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PwC, Deloitte et le match des apôtres du metaverse



Avec VR-All-Art, le casque de réalité virtuelle permet de visiter des expositions, mais le projet va bien plus loin avec une dimension de défense des intérêts numériques des artistes. (Photo: Refoto Zivkovic/VR-All-Art)

Avec VR-All-Art, le casque de réalité virtuelle permet de visiter des expositions, mais le projet va bien plus loin avec une dimension de défense des intérêts numériques des artistes. (Photo: Refoto Zivkovic/VR-All-Art)

Superstar du NFT chez Deloitte contre superstar du metaverse chez PwC: mercredi soir, les apôtres du metaverse ont obligé les profanes à choisir leur camp et leur manière d’appréhender le sujet tendance de ce mois de mai.

«NFT? C’est quoi?» Au dernier rang de l’auditorium de PwC, ce mercredi soir, un monsieur à l’élégance plus certaine que sa connaissance de ce nouvel eldorado de la technologie s’interroge à voix haute.

Près de 200 personnes ont assisté au premier événement du Big Four sur le metaverse, organisé par Thomas Campione, avec probablement des niveaux de connaissance très différents, des consultants eux-mêmes à des VC, des entrepreneurs comme le promoteur du premier metaverse luxembourgeois, The Duchy, Mathias Keune, des institutionnels comme la Cour européenne des comptes, des avocats et des «financiers».

Ils seront repartis de l’événement avec une certitude: il reste beaucoup à faire pour comprendre les ressorts légaux, réglementaires, financiers ou entrepreneuriaux de ces univers digitaux où les premiers projets ont plus de 20 ans, mais fleurissent au rythme du développement des blockchains et de la connectivité.

Le «business to avatar», modèle à imaginer

Si le cofondateur de The Sandbox, Sébastien Borget, a refusé de confirmer une nouvelle levée de fonds de 400 millions de dollars, à venir sous peu, ce qui valoriserait le metaverse français à plus de quatre milliards de dollars, il a aussi pris un risque «marketing» en invitant la salle à aller tester son metaverse… qui n’est pas ouvert au promeneur à la différence d’autres plateformes moins connues. C’est tout de même là que PwC Hong Kong a acheté un bout de terrain début janvier, pour 10.000 dollars selon certains insiders.

Lancé en 2012 pour surfer sur le succès de Minecraft et toujours en travaux pour cause de changement de blockchain, The Sandbox permet tout juste de créer son avatar sur la base des 39 modèles préenregistrés, de choisir un avatar… et d’aller s’acheter un terrain pour 2.182 à 1,8 milliard d’euros, de prendre un pass pour la saison 2 à 92 euros ou d’aller s’encanailler de quelques options payantes ou de NFT de créateurs dans le «jeu» – l’univers a été déployé à partir de son game maker qui permet de créer son propre univers de jeu.

De cette soirée qui brassait très large, mon élégant voisin aura pu tirer ces quelques «insights»:

– les consultants et les avocats sont les premiers à s’intéresser sérieusement au metaverse parce que ces univers ont de facto créé une nouvelle relation d’affaires, le «business to avatar» par analogie avec le B2B ou le B2C, et se posent toute une série de questions sur la présence numérique de sociétés réelles, sur le branding et les droits, etc.

– David Palmer (Vodafone) a évoqué l’utilisation du numéro de téléphone comme moyen le plus sûr et pratique d’identifier un utilisateur et d’établir ses assets numériques. Pas faux, mais au moment où les Européens vont déployer les wallets d’identité numériques des citoyens, pourquoi ne pas imaginer que l’identité soit établie sur cette base, plus neutre que de s’en remettre à un opérateur de télécommunications?

– Christian Fisch, chercheur au SnT de l’Université du Luxembourg, lui, a appelé à s’interroger sur l’interopérabilité. Une belle question qui renvoie à deux choses différentes: la blockchain connaît un essor dans une optique de gestion décentralisée qui s’oppose à cette uniformisation et si quelqu’un est présent sur plusieurs metaverses avec des assets numériques, comment aller de l’un à l’autre?

– Les créateurs de metaverse devront, a assuré M. Borget, viser à créer du plaisir pour les utilisateurs et à essayer de donner davantage de valeur aux utilisateurs au lieu de chercher à accaparer la valeur qu’ils sont prêts à y investir. Autrement dit, l’idée durable ne doit pas être que l’utilisateur dépense tout son argent en NFT chez Gucci, présent sur la Sandbox, mais qu’il en retire bien davantage, notamment via des expériences et NFT.

– Un entrepreneur qui aurait une idée de business dans le metaverse devrait lancer son «minimum viable product» le plus vite possible, quitte à devoir l’adapter plus ou moins largement ensuite.

– Les institutions culturelles, comme Les deux musées de la Ville de Luxembourg, représentés par Anne Hoffmann, devront, quant à elles, donner du sens à leur présence dans un metaverse et bien en mesurer les impacts potentiels. Et c’est un challenge quand on est dépositaire d’œuvres architecturales ou artistiques.

Chez Deloitte, partenaire de The Dots de Kamel Amroune dans le mois du metaverse, avait pris une semaine d’avance en s’intéressant à ces univers numériques la semaine dernière et a donc concentré son deuxième rendez-vous sur les NFT avec une des stars montantes du sujet, Vitomir Jevremovic, qui développe l’All-Art Protocol et une plateforme la VR-All-Art . Résumé schématiquement, il s’agit de permettre aux artistes de gérer tout en même temps les questions d’exposition, de droits et de vente de leurs œuvres d’art numérique. 

À l’instar des plateformes luxembourgeoises ANote Music pour la musique, Stokr pour l’entreprise ou VNX, il s’agit de donner des liquidités au marché sur un mode complètement sécurisé et respectueux des législations, dont celle du droit d’auteur. Il y a encore beaucoup de flou sur l’utilisation d’œuvres d’art «réelles» dans le monde numérique des NFT.

Pas question de vous parler d’un événement où nous ne pouvions pas être, puisque non-ouvert aux avatars, mais espérons que les gentils organisateurs vont réussir à se mettre d’accord pour que puisse être nourrie la soif visiblement très marquée de connaissances sur ces sujets.

Cet article est issu de la newsletter hebdomadaire Paperjam Trendin’, le rendez-vous pour suivre l’actualité de l’innovation et des nouvelles technologies. Vous pouvez vous y abonner  en cliquant ici.