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Vue des marchés

Pétrole: vers un cours durablement haut



Pour Arnaud du Plessis, le marché du pétrole, c’est l’histoire d’un ajustement permanent. (Photo: CPR AM)

Pour Arnaud du Plessis, le marché du pétrole, c’est l’histoire d’un ajustement permanent. (Photo: CPR AM)

Secteur pourtant cyclique, les cours du pétrole devraient rester soutenus même si les analystes s’accordent sur la rentrée dans une phase de ralentissement du cycle économique global, estime Arnaud du Plessis. Pour des raisons conjoncturelles et structurelles.

Si la crise sanitaire du Covid a fortement affecté le secteur de l’énergie et du pétrole, «le marché s’est, depuis, plutôt bien ajusté», constate Arnaud du Plessis, gérant actions thématiques et spécialiste des ressources naturelles chez CPR AM.

«Le secteur du pétrole a été très secoué. Au début de l’année 2020, le monde s’est brutalement arrêté à cause de la crise sanitaire. L’activité de transport a été stoppée, entraînant une forte chute de la consommation de produits pétroliers. Au plus bas, on a constaté une baisse de la consommation de quasiment 25%.» Et si la consommation est depuis repartie à la hausse, on reste encore en dessous de la consommation «normale». «De 10% à 15%», chiffre le gérant.

Offre encadrée

Pour éviter que le marché ne se déséquilibre complètement, les pays producteurs réunis au sein de l’Opep, et l’Arabie saoudite tout particulièrement, ont baissé leur production.

Désormais, l’offre – qui fut également perturbée par la fermeture de nombreux sites de production suite aux confinements – se redresse progressivement. « L’Opep a décidé, courant juillet, de commencer à réajuster sa production . Sur les 18 prochains mois, décision a été prise de remonter progressivement la production pétrolière de l’ordre de 400.000 barils/jour, mois après mois, afin de rattraper le niveau de production d’avant-crise – qui était d’environ 5,8 millions de barils/jour, au-dessus de la production actuelle.»

«C’est un événement très important, car le marché pétrolier, c’est avant tout un équilibre entre l’offre et la demande. Si l’un se décale trop par rapport à l’autre, cela peut générer des mouvements de cours très importants, à la hausse comme à la baisse. L’Opep est devenue, quelque part, beaucoup plus disciplinée.»

Cet équilibre contrôlé a été finalement bien accepté par le marché, comme en témoigne la bonne tenue des cours – «le Brent Future est aux alentours de 76 dollars». Nous sommes à de hauts niveaux par rapport à ce que l’on a vu durant la crise sanitaire. Au plus bas de l’année 2020, les cours étaient descendus jusqu’à 35 dollars, contre 60 dollars fin 2019. Aujourd’hui, les cours ont dépassé les niveaux d’avant crise. Les cours sont même au plus haut depuis 2015. Les pays de l’Opep ont parfaitement géré l’après-crise.»

Baisse structurante de la consommation

La crainte que l’on pourrait avoir, c’est qu’avec la remontée de la production de l’Arabie saoudite, le marché se retrouve en excédent avec, in fine, un risque sur les cours.

Ce n’est pas le scénario le plus probable, sauf choc très conjoncturel.

«Ce qu’il faut garder à l’esprit, alors que la production reste sous contrôle, c’est que la consommation pétrolière est en train de s’approcher d’un pic», souligne Arnaud du Plessis.

«Pourquoi? La moitié du pétrole va grosso modo dans les transports, avions, bateaux, routes… Et avec l’électrification des transports, et surtout des voitures – qui va beaucoup plus vite qu’on aurait pu l’imaginer –, c’est, à un moment donné, tout un segment de la consommation pétrolière qui va disparaître. Il va falloir que le marché s’équilibre par rapport à cela. Ce n’est pas forcément très gênant parce que viendra un moment donné où il y aura beaucoup moins de pétrole qu’aujourd’hui.»

Le gérant s’attend à ce que le marché s’ajuste progressivement à cette tendance. Ce qu’ont commencé à faire les compagnies pétrolières, qui ont déjà très significativement baissé leurs investissements pétroliers. «À terme, je pense que la production va finir par plafonner, et même peut-être baisser.»

70 dollars, c’est un cours d’équilibre qui est assez convenable pour toute la chaîne.
Arnaud du Plessis

Arnaud du Plessis,  gérant actions thématiques et spécialiste des ressources naturelles,  CPR AM

Et de rappeler que, pour que l’on puisse atteindre les objectifs de baisse de génération de CO2, il faudrait que la production de pétrole et de gaz baisse de 35% d’ici 2030 par rapport au niveau actuel.

«Les grandes compagnies pétrolières l’ont bien compris. Beaucoup d’entre elles prévoient maintenant de céder un certain nombre d’actifs afin de s’adapter progressivement à ce nouvel environnement et participer activement à la transition énergétique. Prenez l’exemple de TotalÉnergies, cette grande société pétrolière est en train de devenir un acteur majeur dans les énergies renouvelables. Et si ces dernières ne représentent encore qu’une petite partie de son activité, cela la positionne parmi les acteurs les plus importants de la filière renouvelable, tant dans l’éolien que dans le solaire.»

C’est sur cette nouvelle toile de fond que vont devoir se faire les ajustements.

On se dirige donc ,selon Arnaud du Plessis, vers un nouvel équilibre assez subtil où, d’un côté, la consommation va baisser tandis que, de l’autre, les compagnies pétrolières vont vendre leurs actifs et arrêter d’investir dans la filière. Qui s’attend à ce que le marché reste équilibré. «Il est relativement probable que les cours du pétrole restent à un niveau proche d’aujourd’hui. Nous pensons que le bon niveau d’équilibre des cours du pétrole se situe aux alentours de 70 dollars. 70 dollars, c’est un cours d’équilibre qui est assez convenable pour toute la chaîne.»

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