PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fintech

Paris Fintech Forum

Les régulateurs des fintech marchent sur des œufs



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Le plus gros risque à venir, pour les régulateurs au Paris Fintech Forum, est celui de la cybersécurité. (Photo: Paperjam)

Au-delà de la schizophrénie qui les voit se promouvoir à l’échelle nationale et plaider pour une collaboration très serrée sur le plan européen, les régulateurs sont à la croisée de tous les développements des fintech. Et pointent, au Paris Fintech Forum, les risques liés à la cybersécurité.

Le régulateur est un danseur qui avance sur une corde raide au-dessus du vide sans jamais se départir de son sourire.

Dans les salons prestigieux du palais Brongniart, où une session spéciale leur est consacrée, le ministre lituanien des Finances, Vilius Sapoka, est un VRP low cost pour assurer qu’un entrepreneur va facilement obtenir la licence dont il aura besoin pour «passeporter» ses services dans toute l’Union européenne. Le directeur du régulateur maltais, John Cuschieri, pointe les efforts de son pays en direction des monnaies cryptées et son collègue de l’île Maurice, Harvesh Seegolam, explique pourquoi être le premier pays à lancer sa propre cryptomonnaie nationale relève d’une simple formalité à l’heure de la digitalisation.

Sur ces entrechats dopés à la testostérone où chacun tente de montrer pourquoi les start-upper doivent venir chez eux plutôt que chez le voisin, chacun d’entre eux appelle à une collaboration sinon mondiale du moins continentale, qui vise à donner un «level playing field» aux entrepreneurs des fintech, voire à adopter les mêmes standards quand il s’agit de lutter contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme.

L’Europe, le régulateur le plus innovant

Il faut assister à la table ronde suivante, à laquelle participe le directeur général de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), Claude Marx , pour que le niveau s’élève. Avec un constat inédit et inaudible sur le Vieux Continent: l’Europe est le régulateur le plus innovant de la planète, s’accordent les cinq intervenants.

«La Chine ne joue pas dans cette compétition», explique en substance la gouverneur de la Banque centrale russe, Olga Skorobogatova. «Parce qu’il existe un interlocuteur unique, qui fixe les règles d’en haut, identiques pour tout le monde. Nous, à Moscou, préférons regarder ce qui se fait partout et nous empruntons les meilleures pratiques, principalement européennes.»

Conscients d’être en retard, les Américains assurent qu’ils vont revenir dans le jeu. Avec une trentaine de régulateurs, fédéraux ou locaux, «les États-Unis sont tellement fragmentés», reconnaît la CEO de l’Alliance pour une régulation innovante, Jo Ann Barefoot. «Mais les États-Unis sont en train d’accélérer et il y a de grands changements à venir!»

La «sandbox», un outil parmi d’autres

L’Europe, souvent considérée comme trop bureaucratique, a loué M. Marx, «a su adopter une approche pragmatique. Avec des textes comme PSD2 ou ceux sur le crowdfunding, nous avons les bons objectifs, qui ne nécessitent pas forcément une sandbox», a précisé le CEO de la CSSF. «On peut débattre longtemps de l’intérêt d’une sandbox. Il faut avoir un marché assez large, comme le Royaume-Uni ou comme d’autres, mais la sandbox n’est qu’un outil.  Il y en a d’autres. Comme la publication de lignes de conduite,  comme celles que le régulateur allemand a publiées sur le big data . Comme  celles que nous avons publiées sur l’intelligence artificielle

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Aux côtés de la gouverneur de la Banque centrale de Russie, le directeur général de la CSSF, Claude Marx, a relativisé l’importance d’une sandbox, qui permet de tester des produits ou services pendant un temps limité sur un marché donné. (Photo: Paperjam)

Pour le représentant du régulateur luxembourgeois, l’enjeu réside dans «les certitudes que nous sommes capables de donner, sur des sujets comme les tokens sont-ils des securities, quelle place pour les cryptomonnaies dans la finance, et quelles conséquences cela peut avoir.»

Coincés par le poids de ses deux ou trois grosses banques, «qui mettent moins de neuf mois à racheter toute fintech qui marche», a expliqué la gouverneur de la Banque centrale de Russie, «nous avons mis en place trois plates-formes, la première sur l’infrastructure, la deuxième sur les éléments de biométrie et d’identité, et une troisième sur les profils digitaux, parce que c’est très dur, en Russie, de récupérer des données qui vous concernent.»

La cybersécurité, problème à venir

Tous d’accord pour louer la position avant-gardiste des Européens, les cinq intervenants sont aussi tous d’accord pour dire du bien du règlement général sur la protection des données.

«Le RGPD est une législation très forte, qu’on n’a pas besoin d’ajuster. Les banques sous-utilisent les données dont elles disposent sur leurs clients et elles ne devraient pas attendre que des géants des technologies comme Amazon ou Paypal commencent à utiliser vraiment celles dont ils disposent pour s’y mettre aussi», prévient M. Marx.

Quatre des cinq intervenants, trois régulateurs et deux fintech, sont aussi d’accord pour pointer le risque à venir de la cybersécurité. «Un régulateur sera forcément ciblé», prédit encore le CEO de la CSSF, qui entrouvre une porte, avec son dernier mot, à l’utilisation par la CSSF elle-même de technologies qui vont lui permettre d’être plus efficace et plus rapide.

Tout l’enjeu de l’écosystème est là: plus rapide, plus efficace, plus soucieux de la protection des consommateurs, le régulateur est un élément-clé dans le choix d’établissement des fintech en Europe.