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Covid-19

Quels indicateurs pour mieux appréhender l’épidémie?



Le taux de reproduction effectif (RT) est un autre indicateur important, qui permet d’estimer le nombre moyen de personnes contaminées par un porteur de virus. (Visuel: Maison Moderne)

Le taux de reproduction effectif (RT) est un autre indicateur important, qui permet d’estimer le nombre moyen de personnes contaminées par un porteur de virus. (Visuel: Maison Moderne)

Malgré la hausse significative du nombre de cas de Covid-19, le gouvernement n’a pas pris de nouvelles mesures restrictives. Une conséquence de la prise en compte d’autres indicateurs, comme la situation dans les hôpitaux ou les taux d’incidence, de positivité ou de reproduction. Explications.

Alors que l’épidémie de Covid-19 s’intensifie dans le pays, avec un nombre de nouveaux cas en 24 heures qui dépassent les données enregistrées lors de la première vague, le gouvernement n’a pas décidé de mettre en place de nouvelles mesures restrictives . Une décision qui a été prise après analyse de différents indicateurs, a expliqué dimanche la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP).

Bien sûr, le nombre de nouveaux cas enregistrés ces derniers jours est alarmant. Mais d’autres facteurs justifient l’absence de nouvelles mesures. En premier lieu, le nombre des hospitalisations. Actuellement, 63 personnes sont hospitalisées pour une infection au Covid-19. Et seulement 4 sont en soins intensifs. Le nombre de lits pouvant être augmenté jusqu’à 264 en soins normaux et près de 100 en soins intensifs, les capacités hospitalières sont donc pour le moment loin d’être saturées.

Un deuxième facteur est le taux d’incidence, à savoir le nombre de cas de Covid-19 pour 100.000 habitants. Un taux qui a bondi ces dernières semaines du fait de la reprise de l’épidémie, pour passer de 130 le 18 septembre à 287 le 18 octobre, selon la moyenne établie sur 14 jours par l’ECDC.

Mais si ce taux d’incidence est relativement élevé, le Luxembourg se classe désormais 9e en Europe, loin derrière la République tchèque (828), la Belgique (701), les Pays-Bas (509) et la France (389). L’Allemagne a quant à elle un taux bien plus faible, avec 76 cas pour 100.000 habitants.

Le taux de positivité, c’est-à-dire le taux de personnes positives au Covid-19 par rapport au nombre total de personnes testées, doit aussi être pris en considération. Car il permet d’intégrer les stratégies de dépistage d’un pays, un pays testant beaucoup étant davantage susceptible de détecter un nombre de cas élevé et d’obtenir par conséquent un taux d’incidence plus élevé.

Or le Luxembourg teste bien davantage que ses voisins européens. Avec 6.453 tests réalisés pour 100.000 habitants lors de la semaine du 5 au 11 octobre, le pays devance largement la Belgique (2.680), la France (1.484) ou l’Allemagne (1.320) sur la même période.

Ce qui a pour conséquence un taux de positivité parmi les plus faibles de l’UE, de 1,6%, loin derrière la Belgique (11,5%) ou la France (11,3%), mais tout de même plus élevé que celui de l’Allemagne (1,4%).

Le taux de reproduction effectif (RT) est un autre indicateur important, qui permet d’estimer le nombre moyen de personnes contaminées par un porteur de virus. Si RT est inférieur à 1, le porteur du virus contamine moins d’une personne (l’épidémie est donc en récession). Et s’il est supérieur à 1, il contamine plus d’une personne (l’épidémie est donc en augmentation).

Au Luxembourg, le RT, en augmentation depuis le début du mois d’octobre, s’établit le 18 octobre à 1,2. L’épidémie est donc en augmentation, une personne infectée contaminant en moyenne un peu plus d’une personne.

Cependant, cet indicateur serait à appréhender avec prudence. «Lorsque le nombre de cas est faible, ce nombre est particulièrement sensible aux variations, même faibles, du nombre de cas», prévient le site du ministère de la Santé français. Dans ce cas, «le RT peut rapidement augmenter sans toutefois signifier une reprise de circulation active intense du virus. […] Il faut donc interpréter cet indicateur à l’aune de son évolution dans le temps.»

L’observation de l’ensemble de ces indicateurs permet donc d’appréhender plus finement la dynamique de l’épidémie qu’en ne prenant en considération que le nombre de nouveaux cas ou le taux d’incidence.

«Tout le monde doit veiller dans les prochains jours et les prochaines semaines à l’évolution des chiffres», a expliqué dimanche le Premier ministre, Xavier Bettel (DP). «On ne peut rien exclure», a-t-il insisté, d’autant que ces chiffres devraient continuer à augmenter cette semaine, selon lui. Un prochain conseil de gouvernement est pour l’instant prévu pour vendredi. Sauf difficultés dans les hôpitaux, auquel cas des mesures plus restrictives pourraient être adoptées plus rapidement.