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Consommation

La peur fait flamber l’huile de tournesol



Au rayon des huiles et graisses de ce supermarché Delhaize, quelques références manquent actuellement à l’appel, mais l’enseigne au lion tient à ne pas introduire de limitation dans les quantités d’achat, notamment afin de ne pas alimenter un sentiment de peur des clients. (Photo: Paperjam)

Au rayon des huiles et graisses de ce supermarché Delhaize, quelques références manquent actuellement à l’appel, mais l’enseigne au lion tient à ne pas introduire de limitation dans les quantités d’achat, notamment afin de ne pas alimenter un sentiment de peur des clients. (Photo: Paperjam)

Au Luxembourg comme ailleurs dans le monde, la demande en huile de tournesol suscite des soucis d’approvisionnement et une flambée des prix. Celle-ci se répercute aussi sur d’autres produits. Explications.

Un petit chiffre vaut mieux qu’un long discours: entre la mi-mars et la mi-avril, les ventes d’huiles ont bondi de 29% en France, selon le cabinet NielsenIQ. La demande en huile de tournesol flambe suite à des craintes de rupture d’approvisionnement. Et pour cause: le premier exportateur mondial de ce produit n’est autre que l’Ukraine avec, l’an dernier, la moitié du volume mondial mis sur le marché.

«La consommation d’huile de tournesol en tant que telle n’a pas augmenté, il y a tout simplement un manque dans l’offre et cela crée un stress non naturel dans la demande», explique Georges Eischen, associé-gérant de La Provençale. Le grossiste fournit les restaurants du Luxembourg et de la Grande Région. Il a introduit une limitation des quantités dans les commandes afin de calmer la tension sur la demande envers un produit qu’il estime actuellement non concerné par une rupture, mais celle-ci pourrait survenir plus tard dans l’année.

«Il n’est actuellement nullement question de pénurie et dans toutes les catégories, même si l’une ou l’autre référence peut être ponctuellement en rupture, nous possédons des alternatives et pouvons répondre aux besoins et attentes de nos clients», temporise Cactus, première enseigne de grande distribution au Luxembourg avec 60 points de vente.

Un effet pervers

Les rayons des huiles végétales sont parfois clairsemés, comme chez Delhaize par exemple, où l’enseigne s’excuse auprès des clients pour l’absence de certaines références. «Delhaize rencontre effectivement, comme tous les acteurs du marché, un problème d’approvisionnement en huile de tournesol», confirme sa porte-parole Karima Ghozzi.

Certaines références se font rares dans les rayons. Comme ici, chez Delhaize, où l’enseigne s’excuse auprès des clients. (Photo: Paperjam)

Certaines références se font rares dans les rayons. Comme ici, chez Delhaize, où l’enseigne s’excuse auprès des clients. (Photo: Paperjam)

L’enseigne au lion a toutefois décidé de ne pas instaurer de limitation dans les achats des clients, et cela pour deux raisons: ne pas en arriver à une situation où les collaborateurs de caisse gendarment les quantités et ne pas envoyer un signal risquant d’accentuer la crainte du public. Ce qui pourrait l’inciter à acheter en plus grandes quantités encore.

«Les clients ne s’en rendent pas compte, mais en faisant des achats en grande quantité, ils aggravent la situation», souligne Georges Eischen. Actuellement, la tension sur la demande influence les prix, qui sont parfois multipliés par deux ou trois selon le grossiste.

Au Luxembourg, les données du Statec font état d’un bond du prix des huiles et graisses de 6,17% en mars dernier, après une hausse de 4,56% un mois plus tôt.

Dans ce contexte tendu, la demande tend à se reporter vers des alternatives comme l’huile de colza ou l’huile d’arachide, voire l’huile de palme, pourtant décriée pour son empreinte environnementale.

À ce propos, La Provençale est aussi consommatrice d’huile de tournesol pour la fabrication – en collaboration avec Marc Nicolay – des Lët’z Chips. «Des discussions sont en cours pour adapter la liste des ingrédients et être plus flexibles, nous envisageons de prendre soit de l’huile de colza, soit peut-être même de l’huile de palme», confie Georges Eischen. Son objectif est clair: garantir la disponibilité d’un produit qui a trouvé son public deux ans après son lancement et qui s’apprête d’ailleurs à se décliner en une nouvelle saveur, au paprika doux, d’ici quelques semaines.

Quant à la Moutarderie de Luxembourg – dont la gamme comporte désormais huit types de sauces –, la demande porte plutôt sur l’huile de colza avec 250.000 litres de consommation annuelle, selon son directeur-gérant Yann Munhowen . «Depuis la fin 2021, les prix de l’huile de colza n’ont cessé d’augmenter. Aujourd’hui, nous devons payer le triple», signale-t-il. Si l’oléagineux ne connaît actuellement pas de problème d’approvisionnement, c’est plutôt au niveau du prix que la recette se pimente.