POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Réactions à la démission d’Enrico Lunghi

«Un mauvais coup porté à nous tous»



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Pour Kevin Muhlen (Casino Luxembourg): «C’est la scène de l’art contemporain du Luxembourg qui y perd le plus.» (Photo: Marion Dessard)

Les réactions suite à la démission d’Enrico Lunghi continuent d’affluer, y compris depuis l’étranger.

Après l’annonce de sa démission vendredi dernier, Enrico Lunghi a reçu de nombreux soutiens émanant du monde de la culture au Luxembourg. On notera aussi que le Comité international pour les musées et collections d’art moderne (Cimam), une institution internationale de premier plan, a mis en ligne, sur sa page d’accueil ce message de soutien: «Nous, artistes, curateur-trices, collectionneur-ses, galeristes, ami-es des arts, témoignons toute notre sympathie à Enrico Lunghi. Ses détracteurs luxembourgeois le harcelaient depuis des années. Son engagement généreux et sans concession pour l’art contemporain agaçait et sa réussite internationale dérangeait.»

«Enrico Lunghi démissionne du Mudam. Partout, les pressions contre ceux qui défendent un art contemporain libre et ambitieux s’accentuent. Les conditions qui ont poussé Enrico Lunghi à démissionner sont un mauvais coup porté à nous tous. Elles sont aussi antidémocratiques.»

C’est également ce que souligne Kevin Muhlen, qui a succédé à Enrico Lunghi à la tête du Casino Luxembourg: «J’ai toujours connu Enrico comme quelqu’un de passionné et entièrement dévoué à l’art contemporain. Ses accomplissements au Casino et au Mudam sont indéniables et la scène artistique luxembourgeoise lui doit beaucoup.

C’est une honte de voir comment ce directeur de renom international a été traité suite à un fait divers plus que douteux et quelle décision il aura été contraint de prendre pour se préserver. Ce départ laissera certes un grand vide, mais Enrico sera resté fidèle jusqu’au bout, préconisant l’intégrité et l’honnêteté à tout compromis. Au final, c’est la scène de l’art contemporain du Luxembourg qui y perd le plus.»

Une perte que précise Steph Meyers, directeur des Rotondes: «Ce que je regretterai personnellement avec Enrico – hormis le fait qu’il ait les compétences et le carnet d’adresses nécessaires au poste –, c’est son approche très créative et inventive dans son travail, ce que l’on peut encore constater dans l’exposition Delvoye qui se déroule actuellement au Mudam.»

Un populisme ambiant

Les raisons qui ont poussé Enrico Lunghi à la démission sont aussi au cœur d’autres réactions. Comme celle de Donato Rotunno (dont le film «Dreams have a language» a été tourné au Mudam, avec Sylvie Blocher): «Pour prendre une image cinématographique, Enrico est la victime de 'Règlements de comptes à OK Corral'. Chaque personnage de ce scénario agit pour des raisons différentes, et même parfois contradictoires. Si Enrico démissionne, c’est peut-être aussi pour ne plus servir de bouc émissaire d’histoires qui dépassent de loin le Mudam.»

Avec sa verve habituelle, Claude Frisoni, qui a connu Enrico Lunghi dès 1995 puisqu’il faisait partie de l’équipe de l’année culturelle, dénonce le populisme ambiant. «À la question 'a-t-on besoin d’un musée d’art contemporain?', je répondais à l’époque: 'L’art contemporain? L’art tant qu’on pourra'. Je me demande aujourd’hui si on peut encore... L’acharnement de certains contre le Mudam et Enrico Lunghi semble démontrer que non, on ne veut plus le permettre.

Un homme compétent et enthousiaste, déterminé et imaginatif à la tête d’une institution qui a pour mission d’explorer, d’inventer, de prendre des risques, de fuir les sentiers battus, de déranger en somme, ça n’est plus dans l’air du temps, qui subit les turbulences du vent mauvais de la médiocrité populiste. Lunghi est un rêveur quand on préfère les insomniaques, c’est un poète quand on aime les comptables, c’est un doux quand on admire les durs, c’est un culturel quand on redoute les cultuels, c’est un promoteur des arts quand on glorifie les promoteurs immobiliers. Avec la démission d’Enrico Lunghi, c’est un des derniers acteurs de 'Luxembourg 95, capitale européenne de la culture' qui s’efface. Si l’idée est de revenir à avant 95, bon courage pour un retour à la morosité provinciale.»