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«Les Ombres de Katyn» ressurgissent en 2019



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Ce n’est qu’en 1990 que l’Union soviétique a reconnu sa responsabilité dans le massacre de Katyn. (Photo: Shutterstock)

C’est un curieux phénomène de librairie. Le roman historique de Philippe Kerr «Les Ombres de Katyn», publié en anglais en 2013 puis en français en 2015, connaît un regain d’intérêt des lecteurs cet été. Le sujet se savoure pourtant difficilement le long d’une piscine, piña colada à portée de main.

Au fil des pages, on ressent le froid de l’hiver à Smolensk, le poids de la hiérarchie militaire allemande et de la tradition prussienne, l’odeur des bois de Katyn, on entend le crissement des bottes sur la neige, on devine le malaise et on finit par se demander si les fantômes des officiers polonais exécutés dans les bois de Katyn ne vont pas ressurgir... Cette immersion totale est sans aucun doute un des points forts de l’écriture de Philippe Kerr. 

Avec «Les Ombres de Katyn», il se lance dans un vaste roman historique autour d’un des faits les plus terribles de la Seconde Guerre mondiale: l’exécution de 14.000 soldats polonais par la police politique soviétique au printemps 1940. Deux ans plus tard, l’armée allemande découvre les charniers et s’en sert comme arme de propagande antisoviétique. Cela se comprend, car à Berlin certains hument déjà l’odeur de la défaite à venir. L’Allemagne a aussi perdu 380.000 hommes devant Stalingrad. Tout ce qui peut servir à discréditer Staline ou à illustrer la cruauté russe est le bienvenu.

Longtemps niés, les faits seront reconnus par l’Union soviétique en 1990.

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Les ombres des 14.000 officiers polonais exécutés non loin de Smolensk hantent les pages du livre. (Photo: Le Livre de poche)

Le contexte du livre est donc pesant, pas celui qu’on imagine pour un roman de vacances, léger comme un grain de sable. Mais il est aussi captivant. Très documenté sur le sujet, Philippe Kerr nous invite à suivre les investigations du capitaine Bernie Gunther, du Bureau des crimes de guerre, chargé d’enquêter alors que des ossements humains ont été retrouvés à Katyn. Ce dernier ira d’une découverte à l’autre dans un contexte aussi glacial que l’air ambiant. Histoire et roman se mêlent au fil des chapitres, au point de ne plus se distinguer. Le mélange doit être apprécié comme tel, sans autre prétention.

Publié en 2013 en anglais puis en français deux ans plus tard, «Les Ombres de Katyn» avait alors connu un honnête succès. Curieusement pour certains, il est revenu à l’avant des présentoirs des librairies cet été. Quelques articles sur des blogs spécialisés et dans la presse y ont sans doute contribué. Tant mieux, car les années n’ont évidemment pas entamé la force du récit.

«Les Ombres de Katyn» aux Éditions du Masque.