PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique financière

Quelle allocation d’actifs privilégier pour une fin d’année mouvementée?



Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

À l’heure où nous écrivons ces lignes, deux événements majeurs sont source d’incertitude sur les marchés mondiaux: les élections américaines du 3 novembre prochain et une violente accélération des cas de Covid-19 au cours des dernières semaines.

La première des deux incertitudes semble être la moins inquiétante, du moins à court terme. Si les sondages prévoient encore à l’heure actuelle une large victoire du candidat Biden, on pressent que le résultat sera en réalité plus serré. Les marchés financiers souhaiteraient avant tout éviter un scénario de contestation des résultats, de multiples recomptages des voix qui pourraient prendre plusieurs jours comme cela avait été le cas dans l’opposition G. Bush/Al Gore en 2000, avant que la Cour Suprême ne désigne un vainqueur. Nul doute qu’une contestation prolongée donnerait lieu à une volatilité accrue sur les marchés. Une fois le vainqueur désigné, et en l’absence de mouvements sociaux en cas de victoire contestée (… une sorte de «deuxième vague» des récentes tensions sociales), le champ libre donné à l’un ou l’autre Président devrait apporter plus de visibilité.

Certes les programmes des deux candidats diffèrent: une présidence Biden, si elle était soutenue par une Chambre de Représentants démocrate elle aussi, donnerait lieu à plus d’interventionnisme et un resserrement fiscal à l’encontre des entreprises et les ménages aisés. Elle serait donc à priori moins favorable aux marchés qu’un nouveau mandat de D. Trump, synonyme de «laisser-faire». Toutefois, la priorité est bien celle d’un plan de relance crédible de l’économie américaine, tant attendu depuis des mois et promis par les deux candidats. C’est ce plan de relance qui devrait guider et soutenir les marchés financiers sur un horizon de 6 à 12 mois.

La deuxième source de risque est liée au rebond vertigineux des cas de Covid en Europe au cours des dernières semaines, qui semble avoir surpris les décideurs politiques par sa rapidité et à nouveau provoquer le risque d’une saturation des systèmes de santé en l’absence de mesures plus drastiques de «reconfinement». Un ajustement des marchés à la baisse semble inévitable à court terme, pour tenir compte de ces nouveaux éléments; cet ajustement devrait toutefois être temporaire et permettre aux investisseurs de se repositionner pour un rebond. Forts de l’expérience du Printemps dernier, les politiques opteront pour des reconfinements «ciblés», en tentant de continuer à faire tourner l’économie autant que possible. À l’inverse du printemps dernier, la situation en Asie (notamment en Chine) et aux États-Unis ne semble pas déraper pour le moment, la demande mondiale reste ainsi soutenue; enfin les marchés européens, après avoir rebondi entre avril et juin intègrent déjà dans leurs cours largement à la traîne des scénarios pessimistes.

Quelle allocation d’actifs privilégier pour la fin d’année?

Après une phase de correction qui devrait se poursuivre dans les prochains jours, nous continuons de privilégier les marchés d’actions dans nos allocations d’actifs. Gardons à l’esprit que le ralentissement observé actuellement est de nature temporaire et ne provoquera pas un ajustement permanent de la demande à la baisse. Certes les dégâts dans l’économie «réelle» seront importants, en termes de conséquence sur l’emploi et les faillites d’entreprises, mais les incitations économiques, fiscales et monétaires d’une ampleur inégalée viendront compenser en partie ces éléments négatifs. Les marchés financiers resteront soutenus par une abondance de liquidités importante auprès des investisseurs, qui continuent de déployer des capitaux dans un environnement où les taux d’intérêt proposés en Euro ou USD pénalisent l’épargnant.

Dans ce contexte, nous privilégions les marchés actions américains et asiatiques, notamment chinois. L’économie chinoise est sur une trajectoire de reprise solide, proche des niveaux d’avant crise, la situation sanitaire (pour peu que les statistiques officielles reflètent la réalité du terrain) semble sous contrôle et le régime politique en place favorise l’afflux de capitaux locaux vers les marchés financiers. Nous continuons d’investir à la fois en actions chinoises, mais aussi sur les taux d’intérêt en Renminbi qui demeurent attractifs, avec une devise qui reste fondamentalement sous-évaluée à moyen terme.

Sur les marchés actions mondiaux, nous continuons de privilégier les valeurs défensives, de qualité, celles qui ont su adapter leur business model aux réalités de cette crise, ainsi que les secteurs de l’énergie verte qui continuent de bénéficier des plans de relance gouvernementaux. Dans un souci de diversification, pour atténuer les risques au sein d’un portefeuille, nous détenons de la dette US d’État à long terme, du dollar et de l’or, valeurs refuge en cas de scénario de ralentissement économique plus marqué.