PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

Le plafond de la dette US revient dans le débat



Entre mars 2020 et mars 2021, la dette fédérale américaine est passée de 23.200 milliards de dollars à 28.000 milliards.  (Photo: Shutterstock)

Entre mars 2020 et mars 2021, la dette fédérale américaine est passée de 23.200 milliards de dollars à 28.000 milliards. (Photo: Shutterstock)

Alors que l’administration Biden fait marcher la planche à billets, le département américain du Trésor invite le Congrès à aménager les règles relatives au plafond de la dette pour éviter un blocage. Ranimant de fait les inquiétudes relatives au niveau de la dette américaine.

C’est une invitation en forme d’avertissement que lance le département du Trésor. Alors qu’il s’apprête à lever des montants record de dette au prochain trimestre – dont 126 milliards de dollars à moyen et long termes la semaine prochaine pour faire face à ses échéances jusqu’à juillet –, il demande aux parlementaires de réfléchir à une nouvelle suspension ou à des aménagements de la règle du plafond de la dette.

Règle qui fixe la limite de l’endettement fédéral des États-Unis et qui, suspendue en juillet 2019, devrait à nouveau entrer en vigueur en août. À cette date, il est probable que le gouvernement fédéral ne pourra plus émettre d’emprunt, devra renoncer à payer certaines factures et cesser de payer ses fonctionnaires non essentiels. Voire ne pas rembourser ses créanciers obligataires se plaçant de fait en état de défaut.

Le sujet du plafond de la dette donne généralement lieu à d’énormes tractations théâtralisées à Washington. Ce fut le cas pour Donald Trump, qui dut faire face trois fois à ce problème durant son mandat. Ce sera l’occasion de voir si Joe Biden dispose de la majorité qui lui permettra de réaliser son programme.

Une dette relative

Vue de l’extérieur, la question qui se pose est de savoir si la dette américaine est un problème systémique pour le système financier? Entre mars 2020 et mars 2021, elle est passée de 23.200 milliards de dollars à 28.000 milliards. Le prix à payer pour les différents plans destinés à stabiliser l’économie et les secteurs en détresse.

La première interrogation est celle de la durabilité de cette politique d’endettement. Rapportée au PIB, la dette américaine avoisine les 130%. Pas de quoi affoler les analystes, pour qui les pays les plus riches peuvent se permettre d’accumuler une dette publique élevée grâce à leur capacité à lever l’impôt et à produire des biens et des services à forte valeur ajoutée.

L’actuelle remontée du rendement de l’obligation d’État américain à 10 ans, passé de 0,5% en août 2020 à 1,70% en mars 2021, n’inquiète pas non plus les marchés. Si la hausse semble spectaculaire, le rendement ne fait que revenir à son niveau d’avant-pandémie.

Un effet de levier inquiétant

Quelles seraient les conséquences d’un défaut de paiement américain?

Pour bien les apprécier, il faut se pencher sur qui détient les fameux «treasuries». Il y a une décennie, un tiers de la dette publique américaine était détenue par des non-résidents. Cette proportion est passée à 25% et va en se réduisant. La Chine, qui détenait 27% de cette dette en 2010, n’en détient plus que 4%. Le pays étranger le plus exposé est actuellement le Japon, un allié traditionnel.

Les trois quarts de la dette sont désormais localisés aux États-Unis. 49% sont détenus par des investisseurs privés et des collectivités locales; 28% se trouvent au sein des agences publiques; et 23% font partie des actifs de la Réserve fédérale. Cette dernière est actuellement le plus gros acheteur de cette dette. Conséquence, son bilan est passé de 870 milliards de dollars en août 2007 à 7.700 milliards en mars 2021. Les deux récessions de 2007–2009 et de 2020 ont conduit la Fed à absorber une part toujours croissante de la dette publique américaine. Combien de temps cela pourra-t-il durer? La politique monétaire de la Fed devrait rester accommodante encore longtemps. Au moins jusqu’à ce que ses deux objectifs soient atteints: une inflation aux alentours de 2% et le plein emploi.

Du coup, alors que le bilan de la Fed devrait se dégonfler lorsque le PIB augmente, c’est le contraire qui se produit. Et là est peut-être le vrai problème de l’économie américaine: elle ne tient que grâce à sa financiarisation et à l’effet de levier que donne la Fed. Ce n’est donc pas fortuit que plusieurs banques régionales de la Réserve fédérale – dont celle de New York, la plus importante – insistent sur la nécessité de remédier au problème des institutions financières excessivement grosses, complexes et interconnectées.

Sans quoi, une récession marquée de l’économie américaine aurait sûrement plus de conséquences sur le système financier qu’un défaut de paiement qui reste encore une hypothèse d’école.