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CHRONIQUE FINANCIÈRE

Zone euro: l’embellie économique se poursuit



Jean-Yves Leborgne est portfolio manager chez ING Private Banking au Luxembourg depuis 2007. (Photo: DR)

Jean-Yves Leborgne est portfolio manager chez ING Private Banking au Luxembourg depuis 2007. (Photo: DR)

Presque tous les États membres de la zone euro ont renoué avec leurs niveaux d’avant-crise, et certains, comme l’Allemagne et la Belgique, ont même dépassé ces niveaux de près de 10%.

Au cours de ces dernières années, l’Espagne a effectué un impressionnant mouvement de rattrapage. Depuis 2015, le pays affiche chaque année une croissance de plus de 3%, et en 2017, le niveau de 2008 a été à nouveau atteint. Le Portugal, dont le PIB avait affiché un parcours similaire à celui de l’Espagne au cours des années de crise, effectue également un mouvement de rattrapage. On s’attend ainsi à ce que le Portugal renoue en 2018 avec le niveau de 2008. L’Italie converge aussi vers le niveau de 2008, mais très lentement. Les chiffres macroéconomiques les plus récents sont certes meilleurs, mais ils ne sont pas encore reflétés par de solides chiffres de la croissance du PIB.

L’économie grecque constitue la seule exception à cette évolution positive. Selon une enquête de la Commission européenne, seuls 2% des Grecs estiment que la situation économique actuelle est bonne. Le pays reste dans une situation économique difficile. En 2017, le PIB se situait toujours à plus de 25% sous le niveau de 2008, et ceci est le cas depuis 2013, lorsqu’un niveau plancher a été atteint. Toutefois, un certain optimisme est de mise ici aussi. L’emploi a ainsi crû de 2,6% en glissement annuel au troisième trimestre de 2017, tandis que le chômage est orienté à la baisse. Les principales mesures d’austérité appartiennent par ailleurs au passé. Les indicateurs de confiance augmentent par conséquent, en particulier la confiance des consommateurs.

Il existe néanmoins des différences importantes entre les États membres de la zone euro.

Jean-Yves Leborgne, économiste chez ING

Même si l’économie de la zone euro croît très rapidement, l’inflation demeure sous l’objectif de la BCE. Il n’est en outre pas encore question d’une évolution durable vers les 2%. L’inflation sous-jacente (sans l’alimentation, l’énergie, le tabac et l’alcool) fluctue depuis longtemps autour de 1%. Les entreprises s’attendent à une hausse des prix de vente depuis un certain temps déjà, mais jusqu’à présent, ceci ne semble pas se répercuter sur l’inflation sous-jacente.

Ceci pourrait cependant changer prochainement. La Commission européenne s’attend à ce que l’«output gap» (ou l’écart de production, en français) de la zone euro devienne positif en 2018. Selon elle, l’«output gap» fera son retour en territoire positif dans les six principales économies de la zone euro, à l’exception de la France. En 2019, la situation devrait continuer à évoluer positivement, et la France devrait également afficher un «output gap» positif. Un «output gap» positif signifie que l’économie produit davantage que ce qui est nécessaire à plus long terme, ce qui est dès lors associé à des pressions haussières sur les prix.

Note: L’«output gap» est égal à la différence entre le PIB actuel et le PIB potentiel en % du PIB potentiel (Source: Commission européenne)

Le solide parcours économique de la zone euro a également renforcé la confiance dans la monnaie unique. Depuis mai 2013, lorsque la proportion de partisans de l’euro a atteint un plancher de 62%, on observe depuis lors une tendance haussière. Actuellement, 74% de la population vivant dans la zone euro est en faveur de la monnaie unique. Il existe néanmoins des différences importantes entre les États membres de la zone euro. En Slovénie, il y a 85% de partisans, soit la proportion la plus élevée de tous les pays. En Grèce, il n’y a en revanche que 66% de partisans, ce qui s’explique par la mauvaise situation économique du pays. Néanmoins, la Grèce n’est pas le pays qui compte le moins de partisans de l’euro. C’est l’Italie qui affiche le score le plus faible, avec 59% seulement de partisans. Ceci explique pourquoi les élections italiennes du 4 mars dernier sont considérées comme un risque pour la stabilité de la zone euro, car, même si la probabilité de voir un parti eurosceptique (Ligue du Nord ou Mouvement 5 étoiles) arriver au pouvoir est basse, les négociations risquent d’être longues et fastidieuses et déboucher finalement sur un gouvernement faible.