PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

CHRONIQUE FINANCIÈRE

Volatilité de marché: loin des yeux, loin du cœur



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«Les stratégies systématiques misant sur une volatilité faible accentuent la réaction du marché», affirme Claude Ewen. (Photo: Columbia Threadneedle Investments)

Il convient de ne pas céder à la panique. Même si nous nous en passions très bien, le retour de la volatilité est en fait une composante indissociable de tout investissement. Mieux vaut rester investis et ne pas céder aux sirènes de la finance comportementale.

Depuis plusieurs années, les marchés boursiers se caractérisent par une volatilité faible. L’absence de fluctuations notables des cours et l’envolée de l’indice S&P 500 (qui s’est adjugé près de 20% sur l’année) ont porté l’optimisme des investisseurs à des sommets en 2017. Janvier 2018 n’a pas été en reste: jamais le marché n’avait connu une croissance aussi rapide sur le premier mois de l’année. Janvier n’était même pas encore terminé que les indices d’actions avaient déjà atteint leur objectif pour l’ensemble de l’année 2018. Toutes les conditions semblaient donc réunies pour une correction. Annoncée de longue date, elle s’est bel et bien produite.

Pour moi, une correction de marché peut être assimilée, selon sa nature, à trois personnages de western: le bon, la brute ou le truand. Le truand, c’est lorsque les fondamentaux se dégradent au niveau des résultats des entreprises ou de la croissance économique, et que les facteurs techniques (dynamique, valorisation...) sont tendus. Le bon, pour sa part, se caractérise par des facteurs techniques tendus, mais des fondamentaux solides ou en hausse – c’est justement le cas de la correction de début février. La dynamique et les valorisations sont élevées, mais les résultats des entreprises sont en hausse et la confiance des ménages s’améliore. L’apaisement de l’exubérance est une bonne chose pour le marché.

La récente correction du marché est un excellent rappel qu’il est nécessaire de se fixer un horizon et des objectifs d’investissement de long terme et s’y tenir.

Pourquoi cette correction?

Les investisseurs craignent que l’inflation (un autre élément qui manquait depuis longtemps au tableau) n’augmente plus rapidement que prévu du fait de l’impact de la faiblesse du dollar sur les prix à l’importation et la hausse des salaires, et que par conséquent, la hausse des taux soit plus rapide qu’attendu. Nous affirmons depuis un certain temps que les taux ne peuvent qu’augmenter, et cette donne est intégrée dans les cours. Mais ce qui inquiète véritablement les investisseurs, c’est le rythme de cette hausse.

Un nouveau rapport sur l’emploi publié début février fait état d’une hausse de 2,9% des salaires sur un an[1], soit la plus forte augmentation que nous ayons connue aux États-Unis ces dernières années. La Fed attend une hausse de l’inflation et une amélioration des chiffres de l’emploi pour relever les taux. Le rapport sur l’emploi de février a suscité une certaine nervosité: donnerait-il le signal d’un relèvement plus cadencé des taux? Certains investisseurs invoquent la règle du «triple 3», convaincus que si la croissance du PIB, le rendement du bon du Trésor à 10 ans et la croissance salariale atteignent tous les trois 3%, la Fed pourrait y lire une confirmation de la croissance économique et relever les taux plus rapidement qu’attendu.

Mais cela n’est pas nécessairement négatif. L’absence de croissance salariale et son corollaire, l’absence d’augmentation des dépenses des ménages, représentent l’un des principaux freins à la croissance économique américaine. En fonction de son rythme, la croissance salariale, de nouveau au rendez-vous, peut avoir un effet positif sur la croissance économique et les résultats des entreprises. Les investisseurs n’ont pas eu à se préoccuper de ces nuances depuis un certain temps – d’où la volatilité faible ces dernières années. Si nous ne savons pas comment ces doutes pourront être dissipés, nous pouvons en revanche affirmer que l’incertitude perturbe les marchés.

Cela change-t-il nos prévisions de croissance du marché?

Non. Les fondamentaux sous-jacents des actions et obligations dans lesquels nous investissons sont solides, et nous ne tablons pas sur une récession cette année. Les récents dégagements ont été sains et nos objectifs de hausse pour les marchés d’actions restent intacts. Nous constatons toujours que la croissance mondiale est forte et synchrone, et nous estimons toujours que le PIB américain va augmenter de 3% environ. Si nos prévisions de rendement à cinq ans sur l’ensemble des classes d’actifs restent sous la moyenne historique, nous tablons toujours sur un résultat positif. Selon moi, la volatilité de marché actuelle a été alimentée par la crainte d’une hausse plus rapide que prévu des taux et non par une modification des fondamentaux qui affecterait nos prévisions de croissance.

Quel rôle jouent les stratégies systématiques sur la volatilité de marché?

Les stratégies systématiques misant sur une volatilité faible accentuent la réaction du marché. Les opérateurs qui ont récemment vendu leurs placements n’étaient ni des investisseurs institutionnels ni des professionnels. La plupart des dégagements découlaient de stratégies systématiques déclenchées par une légère hausse de la volatilité. Le niveau cible de volatilité de ces stratégies est mesuré à l’aune de l’indice VIX[2]. Or, lorsque la volatilité a doublé (à partir d’un niveau très bas), ces stratégies ont été contraintes de vendre automatiquement des contrats à terme sur le S&P et d’acheter des contrats à terme sur des obligations. Si ces stratégies ne représentent qu’une minorité du marché, elles ont amplifié la volatilité.

À quoi peuvent s’attendre les investisseurs?

Une nouvelle baisse des cours des actions sera selon nous une excellente opportunité d’intégrer de manière sélective des actifs dans nos portefeuilles. L’équipe en charge de l’allocation d’actifs opte actuellement pour une surexposition aux marchés actions notamment européens, japonais et asiatiques. Sur la base de notre approche de gestion active, étayée par des recherches sur les fondamentaux des sociétés dans lesquelles nous investissons, nous continuerons à acheter à la fois des titres américains et mondiaux si leurs prix diminuent suffisamment pour atteindre nos objectifs de cours et si les fondamentaux sont solides. En optant pour des gestionnaires actifs et des stratégies flexibles et diversifiées, les investisseurs peuvent se positionner de manière tactique pour profiter de ces opportunités.

Volatility Returns to Fear Gauge

 

[1] Employment Situation Summary, Bureau of Labor Statistics, 2/2/2018.
[2] L'indice de volatilité (VIX) du Chicago Board Options Exchange reflète l'estimation par le marché de la volatilité future, sur la base de la moyenne pondérée des volatilités implicites des options sur le S&P 500.