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Hôtellerie

Recherche chambres désespérément…



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La capacité hôtelière du pays est de 7.262 chambres réparties sur 225 établissements. (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne)

S’il dispose d’hôtels de très bon niveau, le Luxembourg n’a pas encore la capacité nécessaire pour accueillir des événements internationaux qui réunissent plusieurs milliers de personnes. Des projets sont certes en cours, mais il reste difficile de remplir ces chambres lorsque l’activité se fait plus calme…

Le Luxembourg a-t-il les moyens de ses ambitions? La question se pose dès lors qu’il s’agit de loger voyageurs d’affaires et congressistes. «La capacité hôtelière du pays est de 7.262 chambres réparties sur 225 établissements. Le taux d’occupation des hôtels a été très satisfaisant ces dernières années. Pour 2018, il était de 74% au niveau national. Il arrive que des hôtels affichent complet, surtout en semaine et à Luxembourg-ville. Mais pendant le week-end, la demande est généralement moins élevée. Le secteur se porte donc bien et c’est en quelque sorte la rançon du succès», relativise le ministre du Tourisme, Lex Delles .

S’il souhaite accroître rapidement son attractivité et augmenter le nombre d’événements professionnels organisés sur son territoire, le Luxembourg ne dispose pas de la capacité hôtelière nécessaire pour accueillir les congrès de grande taille. Ce problème de capacité, régulièrement évoqué dans les discussions qui animent les organisateurs, est connu de tous. Il reste toutefois difficile à solutionner. «S’ils sont régulièrement saturés du lundi au mercredi, les hôtels du pays peinent à se remplir en fin de semaine… Faut-il dès lors mettre davantage de chambres sur le marché et augmenter la capacité hôtelière du pays au risque de faire chuter le taux d’occupation et de réduire les marges?», questionne François Koepp , secrétaire général de l’Horesca Luxembourg, la Fédération nationale des hôteliers, restaurateurs et cafetiers.

L’équipe du Luxembourg Convention Bureau nouvellement créé aura pour mission de cibler les événements dont le profil est compatible avec notre tissu économique.

Lex Delles,  Ministre du Tourisme

«Plusieurs projets d’investissement dans de nouveaux projets hôteliers sont en cours et verront le jour dans un futur proche, répond Lex Delles. Ceci va permettre d’augmenter et de diversifier l’offre hôtelière, et par la même occasion de stimuler la concurrence dans le secteur. Cela étant dit, l’équipe du Luxembourg Convention Bureau nouvellement créé aura pour mission de cibler les événements dont le profil est compatible avec notre tissu économique et évidemment avec les capacités en termes de nuitées de notre destination. Pour donner un exemple, l’hôtellerie à Luxembourg-ville dispose notamment de capacités du jeudi au dimanche, et l’hôtellerie à la campagne de capacités en semaine. Nous devons en tenir compte.» Le défi consiste donc à attirer non pas les événements les plus grands, mais bien ceux qui sont susceptibles d’apporter une plus-value, tout en correspondant aux périodes et aux capacités disponibles sur l’ensemble du pays.

Une rentabilité à surveiller

Selon une estimation fournie par Luxembourg for Tourism, la part attribuée au marché du Mice dans l’hôtellerie s’élève à 13% de l’ensemble des nuitées en 2018. Cela représente plus de 200.000 nuitées, sur un total de 1.860.000. Selon nos informations, ce marché a toutefois connu un léger recul l’an dernier. «Le nombre impressionnant de chantiers actuellement en cours au Luxembourg constitue un grand désavantage pour ce marché. Les participants à ces événements doivent se déplacer rapidement, constate François Koepp. On comprend que ces travaux doivent être menés pour faire face aux changements économiques ou environnementaux, mais doivent-ils l’être de front, durant de très longs mois?»

Une autre explication, plus difficile à appréhender faute de données fiables, pourrait venir du choix toujours plus grand qui s’offre aux visiteurs professionnels qui cherchent à se loger pour quelques jours au Luxembourg. À côté de l’offre hôtelière, les particuliers sont en effet de plus en plus nombreux à mettre à disposition une chambre, un appartement ou une maison sur des plates-formes comme Airbnb, sans véritable contrôle jusqu’à présent…

Il faut savoir qu’avec la crise financière de 2008, le prix moyen avait baissé de plus de 20% et que le recul de fréquentation a été de l’ordre de 10 à 15%.

