PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CARTE BLANCHE

«Des perspectives optimistes pour le Private Equity en 2021»


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Apprécié des investisseurs, dont la base ne cesse de s’élargir, le Private Equity a joué un rôle important lors de la crise. Cette classe d’actifs est en effet un maillon clé pour soutenir l’économie en difficulté, en particulier dans le contexte actuel. Son importance devrait se renforcer en 2021.

La crise du Covid s’est distinguée des précédentes par son aspect sanitaire, qui a notamment mis sur pause les interactions entre les différents agents économiques et exacerbé le volet numérique. «Une grande disparité entre les sociétés a été créée avec, d’une part, les acteurs traditionnels et, d’autre part, l’activité numérique qui ne nécessite pas de rapports physiques et qui a donc bénéficié de la situation», explique Laurent Capolaghi, Partner, Private Equity Leader chez EY Luxembourg.

Dans ce contexte économique difficile, le Private Equity a parfaitement joué son rôle. «Il a apporté des liquidités, ce qui est primordial dans une telle situation. Il a également offert un apport de connaissances aux sociétés en portefeuille pour les aider à changer de stratégie et s’adapter rapidement à la situation. Le Private Equity, c’est avant tout des entrepreneurs qui ont des connaissances opérationnelles poussées et qui mettent au service des sociétés en portefeuille leur expérience et leur vision.» Un exemple flagrant de changements opérationnels réalisés concerne les entreprises qui ont redessiné leur stratégie et présence digitale. Une évolution qui nécessite des savoirs ainsi que la mise à disposition de moyens. «C’est un bon exemple pour visualiser l’apport du PE dans l’économie réelle: c’est ce qui distingue cette stratégie des autres et contribue à son succès.»

Quelles conséquences pour l’industrie du PE?

Si les conséquences pour l’économie sont claires et s’illustrent par la baisse impressionnante du PIB de toutes les économies, reste à découvrir l’impact pour le secteur du Private Equity. «L’appétit des investisseurs semble rester identique, car le PE propose une stratégie d’investissement largement décorrélée de la volatilité des marchés. La consistance des retours sur investissement est un autre élément, point qui a permis au secteur de rester attractif malgré les crises financières successives.» Un autre impact concerne son positionnement idéal dans le financement de la transition climatique. Une démarche qui nécessite des capitaux importants, un investissement sur le long terme et des connaissances opérationnelles dont les fonds PE disposent.

Le Luxembourg reste n°1

Le Covid ne semble pas avoir eu d’effet sur la place de choix que le Luxembourg occupe en matière de Private Equity. «C’est définitivement la place n°1 en Europe pour l’établissement de plateformes d’investissement Private Equity et leur distribution paneuropéenne. La crise a eu un impact réel sur les sociétés dans lesquelles les fonds investissent, mais pas sur le domicile de ces derniers qui est motivé par la réputation de la place financière, la qualification des ressources qui y contribue et la flexibilité de notre ‘boîte à outils’ juridique.» Pour conserver cette position, les efforts de l’écosystème doivent être poursuivis au quotidien.

 Le Private Equity, de par sa résilience, sa stabilité, l’ancrage dans l’économie réelle et le track record généré ces dernières années, reste donc très attractif. Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est une diversification des stratégies proposées aux investisseurs. «Il y a dix ans, les stratégies consistaient principalement à investir dans le capital de PME et les accompagner dans leur croissance. Les stratégies se sont à présent diversifiées et utilisent également d’autres classes d’actifs: ce ne sont plus seulement des investissements en actions, mais aussi en dette, pour pallier la difficulté des établissements de crédit d’octroyer des prêts aux PME, mais aussi en infrastructures (financement de la transition énergétique via le photovoltaïque, l’éolien, l’hydroélectrique, etc.).»

Les évolutions réglementaires combinées avec les attentes accrues des investisseurs, notamment dues à la transition intergénérationnelle, font que la création de valeur extrafinancière devient également très importante. 
Laurent Capolaghi

Laurent Capolaghi,  Partner, Private Equity Leader,  EY Luxembourg

Une année 2021 intéressante

La robustesse du PE laisse entrevoir des perspectives optimistes pour 2021. «On s’attend toujours à un afflux de capitaux d’investisseurs institutionnels. De plus, la popularité du Private Equity auprès des clients de banques privées ne cesse d’augmenter, ce qui constitue des signes positifs pour l’industrie.» Néanmoins, le soutien financier des banques centrales et États membres, accentué lors de la crise du Covid, a eu comme conséquence de gonfler les valorisations des actifs sous-jacents. «La grande question pour 2021 sera de voir si ces valorisations élevées vont continuer à le rester durant la période ou si ces dernières vont redescendre, dans l’hypothèse d’une reprise de la volatilité, les fonds ont toujours la possibilité de garder les actifs un peu plus longtemps pour les monétiser une fois l’orage passé.»

Le Private Equity continuera également à jouer un rôle important dans la création de retours extrafinanciers (retour sociétal, environnemental et établissement d’une bonne gouvernance) et dans l’augmentation de la transparence de ce type de reporting: «Les évolutions réglementaires combinées avec les attentes accrues des investisseurs, notamment dues à la transition intergénérationnelle, font que la création de valeur extrafinancière devient également très importante.»