PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique des chefs économistes

Des élections à haut risque



Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, analyse le scénario de la contestation éventuelle des élections américaines. (Photo: Maison Moderne)

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, analyse le scénario de la contestation éventuelle des élections américaines. (Photo: Maison Moderne)

Le spectre de contestation du résultat des élections américaines hante les marchés financiers. Ces derniers sont entrés dans une période d’incertitude alors que le scrutin se rapproche. Macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, Alexandre Gauthy analyse les enjeux de l’après 3 novembre aux États-Unis.

Le risque auquel sont confrontés les marchés n’est pas tellement un changement de présidence, mais plutôt que des élections contestées n’entraînent de l’instabilité politique et sociale aux États-Unis. Pourtant, les propositions électorales des deux candidats diffèrent profondément sur tous les fronts. D’un point de vue économique, un Donald Trump réélu tentera d’abaisser à nouveau l’impôt des ménages américains et durcira le ton face à la Chine.

De son côté, Joe Biden propose d’augmenter l’imposition des sociétés américaines, de leurs bénéfices générés à l’étranger, ainsi que des individus à plus hauts revenus. Mais un plus grand rôle de l’État dans l’économie américaine contrebalancera probablement cet effet négatif sur l’économie. Joe Biden promet en effet plus de dépenses, tant en matière d’énergie renouvelable que d’aides sociales, que son opposant républicain.

Sous la présidence démocrate, les relations avec les alliés traditionnels américains devraient s’améliorer, si bien que l’incertitude liée à la politique étrangère américaine diminuera sans aucun doute. Donc l’un dans l’autre, un changement de pouvoir aux États-Unis ne devrait pas être si mauvais pour l’économie et les marchés.

Une victoire de justesse des démocrates pourrait donc entraîner un mouvement de contestation et d’instabilité sociale pendant des semaines.
Alexandre Gauthy

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

Par contre, un scénario de contestation du résultat des élections ne peut être totalement exclu. Un grand nombre d’Américains, majoritairement démocrates, ont recours au vote par correspondance afin d’éviter de se rendre physiquement aux urnes dans le contexte actuel de pandémie.

Or, Donald Trump a critiqué ce système qui, selon lui, est frauduleux, sans avancer de preuve tangible. Certains partisans républicains armés se sont même rendus sur les lieux de dépouillement des bulletins de vote par correspondance afin de vérifier le bon déroulement des élections. La société américaine est devenue divisée, et ces divisions ont grandi au cours des dernières années. Une victoire de justesse des démocrates pourrait donc entraîner un mouvement de contestation et d’instabilité sociale pendant des semaines avant la date ultime officielle du résultat des élections en décembre.

La stabilisation à un niveau élevé des nouvelles demandes d’indemnité de chômage montre également que la crise sanitaire fait toujours des dégâts dans l’économie.
Alexandre Gauthy

Alexandre Gauthy,  macroéconomiste,  Degroof Petercam Luxembourg

En plus de ce risque lié aux élections, les Américains ont besoin d’aides financières qui peinent à arriver en raison des divergences de vue politique, même si les deux partis admettent qu’il est urgent d’octroyer des aides additionnelles aux Américains.

De fait, les suppléments généreux d’allocation de chômage de 600 dollars par semaine, qui avaient été versés depuis le début de la crise, ont pris fin en août, faute d’accord politique sur un 5e plan d’aide. Cette diminution des allocations s’est observée dans les chiffres du revenu des Américains du mois d’août, qui a baissé de 3% par rapport à son niveau de juillet.

La stabilisation à un niveau élevé des nouvelles demandes d’indemnité de chômage montre également que la crise sanitaire fait toujours des dégâts dans l’économie. De plus, certains États ont un besoin de financement important, qui ne peut venir que d’une aide fédérale. Les déclarations politiques de ces derniers jours ne sont pas optimistes quant à un accord avant les élections.

Il faudra donc sans doute attendre 2 à 3 mois avant qu’une nouvelle aide puisse être approuvée par le Congrès, ce qui risque de peser sur le budget des ménages les plus touchés par la crise. On risque alors de rentrer dans une période de ralentissement de la croissance économique. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’en cas de victoire des démocrates, une aide plus importante à l’économie pourrait voir le jour au début de l’année prochaine.