vouloir se passer de la bourse «classique». Les SPAC permettent d’y propulser des start-up ou sociétés qui montent encore plus vite. (Photo: Rocket Internet)

Après avoir levé 250 millions de dollars au New York Stock Exchange en mars, la «fabrique à start-up» berlinoise Rocket Internet a immatriculé trois SPAC au Luxembourg. Pour se lancer où? À Francfort, dont elle est sortie; à Londres, qui révise ses règles, ou à Amsterdam, «hotspot» actuel en Europe?

Oliver Samwer avait prévenu. Le cofondateur et CEO de Rocket Internet a quitté le DAX en fin d’année dernière. Les petits actionnaires étaient furieux de se voir ainsi «liquidés», eux qui avaient parfois acheté leur action 45 euros en 2014 et qui ont récupéré moins de 20 euros…

Assis sur 1,65 milliard d’euros, au terme d’une année 2020 qui a vu le groupe enregistrer une hausse spectaculaire de son chiffre d’affaires (+52% à 72 millions d’euros) et une baisse tout aussi spectaculaire de son bénéfice, le leader de la fabrique à start-up berlinoise veut profiter des nouveaux modes de financement pour se passer des exigences de transparence permanente qu’impose une cotation en bonne et due forme.

En mars, la première SPAC («special purpose acquisition company») de Rocket Internet, au New York Stock Exchange, a permis de lever 250 millions de dollars. Reste à trouver, d’ici 24 mois, la société cible, valorisée à plus de 750 millions de dollars.

Ces lundi et mardi, le groupe, qui a lancé des success-stories comme HelloFresh ou Zalando, est passé par certaines de ses structures luxembourgeoises pour immatriculer trois SPAC avec Global Fintech, qu’il contrôle également. Ces trois sociétés sont trois fois la même société européenne dans trois structures identiques au mot près, European Growth Opportunities SPAC 1, 2 et 3.

Pour quoi faire? Où? Quand? Comment? Sollicitée, la société n’a pas voulu lever le mystère.

En fin d’année, le groupe avait fait le ménage dans la structure de Global Fintech, en abandonnant une de ses deux participations dans Digital Services XLIX à Spyro Korsanos (ex-Rocket), qui est aujourd’hui à la fois à la tête de Fuse Venture Partners à Londres et à la tête d’une autre SPAC américaine, Tio Tech A, lancée avec le fondateur de HelloFresh, Dominik Richter, qui a permis de lever 300 millions de dollars.

Reste dans leur giron l’autre fintech à suivre, la brésilienne Lendico, spécialisée dans le prêt personnel au Brésil, puisque la partie européenne de la fintech a été reprise par ING.

L’Europe à vitesse variable sur les SPAC

Depuis le début de l’année, les SPAC, ces structures qui sont au départ des coquilles vides qui vont s’allier avec une société en pleine croissance, qui se retrouvera ainsi cotée plus vite et à la tête du pactole dont elle a besoin pour doper sa croissance, ont permis de lever davantage de fonds que toute l’année dernière: 89,7 milliards de dollars en 2021, contre 83,4 l’an dernier, selon les chiffres de SPAC Research .

Surtout aux États-Unis, et c’est tout le «problème». Ces structures existent en Europe, mais n’ont pas encore le même intérêt pour les investisseurs. Fin mars, la Financial Conduct Authority – la CSSF britannique – a annoncé lancer une consultation publique . L’idée est de supprimer les barrières qui rendent le mécanisme encore inintéressant en Europe. Une seule SPAC a été enregistrée à Londres depuis le début de l’année, celle de Marwyn Acquisition Company , qui a levé 181 millions de dollars, contre quatre SPAC l’an dernier à Londres pour… 30 millions de dollars. La question est d’éviter les manipulations de marché et de protéger les petits investisseurs.

Du coup, c’est Amsterdam, qui a six SPAC en cours en 2021, qui fait figure de «hotspot» européen. Notamment avec l’inscription à l’Euronext d’Amsterdam de Pegasus Europe , dont l’ambition est de lever jusqu’à 500 millions d’euros, alors que la moyenne des tickets des SPAC ces deux dernières années est de moins de 300 millions. Leur entreprise cible devrait être une fintech, annonce le document officiel de cette IPO des temps modernes, lancée ce jeudi 29 avril.

Selon Antonia Netiv, de NautaDutilh, citée par Financial News , «nous voyons de nouvelles personnes demander quotidiennement des conseils sur les SPAC. Cela ne me surprendrait pas si nous nous retrouvions avec 20 offres SPAC cette année à Amsterdam.»

Intertrust, qui dit «ne pas être dans le secteur de l’observation des boules de cristal», prédit que les SPAC américaines vont particulièrement surveiller les licornes technologiques privées (celles qui prennent de l’ampleur et sont évaluées à 1 milliard de dollars ou plus). Crunchbase  suit les cycles de financement de 42 licornes européennes, dont  Bulb EnergyHopinStarling BankZego  et  Atai Life Sciences , pour n’en nommer que quelques-unes.