François Koepp,  secrétaire général,  Horesca

Malgré un léger recul des nuitées l’an dernier, le secteur hôtelier luxembourgeois enregistre une augmentation du prix moyen de l’ordre de 4 à 4,5%, et cela pour la troisième année consécutive. «Il faut savoir qu’avec la crise financière de 2008, le prix moyen avait baissé de plus de 20% et que le recul de fréquentation a été de l’ordre de 10 à 15%, rappelle le secrétaire général de l’Horesca. Aujourd’hui, si l’on tient compte de l’inflation corrigée, les prix restent de 5 à 8% inférieurs à ce qu’ils étaient à l’époque. Nous sommes en progression et c’est un signe positif pour tout le secteur.»

La politique tarifaire reste toutefois un casse-tête pour beaucoup d’établissements. La variation de prix qui existe entre un séjour en début de semaine – lorsque la capacité hôtelière est au plus bas – et le week-end est parfois saisissante. Au point de donner l’impression que l’un paie pour l’autre. Si cela profite aux touristes de passage pour un city trip dans la capitale, ce système n’avantage pas les organisateurs d’événements professionnels qui doivent composer avec des nuitées à des prix très élevés pour boucler leur budget alors qu’ils sont en concurrence avec d’autres villes européennes où les prix sont moins prohibitifs.

De leur côté, les hôteliers voient leur marge fluctuer de jour en jour, les obligeant à un exercice d’équilibriste périlleux. «L’objectif devrait être de trouver davantage d’événements qui ont lieu en fin de semaine ou le week-end, comme des événements culturels ou sportifs par exemple, ou encore de mixer l’aspect professionnel et les loisirs», reprend François Koepp.

Des investisseurs à l’affut de la bonne opportunité

Qu’ils le veuillent ou non, les hôteliers vont devoir faire face à une concurrence accrue dans les années à venir. 800 chambres supplémentaires (voir encadré) sont en projet au centre et à la périphérie de Luxembourg-ville, et ce n’est peut-être qu’un début. «Je suis persuadé que les investisseurs potentiels observent notre pays de très près et qu’une activité en développement telle que celle des événements professionnels va attirer un nombre croissant d’investisseurs hôteliers», confie le ministre du Tourisme.

Pour l’Horesca, les ambitions du secteur Mice, portées par le nouveau Luxembourg Convention Bureau doivent toutefois s’accompagner d’un plan de développement hôtelier cohérent et réfléchi, comme cela s’est fait dans d’autres grandes villes européennes. «Nous ne sommes pas contre l’arrivée de nouveaux acteurs, mais nous devons pouvoir nous appuyer sur une politique commerciale capable de garantir une concurrence saine sur le marché, note François Koepp. L’arrivée de nouvelles chaînes hôtelières en ville n’est pas de nature à favoriser l’essor des petits hôtels indépendants, a fortiori s’ils se trouvent à la campagne.»

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Les hôtels luxembourgeois capables d’accueillir des événements business proposent des prestations de haute qualité. (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne)

Répondre aux standards internationaux

Parfaitement équipés, pour la plupart dotés de salles de réunion et de conférence, de tailles diverses et répondant aux plus hauts standards du marché, les hôtels luxembourgeois capables d’accueillir des événements business proposent des prestations de haute qualité. «Les chaînes comme les hôteliers privés sont prêts à investir pour accueillir cette clientèle professionnelle aux exigences particulières, ajoute François Koepp. On trouve ainsi sur le marché des établissements de différentes tailles et à tous les prix.»

Une nouvelle classification hôtelière transparente et objective, établissant des catégories d’une à cinq étoiles, a par ailleurs été mise en place au Luxembourg en 2017. «Il s’agit de la classification Hotelstars Union que les hôteliers peuvent demander volontairement. J’estime qu’il s’agit d’une classification moderne et fiable, qui correspond tant à l’évolution du marché touristique qu’aux attentes des clients», confie Lex Delles.

La classification connaît un franc succès auprès des hôteliers: en moins de deux ans, 63 établissements ont finalisé le processus de classification.

Lex Delles,  Ministre du Tourisme

Élaboré par plusieurs associations hôtelières, ce système européen est basé sur une classification uniforme des établissements hôteliers et est fondé sur des directives et critères communs aux pays participants. Ce sont donc des standards internationaux puisque l’Hotelstars Union regroupe 17 pays membres. «La classification connaît un franc succès auprès des hôteliers: en moins de deux ans, 63 établissements ont finalisé le processus de classification. Les hôtels désormais classés représentent 3.563 chambres, ce qui équivaut à près de la moitié de la capacité hôtelière au Luxembourg. Le nombre d’hôtels classés continue d’augmenter et j’ai moi-même remis fin janvier de nouvelles plaquettes étoilées à 10 hôteliers nouvellement classés», précise le ministre du Tourisme.

