POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Prévisions de la Commission européenne

«Une récession profonde et inégale, une reprise incertaine»



Le Covid-19 aura d’importantes conséquences sur le marché de l’emploi, résumait, mercredi matin, Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’Économie (à droite). (Photo: Capture d’écran / Commission européenne)

Le Covid-19 aura d’importantes conséquences sur le marché de l’emploi, résumait, mercredi matin, Paolo Gentiloni, commissaire européen à l’Économie (à droite). (Photo: Capture d’écran / Commission européenne)

L’intitulé des prévisions printanières émises par Bruxelles en dit long sur les conséquences du Covid-19 pour la santé économique de l’Union européenne.

Les prévisions et autres projections s’enchaînent. Toutes convergent vers l’anticipation de «conséquences socio-économiques très graves», comme le résume ce mercredi la Commission européenne.

Elle dévoilait ce mercredi matin ses prévisions économiques de printemps .

En résumé:

- La pandémie de Covid-19 représente, pour l’économie mondiale et de l’UE, un choc majeur aux conséquences socio-économiques très graves. «L’économie de l’UE subira cette année une récession d’une ampleur historique.»

- L’économie de la zone euro devrait enregistrer une contraction record de 7¾% en 2020, et croître de 6¼% en 2021. 

- Les prévisions de croissance pour l’UE et la zone euro ont été revues à la baisse d’environ 9 points de pourcentage par rapport aux prévisions économiques de l’automne 2019.

- Pour le Luxembourg , la Commission européenne estime le PIB à -5,4% en 2020 et un rebond à 5,1% en 2021. Soit un «effet nul», comme le résumait le ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP), pour décrire l’évolution luxembourgeoise .

Des conséquences immédiates beaucoup plus graves pour l’économie mondiale que n’en a eu la crise financière.
Valdis Dombrovskis

Valdis Dombrovskis,  vice-président exécutif,  Commission européenne

Si le choc post-Covid-19 a été symétrique, «la vigueur du rebond en 2021 devrait être très hétérogène» en fonction de l’économie de chaque pays et «de sa capacité à réagir à l’aide de politiques de stabilisation».

Un choc qui «aura des conséquences immédiates beaucoup plus graves pour l’économie mondiale que n’en a eu la crise financière, mais l’ampleur de l’impact dépendra de l’évolution de la pandémie, ainsi que de notre capacité à relancer de manière sûre notre activité économique et à lui permettre de rebondir», déclare Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission européenne.

L’enjeu d’une relance coordonnée

Les États ont agi chacun à leur rythme et à leur manière pour endiguer la crise sanitaire. Après le réflexe de la protection nationale, l’enjeu est de mener un déconfinement aussi coordonné que possible étant donné les interdépendances entre les économies européennes.

«L’assouplissement progressif des mesures de confinement qui s’annonce devrait ouvrir la voie à une reprise. Toutefois, l’économie de l’UE ne devrait pas récupérer entièrement d’ici la fin de l’année 2021 le terrain perdu cette année. L’investissement restera faible, et le marché du travail ne se sera pas complètement redressé», résume la Commission européenne.

Et d’ajouter que l’absence d’une stratégie commune de relance risque de créer des distorsions (déjà existantes auparavant) entre pays. «La pandémie risque aussi de provoquer des changements d’attitude plus radicaux et permanents vis-à-vis des chaînes de valeur mondiales et en matière de coopération internationale, ce qui pèserait sur l’économie européenne, très ouverte et interconnectée. La pandémie pourrait en outre provoquer des dégâts irréparables, en entraînant des faillites et une dégradation durable du marché du travail», ajoute encore la Commission européenne.

Baisse de l’emploi en vue

Les États seront donc amenés à continuer à éteindre les incendies, notamment sur le front de l’emploi :

- Le taux de chômage de la zone euro devrait passer de 7,5% en 2019 à 9½% en 2020, avant de retomber à 8½% en 2021.

- Le taux de chômage de l’ensemble de l’UE devrait aussi être en hausse, passant de 6,7% en 2019 à 9% en 2020, avant de redescendre à environ 8% en 2021.

Conséquence des mesures de sauvetage de l’économie mises en place et à venir, le déficit public agrégé de la zone euro et de l’UE devrait passer d’à peine 0,6% du PIB en 2019 à environ 8½% en 2020, avant de retomber à environ 3½% en 2021.

Selon l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), l’inflation dans la zone euro est maintenant attendue à 0,2% en 2020 et à 1,1% en 2021. L’inflation pour l’ensemble de l’UE devrait s’établir à 0,6% en 2020 et à 1,3% en 2021.

Le Statec a publié des prévisions d’inflation revues vers le bas pour le Luxembourg ce mercredi, «sur fond de l’effondrement des prix pétroliers et de la dégradation conjoncturelle, conséquences de la pandémie de Covid-19 et des mesures de confinement».

«Encore proche de 2% en début d’année, l’inflation a considérablement plongé depuis, ne s’élevant plus qu’à 0,6% en avril. Ce repli marqué provient de l’effondrement des prix pétroliers, qui sont passés de plus de 60USD au début de février à moins de 20USD/baril en avril», précise le Statec.

Présentées en fonction d’un scénario de levée progressive du confinement, les prévisions de la Commission européenne n’en demeurent pas moins marquées par des incertitudes en fonction de l’évolution de la situation.

Le prochain exercice de prévisions économiques (sur la croissance du PIB et sur l’inflation) de la Commission européenne sera celui des prévisions économiques de l’été 2020, dont la publication est prévue en juillet 2020. Dans deux mois. Une éternité à l’échelle de la situation actuelle.