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Consommation

Le Nutri-Score en campagne, malgré les divisions



Le Nutri-Score est déjà recommandé en France, en Belgique et en Allemagne, pays d’où proviennent pas mal de denrées alimentaires commercialisées au Grand-Duché. (Photo: Paperjam)

Le Nutri-Score est déjà recommandé en France, en Belgique et en Allemagne, pays d’où proviennent pas mal de denrées alimentaires commercialisées au Grand-Duché. (Photo: Paperjam)

Le ministère de la Protection des consommateurs veut donner davantage de visibilité au Nutri-Score. Mais cet étiquetage nutritionnel semble diviser, par exemple du côté des producteurs agroalimentaires au Luxembourg.

Qu’est-ce que le Nutri-Score? Le ministère de la Protection des consommateurs a lancé début juillet une campagne d’information sur cet outil visible depuis quelque temps déjà sur certains produits dans les rayons de nos supermarchés, puisqu’il est déjà recommandé en France, en Belgique et en Allemagne, pays d’où proviennent pas mal de denrées commercialisées au Grand-Duché.

Depuis le mois de juin 2021, les entreprises luxembourgeoises peuvent apposer le Nutri-Score sur leurs produits . Cet étiquetage, qui va de A à E, vise à mieux référencer la qualité nutritionnelle d’un aliment, de manière à informer davantage les consommateurs. Un règlement grand-ducal datant de mai dernier régit d’ailleurs sa mise en pratique dans le pays.

Si les enseignes locales telles que Cactus et le groupe Oikopolis – connu pour ses magasins Naturata – ont, pour l’heure, fait le choix de ne pas adopter ce mécanisme créé en France en 2017, qu’en est-il des producteurs alimentaires luxembourgeois?

Aux Moulins de Kleinbettingen, le Nutri-Score figure désormais sur les dernières références de la gamme de pâtes. «Nous avons réalisé le calcul en interne via notre département Qualité», précise sa responsable marketing Julie Wattiaux. L’entreprise, qui a écrasé en 2020 140.000 tonnes de blé, entend poursuivre sur sa lancée et étendre cet étiquetage nutritionnel aux autres références et farines, ajoute-t-elle.

Les Moulins de Kleinbettingen ont adopté le Nutri-Score pour leurs pâtes, avant de l’appliquer à leurs farines. (Photo: Moulins de Kleinbettingen)

Les Moulins de Kleinbettingen ont adopté le Nutri-Score pour leurs pâtes, avant de l’appliquer à leurs farines. (Photo: Moulins de Kleinbettingen)

Autre producteur alimentaire d’envergure au Luxembourg, Luxlait n’a, pour sa part, pas adopté le Nutri-Score sur ses emballages. L’entreprise basée à Bissen assure avoir identifié en interne les scores de chacune de ses références.

«La majorité de nos produits ont un score ‘vert’. Cependant, avec ce système, certains d’entre eux, comme le beurre, conserveront un score moins favorable alors qu’il s’agit d’un produit naturel, peu transformé et reconnu sain par la communauté scientifique. Vis-à-vis de ce produit, nous restons sans moyen d’agir, puisque légalement il doit respecter un minimum de 82% de matière grasse», détaille son directeur général, Gilles Gérard .

Ce système de cotation a ses limites.
Gilles Gérard

Gilles Gérard,  directeur général,  Luxlait

Le fait est que le Nutri-Score est défini sur base d’une portion de 100 grammes du produit en question. Or, la quantité consommée peut fortement varier d’un produit à un autre: s’il est fréquent pour un adulte de manger 100 grammes de pâtes lors d’un repas, c’est moins évident pour 100 grammes de beurre…

«Dans les produits laitiers, la portion standard peut varier de 10 grammes pour le beurre à 250ml pour un bol de lait», complète Gilles Gérard. Voilà pourquoi Luxlait estime que «ce système de cotation a ses limites».

Une division au sein même des pays européens

L’entreprise rappelle au passage que le Nutri-Score ne prend pas en compte les conditions d’utilisation des produits et n’a, pour l’heure, pas trouvé de consensus au niveau européen. Le dispositif se fait actuellement sur base volontaire en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse et au Luxembourg. De l’autre côté, une série de pays s’opposent fermement au Nutri-Score. Emmenés par l’Italie, il s’agit de la République tchèque, Chypre, la Grèce, la Lettonie, la Roumanie et la Hongrie.

Le dernier mot devrait revenir à la Commission européenne, qui envisage de trancher sur la question de l’étiquetage nutritionnel d’ici à la fin 2022.