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Pandémie

Recyclage à vitesse réduite



Les sacs bleus de Valorlux sont toujours collectés dans les différentes communes luxembourgeoises. Mais cela ne suffit pas à alimenter l’économie circulaire, selon Hein Déchets. (Photo: Valorlux)

Les sacs bleus de Valorlux sont toujours collectés dans les différentes communes luxembourgeoises. Mais cela ne suffit pas à alimenter l’économie circulaire, selon Hein Déchets. (Photo: Valorlux)

La collecte des ordures ménagères se poursuit en toute sécurité malgré l’épidémie de Covid-19. En revanche, le manque de déchets recyclables venant des entreprises à l’arrêt se fait ressentir chez Hein Déchets.

Confinés ou non, les foyers produisent toujours autant, voire plus de déchets. Malgré la situation de crise liée au coronavirus, de la collecte au recyclage, l’activité se poursuit.

«En ce qui concerne la collecte en porte à porte, rien n’a changé», affirme Marc Weber, chef du service d’hygiène de la Ville de Luxembourg. «Les 57 points en ville sont vidés tous les jours.»

Son rôle est en effet essentiel: «le maintien de la salubrité», définit-il. Seules les collectes des déchets verts ou encombrants sur rendez-vous ont été arrêtées, et les points de recyclage, fermés.

Niveau quantité, «il y a beaucoup plus de déchets chez les gens, beaucoup moins dans les magasins. En somme, cela fait une petite diminution», estime-t-il, sans connaître les chiffres précis.

Seul dans le camion

Pour assurer la sécurité des éboueurs toujours sur le terrain, plusieurs mesures sont mises en place. 18 vestiaires de stades ou piscines ont été mis à leur disposition pour qu’ils puissent se changer en plus petit comité. Ils ont aussi la possibilité de le faire de chez eux, exceptionnellement. Pour la collecte des déchets, le chauffeur du camion-poubelle reste maintenant seul, et les deux ripeurs le suivent en voiture. Une quinzaine de véhicules, issus de différents services de la Ville, leur ont été fournis pour la période. Les pauses se font à deux personnes au maximum.

Environ 64 sur les 85 ripeurs et chauffeurs travaillent toujours. Les autres peuvent être dispensés, soit parce qu’ils font partie des personnes à risque, soit parce qu’ils vivent avec des gens fragiles face au virus. Le service a aussi pris soin de garder des salariés en réserve, qu’il pourrait rappeler si besoin. Ils restent intégralement payés, selon Marc Weber.

Pour faciliter leur travail en temps de crise, comme en temps normal, il demande aux habitants de «bien respecter les jours de collecte», pour éviter que des poubelles ne soient renversées. Le planning, qui varie selon les rues, se trouve sur le site internet de la Ville .

Coordination toujours assurée par Valorlux

La collecte des sacs bleus Valorlux, pour les déchets d’emballages ménagers, se poursuit donc également. Elle est assurée par les Villes ou par des opérateurs privés dans 101 sur les 102 communes du Grand-Duché. «Nous nous occupons de la coordination et de l’organisation de la collecte», précise Claude Turping, directeur de l’entreprise. Sept des huit salariés sont en télétravail, un seul reste sur le site pour gérer appels et courriers.

«Notre mission continue, nous ne voyons pas de changement. Nous devons nous assurer à court, moyen et long terme du recyclage des déchets», déclare-t-il.

Pour toujours fournir ses sacs bleus malgré la fermeture de certaines mairies, l’entreprise a mis en place un système de commande en ligne dès le 30 mars. «Le premier jour, nous avons reçu 4.000 commandes», s’étonne Claude Turping. Il réfléchit à pérenniser ce service après la crise.

De 1.900 à 450 tonnes de déchets par semaine

Une fois collectés, ces déchets sont envoyés dans différents centres de tri. Dont celui de Hein Déchets, à Bech-Kleinmacher.

«Nous assurons le tri des sacs bleus Valorlux. C’est quelque chose qui doit nécessairement continuer», affirme Tobias Wilhelm, responsable d’exploitation. Mais cela ne représente que 5% de son activité. Le reste: le reconditionnement de plus gros déchets issus de professionnels, pour les envoyer ensuite dans des filières de recyclage hors du Luxembourg. La majorité provenait des chantiers, tous à l’arrêt depuis le 20 mars. L’entreprise a aussi dû fermer son parc à conteneurs. De 1.900 tonnes de déchets reçus par semaine, hors sacs bleus de Valorlux, l’entreprise n’en réceptionne plus que 450.

«D’un côté, nous avons une énorme pression pour continuer, de l’autre, nous avons un manque de flux», résume Tobias Wilhelm.

«Quand il n’y a pas de déchets d’un côté, il n’y a pas de ressources de l’autre», avertit-il. «Par exemple, il y a moins de papier collecté, mais les gens achètent plus de papier toilette, commandent en ligne des colis emballés avec du carton… Or, cette industrie se base à 80% sur du vieux papier.» De même, «les centrales biomasses dépendent du vieux bois venant des déchets pour produire de l’énergie». Il alerte: «L’économie circulaire commence à ralentir, les déchets manquent.» Cela concerne le marché luxembourgeois, mais aussi mondial. Hein Déchets exporte environ deux tiers de ce qu’elle conditionne.

Pour s’adapter à la baisse de la demande, une partie de l’équipe a été mise au chômage partiel. D’autres sont en congé pour raisons familiales. L’entreprise attend la réouverture des chantiers, qui aura lieu dès la semaine prochaine .