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Art contemporain

Robert Brandy, 50 ans de création



Le MNHA consacre, pour la première fois, une exposition rétrospective à un artiste vivant. (Photo: Tom Lucas)

Le MNHA consacre, pour la première fois, une exposition rétrospective à un artiste vivant. (Photo: Tom Lucas)

Le Musée national d’histoire et d’art consacre une exposition rétrospective à l’artiste luxembourgeois Robert Brandy. Un regard rétrospectif sur 50 ans de carrière.

C’est la première fois que le Musée national d’histoire et d’art (MNHA) consacre une exposition rétrospective à un artiste vivant. C’est Robert Brandenburger (né en 1946), dit Brandy, qui a l’honneur d’être invité par l’institution à célébrer 50 ans de carrière, un demi-siècle de peinture pour cet artiste qui a affirmé haut et fort le premier qu’il ferait de sa passion sa profession. Une exception dans les années 1970, qui a ouvert la voie à d’autres artistes par la suite. «La scène artistique s’est beaucoup émancipée ces 20 dernières années, et c’est en partie grâce à Robert Brandy, qui a souhaité faire de son art une activité professionnelle», introduit Michel Polfer, directeur du MNHA.

Un parcours chronologique

L’exposition, dont le commissariat est assuré par Malgorzata Nowara et Jamie Armstrong, propose un parcours chronologique, permettant au visiteur d’embrasser, en quelque trois salles, l’ensemble de l’évolution picturale de Robert Brandy.

À l’entrée, un tableau est accroché de telle manière que le visiteur puisse découvrir non seulement le recto, mais également le verso de la toile. «Une manière d’attirer l’attention sur la surface, mais aussi sur le support», explique Malgorzata Nowara, conservatrice en charge des collections d’art luxembourgeois au MNHA. «Grâce aux effets de lumière, il est possible de comprendre la structure de l’œuvre de Robert Brandy qui agit par superpositions, par collages, par grands gestes appliquant la matière. On saisit l’importance de la matière sur la toile, mais aussi le travail du support, avec, par exemple, ces inscriptions portées sur le châssis.»

Dans la première salle, il est possible de découvrir l’arrière de la toile et l’importance du support dans les œuvres de Brandy.  (Photo: Tom Lucas)

Dans la première salle, il est possible de découvrir l’arrière de la toile et l’importance du support dans les œuvres de Brandy.  (Photo: Tom Lucas)

Il faut également souligner le fait que Robert Brandy a étudié à l’École des beaux-arts d’Aix-en-Provence, où il a été élève de Vincent Bioulès, membre fondateur du groupe Supports/Surfaces. «C’est lui qui m’a appris à travailler les pigments naturels», se souvient Robert Brandy, qui, depuis ses débuts, fabrique lui-même sa matière première, que ce soit ses couleurs ou ses toiles. De ses premières années dans le sud de la France, il est possible de découvrir une toile importante, un hommage rendu à Cézanne, représentant une nature morte de fruits. La couleur y prend toute son importance, mais également le support, avec la représentation du cadre de l’œuvre originale. Si ses premières œuvres sont figuratives, dès le milieu des années 1970, Robert Brandy, de retour au Luxembourg en 1976, passe à l’abstraction et entame sa période blanche. Ses œuvres sont alors des surfaces vides, avec quelques frottis, des formes esquissées, des collages, des tracés hâtifs ou des ajouts de matière, comme de la corde ou du bois. La transparence de la toile joue un rôle central, sa structure se laisse dévoiler jusqu’à parfois s’imposer. C’est au cours de cette période que Robert Brandy représente le Luxembourg à la 11e Biennale de Paris.