Par ailleurs, et de manière générale, toutes les aides aux entreprises s’appliquent aux établissements hôteliers. Dans la pratique, c’est surtout le régime d’aides en faveur des investissements réalisés par les petites et moyennes entreprises qui est mis en œuvre pour cofinancer des projets d’investissement dans l’hôtellerie, car ces établissements d’hébergement correspondent à la définition d’une petite entreprise. Ces aides peuvent couvrir jusqu’à 20% des coûts d’investissement, selon la nature du projet et la taille de l’entreprise. D’autres programmes d’aides, tels que Fit 4 Digital ou Fit 4 Service, s’appliquent également aux établissements hôteliers qui souhaitent établir un diagnostic de leur qualité de service ou se faire accompagner sur la voie de la digitalisation.

Des lieux de rencontre parfaitement équipés

Que ce soit en centre-ville, sur le plateau du Kirchberg ou dans le reste du pays, le Luxembourg peut se targuer de disposer d’une hôtellerie de qualité, appréciée des visiteurs venus de tous les horizons. «L’infrastructure hôtelière et les lieux de réunion potentiels sont nombreux, explique Tom Bellion , CEO du GIE Luxembourg Convention Bureau, fraîchement constitué, et directeur du Luxembourg City Tourist Office (LCTO) de la Ville de Luxembourg. L’European Convention Center Luxembourg (ECCL), géré par Luxembourg Congrès, est sans aucun doute l’un des centres de congrès les plus élégants d’Europe. Luxexpo The Box est lui aussi un lieu privilégié pour des événements d’envergure, sans compter les hôtels qui peuvent accueillir, pour certains, jusqu’à 1.500 personnes pour une réception ou une conférence.»

Il est juste dommage que ce site (ECCL) ne soit pas disponible en permanence.

François Koepp,  secrétaire général,  Horesca

Idéalement situé sur le plateau du Kirchberg à Luxembourg-ville, à proximité du centre-ville, de l’aéroport, du quartier financier, des sites touristiques et de plusieurs hôtels, l’ECCL propose deux salles plénières d’une capacité de 146 à 800 participants et un amphithéâtre de 646 places appelé l’Hémicycle. De plus, 11 salles de réunion pouvant accueillir de 35 à 380 personnes et 28 salles d’atelier complètent les nombreuses possibilités offertes.

Enfin, vous trouverez le lieu idéal pour vos dîners de gala et vos expositions dans l’un des trois foyers élégants et lumineux à disposition, qui offrent des surfaces allant de 350 à 3.600 m2. «Il est juste dommage que ce site ne soit pas disponible en permanence. Réservé plusieurs fois par an par le conseil des ministres de l’Union européenne, il est alors inutilisable, qu’il y ait une réunion ou pas», regrette François Koepp. Quartier très prisé des congressistes, le Kircherg compte aujourd’hui plusieurs hôtels de très haut niveau.

Les organisateurs d’événements business recherchent avant tout la simplicité.

François Koepp,  secrétaire général,  Horesca

À travers le pays, d’autres lieux, comme le Trifolion à Echternach, situé dans le centre-ville historique, offrent des possibilités variées aux organisateurs de Mice. À Clervaux, c’est tout le centre-ville qui peut être privatisé le temps d’un événement professionnel. Dans le Sud, le site d’Esch-Belval dispose lui aussi de belles ressources pour accueillir congrès et autres réunions.

Toutefois, sur les 7.200 chambres que compte actuellement le Luxembourg, plus de la moitié sont concentrées à Luxembourg-ville et il reste difficile de vendre «le reste du pays» aux organisateurs étrangers. «Les organisateurs d’événements business recherchent avant tout la simplicité. L’accès reste un point essentiel pour eux. L’avantage de notre pays est sa taille réduite. Tout se trouve à proximité. Les hôtels excentrés peuvent héberger et véhiculer ensuite les visiteurs vers la ville, mais les hôtels du Centre seront toujours privilégiés», résume François Koepp.

Salles modulables, équipements individuellement réservables, gestion optimisée, organisation simultanée de congrès à plusieurs endroits, congrès en coworking... L’avenir du secteur est aux événements sur mesure. Les formules combinant conférences et expositions sont également de plus en plus prisées. Autre tendance, les organisateurs mettent le cap sur des lieux insolites et des concepts d’événements plus ludiques. L’idée est de sortir des sentiers battus. Fort de ces informations, le Luxembourg va devoir veiller à entretenir l’existant et construire une offre hôtelière moderne, capable de répondre aux attentes des professionnels en quête d’une expérience hors du commun.