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Santé mentale

La pandémie pèse sur le moral des jeunes au Luxembourg



Le plus inquiétant est le nombre de contacts enregistrés par la ligne d’assistance en ligne concernant des pensées suicidaires, selon Aline Hartz, psychologue du KJT. (Photo: Shutterstock)

Le plus inquiétant est le nombre de contacts enregistrés par la ligne d’assistance en ligne concernant des pensées suicidaires, selon Aline Hartz, psychologue du KJT. (Photo: Shutterstock)

Cette année, marquée par la pandémie mondiale de Covid-19, a eu un impact considérable sur la santé mentale des jeunes luxembourgeois, selon les données du Kanner-Jugendtelefon (KJT), service d’assistance téléphonique pour les enfants et les jeunes.

L’isolement social, la perte de routine, l’adaptation aux modes d’apprentissage numériques et les restrictions en constante évolution ont rendu de nombreux adolescents luxembourgeois anxieux, déprimés et submergés par leurs sentiments, explique Aline Hartz, la psychologue du Kanner-Jugendtelefon (KJT), service d’assistance téléphonique pour les enfants et les jeunes: «Les jeunes décrivent des sentiments accrus de solitude et d’isolement, leurs amis leur manquent, ils se sentent ‘bridés’, sans but, sous pression, tristes. Ils sont incertains quant à l’avenir, ressentent une pression pour performer, éprouvent une faible estime d’eux-mêmes et des pensées suicidaires.»

Depuis août 2020, le nombre d’appels reçus par le KJT est élevé, selon Aline Hartz, alors que les jeunes ont commencé à lutter contre la longévité des restrictions, se sentant frustrés et privés de leur liberté. Et alors que ce sont des sentiments qui résonnent avec la majorité de la population à l’heure actuelle, ils pourraient être particulièrement difficiles à gérer pour les jeunes, essayant de donner un sens à la transition de l’enfance à l’âge adulte et confrontés à un avenir incertain, ainsi qu’à la peur de perdre des êtres chers à cause du virus.

Demande croissante de services d’aide en ligne

Alors que le KJT constate qu’il n’y a pas eu d’augmentation significative des appels entrants, le service en ligne de la ligne d’assistance a en revanche connu une hausse (313 contacts en 2020, contre 237 en 2019). Sans surprise, selon Aline Hartz: «Cela confirme notre hypothèse selon laquelle les enfants et les jeunes sont moins enclins à passer des appels téléphoniques, alors que tous les membres de la famille sont à la maison, ce qui réduit leur intimité. Il est donc plus facile d’écrire que de téléphoner.»

Le manque d’intimité imposé aux jeunes par les mesures de confinement, les nouvelles routines de télétravail des parents et l’enseignement à domicile ont laissé beaucoup d’entre eux, pour ainsi dire, submergés par la situation. Par conséquent, ils ont signalé davantage de conflits avec leurs parents et/ou leur fratrie. «L’intensité du conflit au sein de la famille a été jugée plus intense cette année; puisque tout le monde était plus à la maison, le potentiel de conflit s’est naturellement accru», explique la psychologue.

Elle souligne également que le nombre de jeunes qui profitent de l’aide en ligne du KJT en ce qui concerne les situations de négligence, d’abus, de harcèlement et de cyberharcèlement, ainsi que de violence physique, sexuelle et émotionnelle, a presque triplé, de 11 contacts recensés en 2019 à 29 en 2020. Et en effet, le cyberharcèlement et la cyberviolence, chez les enfants en particulier, sont une préoccupation croissante de plusieurs professionnels, exacerbée par l’utilisation accrue des outils numériques à des fins d’enseignement à domicile.

«Les problèmes se sont accentués ou intensifiés»

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et soulignent les effets néfastes de la situation actuelle sur l’état mental des jeunes, avec de plus en plus d’enfants et d’adolescents qui s’adressent au KJT en raison de l’augmentation des inquiétudes, de l’anxiété et de la dépression.

Le plus inquiétant, cependant, est le nombre de contacts enregistrés par la ligne d’assistance téléphonique ou online concernant des pensées suicidaires: leur nombre a doublé l’année dernière, passant de 23 en 2019 à 46 en 2020, montrant à quel point la santé mentale des enfants et des adolescents est affectée par la situation actuelle entourant le Covid-19. En particulier pour ceux qui étaient déjà dans un état mental vulnérable avant la pandémie.

«Les enfants et les jeunes qui n’étaient déjà pas au mieux avant tout cela ont atteint leurs limites et se sont retrouvés en grande détresse. Il semble que leurs problèmes se soient accentués ou intensifiés», déplore Aline Hartz.

Faire face à la fatigue pandémique

Avec la crise sanitaire qui s’éternise et aucune fin immédiate en vue, malgré le déploiement des vaccins, Aline Hartz propose néanmoins quelques stratégies pour aider à surmonter et mieux faire face à la fatigue pandémique. «Essayez de trouver des méthodes et des activités qui favorisent l’équilibre mental et physique, par exemple la relaxation, le sport, les promenades, prendre un bain chaud, boire une bonne tasse de thé chaud, lire, manger sainement et prioriser les contacts sociaux», fait-elle valoir.

«Il est également utile de limiter l’exposition aux informations et de consulter des sources fiables. Restez dans le présent et essayez de percevoir consciemment et avec tous vos sens ce qui se passe autour de vous, en évitant les pensées de type ‘et si’. Souvenez-vous des choses qui vous ont toujours fait du bien et vous ont rafraîchis.»

Les enfants peuvent joindre le Kanner-Jugendtelefon en ligne ou en appelant le 11 61 11, tandis que les parents qui s’inquiètent pour leurs enfants ou qui cherchent des conseils peuvent contacter l’Elterntelefon (aide aux parents) en appelant le 26 64 05 55. Il est à noter que ce dernier service n’est disponible qu’en allemand et en français.