PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Julie Becker (Bourse de Luxembourg)

«Nous nous engageons à contribuer à l’égalité des sexes»



La coopération entre la Bourse de Luxembourg et UN Women a été annoncée le 5 mai en présence de sa CEO, Julie Becker, de S.A.R. la Grande-Duchesse Maria Teresa de Luxembourg, de la ministre des Finances Yuriko Backes et du ministre luxembourgeois de l’Économie Franz Fayot. (Photo: Bourse de Luxembourg)

La coopération entre la Bourse de Luxembourg et UN Women a été annoncée le 5 mai en présence de sa CEO, Julie Becker, de S.A.R. la Grande-Duchesse Maria Teresa de Luxembourg, de la ministre des Finances Yuriko Backes et du ministre luxembourgeois de l’Économie Franz Fayot. (Photo: Bourse de Luxembourg)

La Bourse de Luxembourg et UN Women ont signé un protocole d’accord visant à renforcer leur coopération et à promouvoir des initiatives conjointes pour faire progresser la gender finance. Julie Becker revient pour Paperjam sur cet accord.

Le partenariat signé vise à donner de l’élan et de la visibilité aux Gender Bonds, les obligations liées au genre, afin de mobiliser suffisamment de capitaux pour contribuer de manière significative au cinquième objectif de développement durable des Nations unies (ODD) qui est de «réaliser l’égalité des sexes et d’autonomiser toutes les femmes et les filles». Les deux partenaires travailleront ensemble pour promouvoir des instruments de dette durables qui lèvent des fonds pour des projets faisant progresser la réalisation de cet objectif. Ils s’inspireront des lignes directrices du rapport Bonds to Bridge the Gender Gap: A Practitioner’s Guide to Using Sustainable Debt for Gender Equality publié conjointement par UN Women (United Nations Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women), l’ICMA (International Capital Market Association) et l’IFC (International Finance Corporation).

Que trouve-t-on dans ce protocole d’accord et quel sera le rôle de la Bourse de Luxembourg?

Julie Becker. – «En concluant ce protocole d’accord UN Women, nous nous engageons à contribuer à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes en établissant un meilleur lien entre finance et genre. Dans de nombreuses régions du monde, les femmes sont encore exclues des activités économiques et des services financiers. Si nous voulons réduire l’écart entre les sexes dans l’économie mondiale, nous devons nous assurer que les femmes ont accès à l’éducation, aux opportunités et au financement. C’est pourquoi la finance de genre et les investissements axés sur le genre sont si importants.

En tant que bourse, nous avons un rôle clé à jouer, celui d’assurer la visibilité de ces obligations ainsi que des émetteurs qui ont le courage et l’ambition de s’attaquer à la problématique de l’accès des femmes au financement. Nous avons également la volonté d’informer et d’aiguiller les nombreux investisseurs qui souhaitent soutenir cette cause vers les bons produits. C’est pourquoi nous voulons aller au-delà d’une simple cotation valant labellisation en faisant un travail d’analyse et de vérification des intentions déclarées et de la bonne allocation des fonds. Nous allons nous assurer que les fonds ont bien été alloués conformément à ce qui est déclaré dans le rapport d’émission. Et idéalement, nous espérons pouvoir mesurer l’impact.

En faisant ce travail, nous espérons enclencher un effet d’entrainement.

Le marche des Gender Bonds est récent. Comment est-il structuré?

«Les Gender Bonds sont une variante des obligations sociales, durables ou liées à la durabilité (social bonds, sustainability bonds or sustainability linked bonds).

Nous distinguons les Gender Bonds des Gender Focused Bonds. Dans les premiers, 100% des fonds levés sont destinés aux femmes alors que dans les seconds, seule une fraction est attribuée à ces financements. Au Luxembourg, nous avons essentiellement des Gender Focused Bonds qui sont au nombre de 36 avec un encours de 24,4 milliards d’euros, émis par huit émetteurs, dont six sont banques multilatérales de développement. Il y a un parallèle intéressant à relever: nous en sommes exactement au même point où nous étions en 2007 lors de la cotation de la première obligation verte en bourse de Luxembourg, époque où les émetteurs étaient les banques multilatérales de développement avant que n’arrivent sur ce marché les banques et les corporates. Aujourd’hui, sur les 8 émetteurs de Gender Bonds ici au Luxembourg, on compte une bourse et une firme de Private Equity.

À qui bénéficient les fonds levés?

«Sans surprise, ce sont les pays émergents ou en voie de développement soutenus par les banques multilatérales de développement émettrices qui bénéficient des fonds levés. Mais ce n’est pas limitatif. La firme de Private Equity que je mentionnais tout à l’heure est active dans les pays nordiques, et particulièrement en Suède, et veut contribuer à augmenter le nombre de femmes dans les conseils d’administration des sociétés dans lesquelles ils investissent.

Notre objectif, c’est vraiment d’inciter et d’encourager à aller dans la bonne direction, à mobiliser ces fonds pour améliorer la condition féminine partout où cela est nécessaire.

On peut avoir l’impression que l’on émet aujourd’hui autant d’obligations qu’il y a de problèmes sociaux à corriger? N’arrive-t-on pas au bout de l’exercice?

«Tout est lié au besoin des investisseurs d’allouer leurs investissements à des causes qui leur sont chères et qui sont alignées avec leurs valeurs et leurs convictions. Parmi les investisseurs environnementalistes, certains soutiennent plus les forêts que les océans. L’important est d’arriver à satisfaire les besoins en investissements et les valeurs des investisseurs. On pourrait avoir autant d’obligations qu’il existe de causes à défendre. Le Costa Rica a émis un ‘jaguar bonds’, la Banque Mondiale un ‘rhino Bonds’. Des émissions qui ont trouvé leur public.

Avec la remontée des taux d’intérêt qui met sous pression le marché obligataire, y a-t-il un risque pour l’avenir de ces produits d’investissement?

«Il y a un risque d’avoir peut-être moins d’émetteurs qui seront enclins à payer des taux d’intérêt désormais plus importants pour financer leurs projets environnementaux ou sociaux. Ce dont je suis certaine, c’est que l’on aura moins de remboursement anticipé et d’opérations de refinancement.

Mais les obligations restent un produit sur, moins volatil que les actions. Et c’est un produit dont l’horizon à long terme le met au cœur du sujet de la transition et de la durabilité.»

Cette interview est issue de la newsletter Paperjam Finance, le rendez-vous bimensuel pour suivre l’actualité financière au Luxembourg.  Vous pouvez vous abonner en suivant ce lien.