Au début, les œuvres de Robert Brandy sont surtout figuratives. (Photo: Tom Lucas)

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Vue de la salle de la période blanche. (Photo: Tom Lucas)

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Un retour à la couleur

Puis Robert Brandy opère un retour à la couleur. Au début des années 1980, il introduit les coulures de peinture, donnant l’impression que la toile participe à sa propre genèse. Les collages sont toujours présents, tout comme l’introduction d’objets qui portent en eux les traces d’une histoire, qui ont déjà un vécu. À ces espaces picturaux, où le vocabulaire plastique s’affirme, des éléments graphiques viennent s’ajouter: les titres en haut à gauche, la signature dans la partie droite.

En parallèle, Brandy développe une pratique d’assemblage d’objets divers qu’il consigne dans des boîtes vitrées de part et d’autre, dénommées «Ensembles intégrés». Il y dépose des morceaux de bois, des bouts de toile, des fragments de bambou (plante qu’il affectionne particulièrement)… Des éléments de rebut, qui portent parfois des traces de peinture.

La couleur prend de plus en plus d’importance dans les années 1980 et 1990. (Photo: Tom Lucas)

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Robert Brandy réalise également des assemblages, qu’il consigne dans des boîtes vitrées. (Photo: Tom Lucas)

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On découvre aussi, dans cette section, quelques sérigraphies, qui représentent une part importante du travail de l’artiste, qui collabore régulièrement avec des écrivains ou des poètes pour illustrer leurs écrits, mais aussi des œuvres pour des organismes caritatifs, en particulier pour soutenir les causes liées aux enfants, ou des célébrations historiques, comme la sérigraphie réalisée à l’occasion du 25e anniversaire des accords de Schengen en 1985.

Un final en noir

La dernière partie de l’exposition couvre la période 1996-2021. La couleur est toujours là, de manière plus ou moins dense. Brandy interroge à nouveau le motif des fruits de l’œuvre de Cézanne, saturant ses toiles d’ocre rouge, de bleu.

Dans les années 2000, la couleur recouvre toute la toile, compose différentes strates, qui jouent à la fois avec le temps (la mémoire) et l’espace (suggestion d’un autre espace pictural). Cette couleur est interrogée à l’extrême, jusqu’à disparaître récemment pour laisser place à un travail exclusivement mené avec du noir, mais qui garde cet élan gestuel. Une rage d’expression, comme un besoin d’extériorisation, qui passe par de grands coups de pinceau.

«Robert Brandy travaille généralement de grands formats», explique Malgorzata Nowara. «Pour des raisons d’espace et de compréhension de l’œuvre, nous en avons présenté quelques-uns, mais avons privilégié de plus petites dimensions, permettant de retracer l’ensemble de l’évolution picturale de Brandy.»

Les fruits cézanniens font un retour dans le vocabulaire pictural de l’artiste. (Photo: Tom Lucas)

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 Dans les œuvres plus récentes, le motif de la croix devient plus récurrent.  (Photo: Tom Lucas)

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Enfin, les derniers éléments présentés sont d’ordre documentaire. Grâce au travail de recherche mené par Jamie Armstrong, chargée de mission pour Lëtzebuerger Konstarchiv – nouvelle institution vouée à se développer et à réaliser un travail d’étude scientifique d’histoire de l’art au Luxembourg –, des extraits de presse, des photos d’archives ou encore deux infographies permettent de replacer le travail de Brandy dans un contexte de diffusion internationale. Un film documentaire a été également réalisé à cette occasion et peut être visionné aussi bien dans l’exposition que sur la chaîne YouTube du musée. «Ce film crée une nouvelle source pour les chercheurs», explique Jamie Armstrong. «Il challenge le format classique de l’interview et fait réagir Brandy non pas à des questions, mais à des documents qui cristallisent des moments-clés de sa carrière.»

Un vidéoguidage de l’exposition par l’artiste lui-même est par ailleurs disponible dans l’exposition et sur les plateformes digitales du musée.

Un catalogue, réalisé par A designers’ Collective (Linda Bos et Runa Egilsdottir), est disponible à la vente.

«Robert Brandy face à lui-même», du 2 avril au 28 novembre, au MNHA à Luxembourg.