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Exposition

L’agriculture mondiale de «Land Rush»



 La famille Spies est à la tête d’une ferme biologique en Allemagne et assure une agriculture à la fois rentable et durable.  (Photo: Uwe H. Martin & Frauke Huber)

 La famille Spies est à la tête d’une ferme biologique en Allemagne et assure une agriculture à la fois rentable et durable.  (Photo: Uwe H. Martin & Frauke Huber)

L’exposition «Land Rush» organisée au Pomhouse du Centre national de l’audiovisuel présente la vision documentaire de Frauke Huber et Uwe H. Martin sur l’agriculture à travers le monde, son impact social et environnemental.

Dans le hall réaffecté du Pomhouse, le Centre national de l’audiovisuel (CNA) présente actuellement l’exposition «Landrush, venture into global agriculture» de Frauke Huber et Uwe H. Martin. Ces deux journalistes parcourent le monde depuis 2007 en restant auprès d’agriculteurs sur plusieurs continents. Pendant un minimum de deux mois pour chaque séjour, ils vivent avec eux, partagent leur quotidien, observent leur activité professionnelle et tentent de dresser un constat sur l’état de l’agriculture aujourd’hui et son évolution sur le long terme.

«L’agriculture est à la base de notre survie. On en a évidemment besoin pour se nourrir, mais aussi pour s’habiller par exemple avec la production de coton», explique Uwe H. Martin. Or, l’agriculture est au cœur du dérèglement climatique, accélérant ce phénomène, provoquant l’extinction de certaines espèces, amplifiant l’érosion ou entraînant la raréfaction des ressources en eau en utilisant pas moins de 70% de l’eau douce disponible.

Alors que le reste de la région est devenu un désert, la Californie fournit 82% de la production mondiale des amandes. Mais cela à grand renfort d’irrigation artificielle.⁣ (Photo: Uwe H. Martin & Frauke Huber)

Alors que le reste de la région est devenu un désert, la Californie fournit 82% de la production mondiale des amandes. Mais cela à grand renfort d’irrigation artificielle.⁣ (Photo: Uwe H. Martin & Frauke Huber)

«Notre survie dépend de notre système agricole. Quand on regarde l’histoire ancienne, on s’aperçoit que certaines civilisations sont tombées parce que leur système agricole était en échec. Autrefois, il était encore possible de se déplacer quand une terre était épuisée, pour aller cultiver ailleurs. Mais aujourd’hui, cela n’est plus possible, car c’est toute la planète qui est en état d’épuisement. Le même problème se retrouve partout.»

En raison de la surexploitation des sols et l’intensification rapide du réchauffement climatique, la désertification est une des plus lourdes menaces actuelles. De plus, l’augmentation de la population mondiale (les prévisions sont de 10 milliards de personnes en 2048) et l’évolution des régimes alimentaires plus riches en viande et en poisson se traduiront par une demande accrue en nourriture, avec le risque d’une dégradation encore plus rapide des sols par épuisement, alors qu’au même moment les récoltes seront de plus en plus mauvaises en raison du dérèglement climatique.

Dans la ville indienne de Yavatmal, la culture du coton permet aux ouvriers de cette industrie d’avoir accès à des congés payés, des congés pour raison médicale ou à un système de retraite.   (Photo: Uwe H. Martin & Frauke Huber)

Dans la ville indienne de Yavatmal, la culture du coton permet aux ouvriers de cette industrie d’avoir accès à des congés payés, des congés pour raison médicale ou à un système de retraite.   (Photo: Uwe H. Martin & Frauke Huber)

Du journalisme lent pour documenter sur le long terme

Pour éveiller les consciences, et tenter de trouver des solutions, Frauke Huber et Uwe H. Martin documentent depuis une vingtaine d’années les conséquences sociales et environnementales de cette agriculture mondiale. Ils publient régulièrement le fruit de leurs recherches dans la presse magazine (Geo, der Spigel…), mais aussi en réalisant des documentaires, des applications interactives ou des expositions dans des institutions culturelles comme au CNA. Ils travaillent sur le temps long, retournant sur le terrain auprès des familles avec qui ils ont déjà passé du temps, pour observer les évolutions, constater les progrès ou au contraire les dégradations. En plus des agriculteurs, pécheurs et éleveurs, ils rencontrent également des activistes, des politiciens, des scientifiques…

Une partie de ces témoignages sont repris dans l’exposition à Dudelange à travers un important dispositif audiovisuel. «Le système de l’exposition complète le travail que nous diffusons par ailleurs à travers divers médiums. Cela nous permet de proposer aux visiteurs de prendre le temps de découvrir les rencontres que nous avons réalisées, d’écouter différents points de vue, de voir un même sujet sous différents angles. Contrairement à un film documentaire où nous prenons le spectateur par la main, l’exposition permet une découverte beaucoup plus libre. Nous laissons à chacun la liberté de se faire son propre jugement, de se positionner là où cela lui semble le plus juste. Nous donnons juste l’occasion de découvrir ces histoires intimes des acteurs du secteur ainsi que tout un panel d’idées issues du monde scientifique, politique ou même philosophie», explique Uwe H. Martin.

Vue de l’exposition «Land Rush» au Pomhouse du CNA.  (Photo: Romain Girtgen/CNA)

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Vue de l’exposition «Land Rush» au Pomhouse du CNA.  (Photo: Romain Girtgen/CNA)

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Vue de l’exposition «Land Rush» au Pomhouse du CNA.  (Photo: Romain Girtgen/CNA)

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Vue de l’exposition «Land Rush» au Pomhouse du CNA.  (Photo: Romain Girtgen/CNA)

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Une exposition, trois thématiques

L’exposition est composée en trois chapitres qui rassemblent l’ensemble de l’enquête: «White Gold» examine les effets sociaux et écologiques de la production mondiale de coton; «Landrush» analyse l’impact des investissements agricoles à grande échelle sur les économies rurales et les droits fonciers, l’essor des carburants renouvelables, la réaffectation des terres et l’avenir de l’agriculture à travers le monde; enfin, «Dry West» documente la société hydroélectrique et les paysages façonnés par l’homme dans l’Ouest américain, des paysages transformés où le désert est en progression et les villes toujours plus grandes.

Une exposition qui demande d’y passer du temps pour l’apprécier dans son ensemble et qui pose des questions plutôt que de présenter une histoire finie. Une exposition qui s’adresse à chacun d’entre nous, tout citoyen que nous sommes, puisque de cette question de l’agriculture dépend le futur de notre planète et la survie des générations à venir.

«Land Rush», Pomhouse, CNA, jusqu’au 29 août.