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«Pas de légalisation du cannabis à tout prix»



Cécile Hemmen rappelle l’importance d’une législation bien pensée pour le cannabis récréatif. (Photo; Matic Zorman/Maison Moderne)

Cécile Hemmen rappelle l’importance d’une législation bien pensée pour le cannabis récréatif. (Photo; Matic Zorman/Maison Moderne)

La légalisation du cannabis récréatif a fait son retour à la Chambre des députés le 20 mai. Cécile Hemmen, députée LSAP, fait le point alors que le projet de loi est très attendu.

Lors du débat suivant l’interpellation du CSV sur la légalisation du cannabis récréatif, vous êtes ­intervenue sur le volet de la santé. C’est un sujet qui vous intéresse particulièrement?

Cécile Hemmen . – «Oui, parce que c’est une partie intégrante de la santé publique, donc c’est un sujet très important, mais aussi complexe, où tout n’est pas blanc ou noir, avec de nombreux éléments à prendre en considération.

Sur quels points serez-vous attentive?

«Ce qui est vraiment important pour moi, c’est que les gens comprennent qu’on se trouve malgré tout face à une drogue, même si on a l’impression que le cannabis a été banalisé. La légalisation du cannabis à des fins médicales a amené certaines personnes à penser que toute utilisation du cannabis est bénéfique pour la santé. Or, c’est totalement faux.

Vous étiez rapporteuse du projet de loi sur la légalisation du cannabis à des fins médicales, justement…

«Oui, j’étais présidente de la commission de la santé à cette époque-là. J’avais rencontré, dans ce cadre, des parents d’élèves qui m’ont suppliée de ne surtout pas aller vers une légalisation du cannabis récréatif, parce que leurs enfants avaient notamment des maladies psychotiques suite à la consommation de cannabis. Cela m’avait vraiment interpellée.

Quel est votre point de vue, désormais?

«Après avoir étudié les statistiques dans d’autres pays, j’ai pu observer que, malgré la répression ou les recommandations, la consommation ne baisse pas. Il faudrait donc peut-être aller dans une autre direction et réglementer, afin que les consommateurs aient accès à un produit propre, avec un taux de THC bien régulé. Et, avant tout, travailler sur une action de sensibilisation et d’information auprès de toute la population.

Un projet de sensibilisation qui pourrait débuter avant le projet de loi?

«Bien sûr, et la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), l’a confirmé dans son intervention à la Chambre le 20 mai. Pourquoi attendre qu’une réglementation se mette en place? Il faut inclure les jeunes, les professionnels de santé, les professeurs, les acteurs de la culture, etc.

Le risque concerne notamment les jeunes…

«Il y a des risques de santé. J’ai parlé à des consommateurs qui m’ont dit qu’ils recommanderaient même de ne pas consommer de cannabis avant 25 ou 30 ans, parce qu’il peut être très néfaste pour l’organisme.

L’idée du gouvernement est de légaliser, pour que les consommateurs aient accès à un cannabis de qualité, mais pas de banaliser sa consommation?

«Tout à fait. Laisser la situation telle qu’elle est aujourd’hui serait autant irresponsable que de dire que consommer du cannabis n’est pas dangereux. J’estime que la politique a ses responsabilités à prendre dans ce domaine. Dans l’optique d’une bonne santé publique, il faut faire quelque chose.

Qu’est-ce que la réglementation va apporter?

«Un cadre légal, tout d’abord. Et, ensuite, un mieux au niveau de la santé, car nous pourrons éloigner les jeunes et les moins jeunes du marché noir, où les produits sont transformés et dangereux avec, par exemple, des débris de verre à l’intérieur.

Craignez-vous le tourisme du cannabis?

«Oui. Le but n’est pas de faire du Luxembourg une plaque tournante. Dans le cadre du projet de loi, il faudra aussi échanger avec tous les pays frontaliers.

La question du prix va se poser également…

«Oui, car si nous proposons un produit de qualité, le prix sera par conséquent plus élevé que ceux observés sur le marché noir. Mais s’il est trop élevé, la population continuera à consommer sur le marché noir, et tout cela n’aura servi à rien. Il y a énormément de ramifications dans cette réglementation, il faut vraiment tout analyser.

Pensez-vous que le projet de loi passera avant la fin de cette mandature?

«Il est difficile de répondre à cette question. Nous sommes en retard sur les objectifs que nous nous étions fixés, mais le Covid-19 a empêché le dossier d’avancer. La ministre de la Santé fera un point, en juillet prochain, et elle souhaiterait également mettre en place un projet expérimental. Le sujet n’est pas oublié, mais il est complexe, et le but n’est pas de faire passer la loi à tout prix.»

Cet article a été rédigé pour  l’édition magazine de Paperjam du mois de juillet  parue le 24 juin 2021.

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